Il y a du changement dans les airs… Au mois de mai 2022, un deal s’est conclu entre l’opérateur monégasque Monacair et la société Blade Europe. On vous dévoile les coulisses de ce contrat qui s’est chiffré à près de 48 millions d’euros.
Après avoir développé des activités aux Etats-Unis, au Canada et en Inde, la société Blade, créée entre 2014, par l’homme d’affaires américain Rob Wiesenthal, a souhaité s’implanter en Europe. Et c’est via la Principauté qu’elle a pu étendre ses activités… Au mois de mai 2022, un deal a en effet été signé entre l’opérateur monégasque Monacair et cette compagnie. « Il s’agit du plus gros deal de l’histoire de l’hélicoptère. Dans le vol charter privé, je n’ai jamais vu cela », nous affirme Sabrina Barbera, directrice générale de Blade Europe. Et il suffit de voir le montant conséquent de ce deal pour la croire : « Le contrat signé entre Blade et Monacair se chiffre à un peu moins de 48 millions d’euros. Ce n’est pas rien… Blade a véritablement payé une zone de l’Europe que l’on peut considérer comme la meilleure zone pour voler en hélicoptères. La route Nice-Monaco a beaucoup de valeur… »
« Une mobilité urbaine des airs »
Mais en quoi consiste concrètement cet accord conclu entre les deux entités ? Pour le comprendre, une présentation de la société Blade s’impose en amont. Son fondateur, souvent coincé dans les embouteillages new-yorkais, a eu un souhait : améliorer la mobilité urbaine, non pas sur les routes mais en passant par les airs… Ce businessman a souhaité créer un service pour les personnes qui voyagent souvent de Manhattan aux aéroports de New York, soit un trajet d’1h30 en voiture mais de 5 minutes seulement en hélicoptère. « L’idée de Rob Wiesenthal, ce n’est pas de posséder les hélicoptères. C’est de rendre un service et de conclure des partenariats avec les opérateurs qui ont les appareils, afin de leur garantir des heures de vol, explique Sabrina Barbera. Rob Wiesenthal a donc commencé par créer une application, une sorte de “Uber des airs”, bien qu’il n’apprécie pas trop ce terme. Il a créé un service qui garantit un certain nombre d’heures d’hélicoptères, en les payant quoi qu’il arrive, aux opérateurs d’hélicoptères de New York. Et en parallèle, il s’est chargé de trouver les clients. Comme le vol en hélicoptère permet de gagner beaucoup de temps, Rob Wiesenthal a aussi décidé de créer des espaces “lounge” pour accueillir les clients. »
Présence dans le monde
Une offre de services qui a tout de suite trouvé ses adeptes. Après New-York, Blade reprend deux routes au Canada, avec l’entreprise Heli Jet et crée Blade Medi Mobility pour le transport d’organes et de sang par les airs aux Etats-Unis. La société s’est ensuite implantée dans un pays réputé comme très embouteillé : l’Inde. Et enfin, en 2022, cap sur l’Europe et la Côte d’Azur avec un “deal” signé avec Monacair (Lire à ce sujet l’interview de Sabrina Barbera ci-après).
Comment s’est déroulé le deal entre Monacair et Blade ? Quels changements ce rapprochement a-t-il entraîné pour la ligne Nice-Monaco ? Quels sont les objectifs de ce groupe d’origine américaine ? Les explications de Sabrina Barbera, directrice générale de Blade Europe
Le deal entre l’opérateur monégasque Monacair et Blade a été bouclé en mai 2022. Les négociations entre les deux parties ont-elles été âpres ?
Les négociations ont pris du temps car c’est un deal atypique. Il a fallu que Monacair comprenne parfaitement le fonctionnement qui allait s’opérer entre les activités liées aux hélicoptéristes et les activités liées aux services que nous proposons avec Blade. Les discussions ont donc beaucoup tourné autour de l’organisation qui allait se mettre en place dans le futur.
Pouvez-vous nous expliquer concrètement les contours de ce deal ?
Il y a 4 ans, Monacair a racheté Héli Sécurité, une entreprise de transport en hélicoptères située à Saint-Tropez. Ensuite, en juin 2022, Monacair a racheté Azur Hélicoptères installé à Cannes. Au total, le groupe Monacair détient aujourd’hui une flotte de presque 30 hélicoptères, dont une quinzaine en biens propres. On peut dire qu’il s’agit de l’une des plus grandes flottes de vols charters privés d’Europe. Pour être bien précis, dans ce deal, Blade n’a pas racheté les hélicoptères de Monacair. Nous avons racheté la partie services, réservation, et optimisation des vols. Tout le reste, à savoir la validation des vols, le choix des pilotes, la maintenance et l’entretien des appareils reste du ressort de l’opérateur monégasque. Ainsi, ce deal a permis d’allier deux forces : d’une part, le savoir-faire de Monacair en ce qui concerne la sélection des pilotes, l’aspect sécurité et la maintenance, et d’autre part la qualité de service et l’expérience de Blade.
Qu’avez-vous concrètement apporté comme services à Monacair ?
