mercredi 22 avril 2026
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    Fortune des résidents monégasques : « Il y a un énorme potentiel inexploité »

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    Pour pouvoir s’installer en Principauté, les primo-arrivants n’ayant pas de sources de revenus réguliers doivent obligatoirement déposer une somme minimale de 500 000 euros dans une banque monégasque. Une somme insuffisante selon Francesco Grosoli, administrateur délégué de la CMB Monaco, qui souhaiterait que ce seuil soit largement rehaussé. Ce directeur de banque explique également comment, selon lui, la part des actifs déposés dans les établissements bancaires monégasques pourrait fortement augmenter

    Les personnes qui souhaitent s’installer à Monaco et qui n’ont pas de travail ou de revenus réguliers doivent obligatoirement déposer dans une banque monégasque la somme minimale de 500 000 euros pour espérer obtenir une carte de résident (voir encadré). Pourquoi les autorités monégasques exigent-elles cette somme pour les primo-arrivants ?

    La première raison est qu’il faut pouvoir justifier d’avoir les moyens financiers pour vivre en Principauté sans y travailler. Vous n’êtes pas sans ignorer que le coût de la vie à Monaco est très élevé. Un bon indicateur de cela sont les tarifs pratiqués dans l’immobilier. Selon l’IMSEE, en 2021 le prix au mètre carré a dépassé pour la première fois la barre symbolique des 50 000 euros pour s’approcher des 52 000 euros — soit une augmentation de près de 75 % en 10 ans ! Cela se reflète également dans le prix des locations du secteur libre, où les nouveaux arrivants souhaitent se loger. La seconde raison est qu’habiter à Monaco présente de nombreux avantages — sécurité, qualité de vie, système éducatif hors pair, fiscalité avantageuse et prestations médicales de premier ordre. Il me semble donc tout à fait naturel que pour en bénéficier il faille imposer une contrepartie qui puisse participer à la croissance de l’économie du pays.

    Selon vous, combien de primo-arrivants sont concernés chaque année par cette règle des 500 000 euros ?

    Je n’ai pas connaissance du chiffre exact, néanmoins en me basant sur mon expérience de dirigeant de banque d’une part, et les statistiques démographiques d’autre part, je peux affirmer que nous sommes sur une tendance à la hausse. Le recensement de la population, réalisé tous les 10 ans en moyenne, permet en effet de comptabiliser la population résidente et le dernier recensement en 2016 faisait état d’une estimation à 37 308 personnes résidentes, soit +5,5 % par rapport à 2008. L’Arrêté Ministériel n° 2022-201 du 19 avril 2022 estime pour sa part la population à 39 150 habitants, ce qui confirme que de nouvelles personnes viennent s’établir en Principauté — même s’il faut également prendre en compte les enfants nés de résidents monégasques, mais cela ne représente que 96 naissances en 2021. Au-delà de ces données, je vous confirme que nous sommes de plus en plus sollicités pour des attestations bancaires — document clé demandé par les primo-arrivants. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons eu l’idée de mettre en place un programme « Welcome to Monaco » en collaboration avec CREM dont nous sommes devenus partenaire bancaire officiel, qui permet à nos clients qui viennent ou vont bientôt prendre la résidence de se rencontrer et de créer des liens. Compte tenu du succès de cette première édition et du nombre croissant de nouveaux arrivants, une seconde édition aura lieu à l’automne.

    « Nous pourrions sans aucun souci ajouter un zéro au montant demandé aux primo-arrivants qui est actuellement, selon moi, bien trop bas compte tenu des fortunes que nous voyons arriver dernièrement en Principauté. Une seconde approche, qui a ma préférence, consiste à déterminer ce montant comme un pourcentage de la fortune globale du nouvel arrivant »

    Depuis l’année 2017, l’AMAF (1) a exigé que ce montant minimal de 500 000 euros soit similaire dans toutes les banques monégasques. Pourquoi ce montant unique a-t-il été instauré ?

    Tout simplement pour qu’il y ait plus de cohérence et de transparence. De nombreuses mesures, initiées par l’AMAF ces dernières années, œuvrent en faveur de ce double objectif. Je me suis déjà exprimé sur la nécessité que la place bancaire monégasque soit pleinement reconnue comme crédible et transparente — condition non négociable pour pouvoir rivaliser avec d’autres places importantes comme Londres, Genève ou Zurich. C’est donc une très bonne chose que les banques soient alignés sur cette obligation financière, condition sine qua non pour obtenir une attestation bancaire.

    Est-ce exact qu’auparavant, les établissements bancaires fixaient eux-mêmes la somme minimale en fonction de leur politique commerciale ? Les montants étaient-ils très différents selon les banques ? Et ce système était-il d’une certaine manière injuste pour ces primo-arrivants ?

    Oui tout à fait, nous observions des différences de traitement d’une banque à l’autre. Cela signifie que le même service pouvait être obtenu à des niveaux de dépôts très différents, ce qui créait une certaine confusion parmi les clients. Compte tenu de l’hétérogénéité des banques en Principauté (banques de détail, privées…), cela n’était pas injuste mais incohérent, et surtout cela risquait d’attirer en Principauté des nouveaux résidents n’ayant pas le profil souhaité.

    Selon vous, ce montant minimal de 500 000 euros est-il trop élevé ? Ou, au contraire, trop faible par rapport au prestige de la Principauté ?

