mercredi 22 avril 2026
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    Multi family office : les chefs d’orchestre des grandes fortunes familiales

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    Structurer, sécuriser et développer le patrimoine de grandes fortunes familiales… C’est en substance, le rôle des multi family offices. Deuxième pays (après le Luxembourg) à avoir légiféré sur le sujet, la Principauté compte actuellement plus d’une trentaine de ces structures. La fondatrice et directrice générale de Monaco United Advisors (MUA), Aurore Shaki – spécialiste en droit des affaires et des sociétés – nous explique les dessous de cette profession réglementée, devenue depuis 2016 un acteur indispensable de l’attractivité monégasque.

    Vous avez fondé en 2018 le Multi Family Office Monaco United Advisors (MUA). Après 6 ans d’activité, cette société compte aujourd’hui 25 collaborateurs et accompagne plus de 200 familles dans la gestion et le développement de leur patrimoine. Dans quel contexte et pourquoi, ces familles fortunées font-elles généralement appel à vos services ?

    Les familles font appel à nos services lors de moments clés de leur vie, que ce soit des évolutions privées, professionnelles, ou intergénérationnelles. Ces évènements surviennent souvent dans plusieurs juridictions et incluent des situations telles qu’un changement de résidence, la cession d’un groupe familial, un mariage, une transmission de patrimoine de son vivant, une naissance, ou une acquisition importante. Prenons l’exemple d’un changement de résidence. Il ne s’agit pas seulement d’un acte administratif, mais d’un véritable bouleversement avec des répercussions sur l’ensemble du patrimoine familial. Chaque aspect de cette transition doit être soigneusement étudié, qu’il s’agisse des implications civiles, fiscales, ou successorales. Notre rôle est d’accompagner la famille à chaque étape de cette transformation. Nous analysons les impacts globaux et coordonnons les différentes administrations et professionnels impliqués, que ce soit dans le pays de départ ou en Principauté de Monaco. Cela inclut des collaborations avec des établissements bancaires, des assureurs, des agents immobiliers, et bien d’autres acteurs essentiels. En somme, nous offrons un soutien complet pour que chaque décision soit prise en toute sérénité.

    Pour bien comprendre quel est le rôle des Multi Family Office auprès des familles, quels sont concrètement les services que vous proposez ?

    Le Multi Family Office tel qu’il est réglementé, est un tiers indépendant, autorisé et contrôlé, dont les conseils et services sont destinés à plusieurs familles. Il n’est pas à confondre avec le Family Office destiné à une famille et géré par cette dernière et ne bénéficiant d’aucun cadre réglementaire. Le Multi Family Office consiste ainsi à « fournir, à titre de profession habituelle, des conseils et des services de nature patrimoniale et financière à des personnes physiques, à des familles ou à des entités juridiques appartenant à des personnes physiques ou à des familles ou dont elles sont fondatrices ou bénéficiaires ». Les services que nous proposons au sein de Monaco United Advisors, se sont construits au travers de cette réglementation, couplée à mon expérience internationale dans la restructuration de grands groupes industriels et familiaux. En effet, j’ai rapidement identifié les besoins de ces familles internationales confrontées à une réglementation de plus en plus diffuse et une prise de décision nécessitant des compétences globales et transverses pour en cerner les enjeux. C’est dans ce contexte, que j’ai construit pas à pas MUA, par la réunion au sein d’une même entité, d’experts pluridisciplinaires.

    D’où est originaire votre clientèle ?

    Actuellement, les familles que nous accompagnons sont natives essentiellement de l’Europe de l’Ouest. 70 % d’entre elles sont francophones. Notre clientèle évolue de concert face aux événements internationaux et aux changements législatifs pouvant impacter leur famille et leur patrimoine. Pour ne prendre qu’un exemple, après le Brexit, nous avons observé une hausse importante de la clientèle anglo-saxonne.

    Quel est le patrimoine moyen des familles que vous suivez ?

    La majorité de nos clients dispose d’un patrimoine situé entre 10 et 100 millions d’euros. Pour autant, la valeur du patrimoine n’a aucune incidence ni sur l’offre sur mesure que nous établissons de concert avec les besoins et objectifs de la famille, ni sur les tarifs que nous appliquons. Généralement, pour celle dépassant les 100 millions d’euros, ces familles ont fait le choix de constituer leur single family office et font appel à nos services pour la partie non internalisée au sein de leur family office et/ou évidemment pour tout leur patrimoine et affaires familiales liées à la Principauté de Monaco.