Dans ce deal, Blade a apporté un renouveau de deux ordres. Nous avons tout d’abord tout digitalisé. Ce qui n’était pas le cas auparavant chez les opérateurs. Nous avons créé un système de booking pour les clients. Nous avons également récupéré un petit logiciel qui existait initialement chez Azur Hélicoptères et que l’on a ensuite redéveloppé. Nous l’avons appelé Blade Operating System (BOS). Ce logiciel nous permet de mettre en place la gestion des vols pour permettre leur optimisation et la validation par l’opérateur. Cela permet un fonctionnement beaucoup plus fluide.
Avez-vous également créé un espace lounge pour accueillir les clients à Monaco ?
Il est vrai que l’accueil en principauté au niveau de l’héliport n’était pas satisfaisant par rapport à la clientèle assez prestigieuse qui emprunte cette route. L’héliport est désormais rénové et la nouvelle infrastructure est très belle. Nous y avons effectivement créé un espace lounge. Celui-ci a ouvert durant le Grand Prix de Monaco. A l’aéroport de Nice, à partir du mois de septembre, des travaux plus conséquents vont également être réalisés. Deux espaces “lounge” de 50 m2 chacun seront créés au Terminal 1 et au Terminal 2. L’aéroport s’est montré très collaboratif.
Ce deal conclu entre Blade et Monacair a-t-il eu un impact sur le nombre de salariés ?
Dans le deal, la société Blade a repris le personnel en charge des réservations, les chauffeurs, ainsi que le personnel en charge des opérations. Au total, Blade sur la Côte d’Azur et en principauté emploie 50 salariés, hors saisonniers. 25 côté France, et 25 côté Monaco.
Hormis la ligne Monaco/Nice aéroport, envisagez-vous d’ouvrir d’autres lignes à l’avenir ?
La liaison entre l’aéroport de Nice et Monaco est opérationnelle toute l’année. Nous avons également des lignes saisonnières avec l’aéroport de Cannes/Mandelieu pour les grands évènements, comme le Festival de Cannes et le Grand Prix de Monaco notamment. Pourquoi pas à l’avenir développer une ligne en Italie avec Portofino, le lac de Côme, Milan, mais rien n’est encore fait. Il faut encore étudier s’il y a une réelle demande. Nous espérons aussi développer d’autres destinations et expériences autour du vol en hélicoptère comme la visite de vignobles ou des expériences culinaires.
Quels sont les trajets les plus demandés ?
Le trajet le plus demandé est évidemment l’aéroport de Nice. Durant la période estivale, il y a l’Italie, Saint-Tropez, et Cannes. Durant l’hiver, les destinations “montagne” séduisent beaucoup, notamment Courchevel, Genève, Gstaad, et la Suisse, en général.
Les hélicoptères sont souvent taxés d’être des engins polluants. L’aspect environnemental est-il pris en considération chez Blade ?
Blade propose une compensation carbone sur l’ensemble de ses vols, que ce soit aux Etats-Unis, au Canada, en Inde, ou en Europe. Toutes les heures pendant lesquelles Blade vole sont converties en crédit carbone. Cet argent est ensuite investi dans des entreprises qui capturent le CO2. Nous avons identifié trois entreprises de ce genre, qui sont Seneca Meadow LFG, Whirlpool HFO Amana, et Merom Farms Biomass Project. Pour diversifier notre portefeuille de compensation carbone, nous allons ensuite chercher des entreprises européennes en travaillant avec diverses fondations locales. Blade a également signé des accords avec plusieurs entreprises qui créent le futur du transport vertical, de façon électrique. Ainsi, nous travaillons principalement avec Airbus, Eve, Wisk, Beta et Magnix. Notre objectif, c’est aussi de contribuer à développer ce genre de technologies pour aller vers un monde plus propre en termes de CO2. … Le jour où ces entreprises seront opérationnelles et qu’elles auront obtenu les certifications nécessaires, nous pourrons leur garantir des heures de vol.
Avez-vous pris des engagements en ce sens également en Principauté ?
Absolument. Nous souhaitons également contribuer à réduire les impacts carbones sur notre partie services au sol. A Monaco, nous allons progressivement remplacer nos véhicules par de l’électrique. Le gouvernement monégasque a installé des bornes de recharge, ce qui nous permet de commencer cette transition. En revanche, dans la presqu’île de Saint-Tropez, c’est beaucoup moins bien équipé. Il va donc nous falloir travailler avec les municipalités concernées, pour que nous puissions commencer à faire ces changements, et ainsi, passer à l’électrique.
Blade : les chiffres à retenir
• Le chiffre d’affaires de Blade Europe est d’une trentaine de millions d’euros sur l’année.
• Pour un trajet Monaco-Aéroport de Nice, le prix est de 195 euros. Pour les usagers réguliers de cette ligne, des forfaits peuvent être mis en place pour diminuer le coût du trajet.
• La société Blade Europe emploie une cinquantaine de salariés sur la Côte d’Azur et à Monaco.
• Aujourd’hui, Blade emploie plus de 200 salariés dans le monde et le groupe réalise un chiffre d’affaires de plus de 146 millions d’euros.