    Les conditions de vie en Principauté sont enviées de tous et il faut forcément, si besoin était, pouvoir au minimum démontrer factuellement que le nouveau résident est capable d’assumer à moyen et long termes de vivre à Monaco pour lui et sa famille sans compter son family office, ce qui est de plus en plus le cas. Il s’agit pour moi d’un minimum, d’autant que les personnes concernées disposent en général d’actifs beaucoup plus importants en dehors des banques monégasques. C’est d’ailleurs un des défis de la place bancaire et de la stratégie d’attractivité du pays : augmenter la part des actifs de nos résidents étrangers déposés et gérés dans nos établissements. Si nous demandons naturellement à nos clients un minimum, il faut également que Monaco offre des services d’exception dans tous les domaines et notamment dans notre secteur. Dans un monde qui bouge beaucoup à cause des événements géopolitiques, et après deux ans de crise sanitaire, c’est le moment d’étudier le meilleur positionnement possible pour renforcer notre modèle économique.

    Quel serait le bon montant minimal selon vous ?

    Nous pouvons envisager deux approches. La première consiste à définir un montant unique, c’est celle actuellement en vigueur, et, au vu des nombreux éléments précédemment évoqués, nous pourrions sans aucun souci ajouter un zéro au montant demandé aux primo-arrivants qui est actuellement, selon moi, bien trop bas compte tenu des fortunes que nous voyons arriver dernièrement en Principauté. La seconde approche, qui a ma préférence, consiste à déterminer ce montant comme un pourcentage de la fortune globale du nouvel arrivant. Il faut avoir le courage d’être plus ambitieux et ne pas oublier que c’est aussi dans l’intérêt du résident de démontrer que Monaco est le centre de ses intérêts familiaux mais surtout financiers. Croyez-vous que 500 000 euros soit aujourd’hui une somme crédible ?

    « Nous comptons plus de 12 000 millionnaires et plusieurs milliardaires en Principauté et pourtant nous avons “seulement” 150 milliards d’actifs gérés. Nous pourrions être bien plus ambitieux et faire grandir la place bien plus ! »

    Ne considérez-vous pas, comme le souhaitent certains élus du Conseil national, que ce montant de 500 000 euros doit être ajusté en fonction de la situation personnelle des primo-arrivants qui souhaitent s’installer ? Car une personne célibataire et un père de famille par exemple, n’ont pas les mêmes frais à supporter au quotidien. N’est-ce pas envisageable d’offrir plus de flexibilité et de faire du sur-mesure ?

    Il me semble que la meilleure approche et la plus juste serait celle qui considérerait non pas la situation personnelle mais la fortune globale du nouvel arrivant. J’insiste sur un point clé, car cela peut être source d’inquiétude pour des personnes établies ici de longue date, cette mesure concernerait uniquement les nouveaux arrivants, et non pas les résidents étrangers déjà établis en Principauté depuis longue date.

    Ne considérez-vous pas que c’est au gouvernement monégasque et non à l’AMAF de fixer ce montant pour s’installer à Monaco ? N’est-ce pas donner trop de pouvoirs aux banques ?

    Cela doit être une décision commune entre les pouvoirs publics et privés du pays — qui travaillent par ailleurs en très bonne entente. Il faut une décision collégiale pour un résultat bénéfique commun : faire grandir et prospérer la place bancaire monégasque et in fine notre pays. Il y a un potentiel énorme inexploité dans la fortune des résidents monégasques. Preuve en est : nous comptons plus de 12 000 millionnaires et plusieurs milliardaires en Principauté et pourtant nous avons “seulement” 150 milliards d’actifs gérés. Nous pourrions être bien plus ambitieux et faire grandir la place bien plus ! Cela permettrait aux banques d’investir davantage mais surtout à Monaco d’être une place plus attractive pour des talents internationaux qui aujourd’hui ne considèrent pas la possibilité de venir travailler en Principauté à cause de la petite taille de sa place financière. Bref faire grandir Monaco non seulement en quantité mais surtout en qualité.

    Installation des primo-arrivants : les conditions à Monaco

    Ne s’installe pas à Monaco qui veut… Pour obtenir une carte de résident, les primo-arrivants (à savoir les personnes qui font une première demande d’installation en principauté) doivent fournir un certain nombre de documents à la Sûreté publique. Pêle-mêle : ils doivent pouvoir justifier de leur « bonne moralité » en fournissant un extrait de casier judiciaire, avoir un logement à Monaco « de taille adaptée au besoin des personnes y résidant », mais aussi disposer de « ressources financières suffisantes. » Soit d’un salaire, soit de revenus professionnels liés à une activité commerciale indépendante (ou par l’intermédiaire d’une société). Que se passe-t-il alors s’ils n’ont pas de sources de revenus réguliers ? Dans ce cas-là, les autorités monégasques affichent leurs exigences. Ces personnes doivent en effet pouvoir justifier d’avoir les moyens suffisants pour vivre en Principauté sans y travailler… Pour le prouver : une obligation financière leur est imposée. Ces primo-arrivants doivent demander une attestation bancaire. Pour obtenir ce document administratif — délivré uniquement par les banques monégasques — les demandeurs doivent déposer une somme minimale de 500 000 euros dans un compte bancaire. Depuis l’année 2017, c’est l’AMAF qui a recommandé un seuil commun à toutes les banques.

    (1) Association monégasque des activités financières.

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