    Faut-il un patrimoine minimum pour faire appel à un Multi Family Office ?

    Il n’y a pas de règle. Chaque professionnel applique sa propre politique. Nous avons fait le choix de n’imposer aucun minimum de patrimoine pour faire appel à notre Multi Family Office. Nous estimons que ce n’est pas tant la valeur du patrimoine qui justifie ou non l’opportunité de faire appel à nos services, mais les enjeux et les objectifs familiaux nécessitant le conseil, la mise en place et le suivi des solutions et/ ou la coordination des professionnels impliqués. Il est toutefois communément admis dans le métier que la constitution de son propre family office présenterait un intérêt à partir d’un patrimoine s’élevant à 100 millions d’euros.

    Faites-vous travailler les experts de la Principauté pour accompagner ces familles ?

    Absolument. Le Multi Family Office en plus d’être un acteur d’attractivité est un véritable vecteur d’interprofessionnalité.

    En fonction des besoins de la famille, nous faisons appel à divers professionnels de la place (établissement bancaires, agent immobilier, assureur). En quelques chiffres, nos familles ont bancarisé sur la Principauté plusieurs centaines de millions d’euros d’avoirs en banque, et investi plusieurs centaines de millions d’euros en actifs immobiliers. Nous contribuons à notre mesure, à l’économie du pays.

    Pour ces grandes fortunes familiales, les Multi Family Office deviennent donc un confort de vie. Cela les soulage dans de nombreuses problématiques…

    Certaines familles nous disent que cela devient effectivement addictif (rires). La plus grande valeur ajoutée pour elles, c’est ce sentiment de sécurité qu’elle recherche. La confiance se construit avec le temps, et généralement la famille nous confie au fur et à mesure de plus en plus de missions. Il est vrai que nous faisons partie intégrante de leur vie.

    Justement, la nature de cette activité implique d’être dans une relation très étroite, de confiance, avec ces familles fortunées. Le secret professionnel est donc indispensable. Comment faites-vous pour vous assurer qu’il soit bien respecté par vos salariés ? Des sanctions sont-elles prévues dans la loi en cas de non-respect ?

    La législation monégasque prévoit en effet des sanctions pénales en cas de violation du secret professionnel. Nos collaborateurs ont tous des clauses de confidentialité dans leur contrat de travail. Tous les dossiers que nous gérons sont anonymisés. Nous avons également mis en place des moyens importants au niveau informatique pour y veiller. Et nous avons fait le choix de crypter l’ensemble de nos outils de travail. Actuellement, nous étudions, avec un partenaire de la place certifié par l’État, une solution de coffres-forts numériques destinés à la gestion documentaire de nos clients. Il est évident que lorsqu’une famille vous confie partiellement ou totalement la gestion de son patrimoine mais aussi des documents très importants jusqu’aux secret de famille, il est capital d’assurer un très haut niveau de confidentialité.

    Aurore Shaki Monaco United Advisors Multi Family Office
    « La majorité de nos clients dispose d’un patrimoine situé entre 10 et 100 millions d’euros. Pour autant, la valeur du patrimoine n’a aucune incidence ni sur l’offre sur mesure que nous établissons de concert avec les besoins et objectifs de la famille, ni sur les tarifs que nous appliquons. » © Photo Iulian Giurca / L’Observateur de Monaco

    L’activité de Multi Family Office a été réglementée en Principauté via une loi publiée en décembre 2016. Que prévoit ce texte ?

    Après le Luxembourg, la Principauté de Monaco (en promulguant la loi n° 1.439 du 02/12/2016) a décidé d’offrir un cadre novateur et protecteur à sa clientèle, résidente ou non, souhaitant recourir à un Multi Family Office. Le législateur a offert à la clientèle un niveau élevé de protection lui permettant de placer sa confiance dans des professionnels qui seront assujettis à un régime juridique stricte et reposant sur des mécanismes de contrôle et de surveillance. L’exercice de cette profession est subordonné à des conditions de compétences et d’honorabilité de ses actionnaires et administrateurs, et à l’obtention préalable de l’Autorisation Ministérielle de constituer une Société Anonyme de droit monégasque au capital social minimum de 150 000 euros. L’activité de Multi Family Office est également assujettie au secret professionnel et à une rémunération exclusive de ses clients. Toute rétrocommission par les professionnels avec qui nous travaillons est interdite. Ce cadre protecteur est un gage de confidentialité et d’indépendance pour les familles. Ceci est essentiel pour l’attractivité du pays. Monaco a donc été précurseur.

    Précurseur, même si le Luxembourg a été le premier pays à légiférer en matière de Multi Family Office ?

    Oui, car même si le Luxembourg a été pionnière en la matière, Monaco s’est réellement parée d’un label pour les familles faisant appels à leur service et aux professionnels y recourant.

    Depuis que la loi sur les Multi Family Office a été votée, leur nombre a-t-il explosé à Monaco ?

    Lorsque Monaco United Advisors a été créé en 2018, nous étions le deuxième Multi Family Office immatriculé en Principauté. D’après un récent décompte que j’ai effectué, nous sommes aujourd’hui 38 Multi Family Office. Depuis quelques semaines, nous avons été informés par les administrations que l’activité a été considérée comme étant « surreprésentée ». Ce qui signifie qu’il n’est plus possible de constituer un Multi Family Office en Principauté de Monaco. La seule option possible sera désormais de racheter un Multi Family Office existant, à condition qu’il ait plus de 10 ans d’existence, et sous couvert, bien sûr, de répondre aux conditions d’honorabilité, de compétence pour ses repreneurs et sous réserve d’obtenir l’agrément par le ministre d’État.

    Vous disiez que Monaco est le deuxième pays après le Luxembourg à avoir réglementé cette activité. Depuis, est-ce que d’autres pays ont emboîté le pas et ont instauré une législation dans ce domaine ? Ou certains pays vont-ils le faire prochainement ?

    A ma connaissance, après Monaco, aucun autre pays n’a adopté de législation sur cette activité. Néanmoins, nous restons attentifs à certains pays tels que la Suisse qui pourrait légiférer à son tour.

    Vous indiquiez que les multi family office à Monaco sont strictement encadrés par la loi. Y a-t-il tout de même un point qu’il faudrait améliorer selon vous ?

    Nous sommes la seule profession règlementée en Principauté qui ne dispose pas d’un ordre professionnel. Il me semble donc essentiel d’en créer un pour pouvoir défendre collégialement notre secteur et les besoins de notre clientèle auprès des autorités monégasques.

    Quelles sont les obligations des multi family office en matière de lutte anti-blanchiment ?

    Dès que le multi family office a été réglementé en 2016, la profession a été automatiquement assujettie. Nous sommes donc tenus aux obligations les plus hautes en la matière et nous avons donc dû nous organiser pour y répondre.

    Le 23 janvier 2023, l’organe de lutte anti-blanchiment du Conseil de l’Europe, Moneyal, a placé Monaco en procédure de « suivi renforcé ». La menace potentielle que la Principauté soit à nouveau placée sur liste grise est dans tous les esprits. Les familles que vous accompagnez sont-elles inquiètes qu’un tel scénario se produise ?

    Aujourd’hui, c’est un vrai sujet d’inquiétude. On ne peut pas le nier. Les familles que nous avons installées personnellement, professionnellement et bancarisées sur le sol monégasque nous posent beaucoup de questions sur les impacts que ce scénario pourrait avoir sur leur famille et leur patrimoine. D’ailleurs, beaucoup d’entre elles, notamment celles ayant vécu à l’étranger dans des pays placés sur liste grise, se demandent encore aujourd’hui comment la Principauté se retrouve concernée.

    Quels types d’interrogations ont vos clients ?

    Ils se demandent quels vont être les impacts concrètement au quotidien pour leur famille, leur patrimoine, leur projet en cours ou en devenir ? Auront-ils des difficultés pour faire un virement ? Vont-ils devoir produire plus de documents ? Vont-ils devoir renoncer à des projets ? Est-ce que d’autres établissements vont vouloir couper leur relation bancaire en raison de ce lien avec Monaco ? Etc… Notre rôle est donc faire de la pédagogie sur toutes ces interrogations. En interne, nous essayons d’anticiper au maximum leur interrogation. Que ce soit avec les établissements bancaires qui accompagnent nos familles, ou bien les établissements bancaires à l’étranger, nous essayons de récolter un maximum d’informations pour donner à nos clients le plus de visibilité possible. Le but est d’essayer d’éviter qu’ils ne se retrouvent bloqués dans un financement ou l’ouverture d’un compte bancaire par exemple.

    Peut-on craindre que des familles fortunées quittent la Principauté en raison de ce potentiel placement sur liste grise ?

    Au sein de Monaco United Advisors, nous n’avons pas eu de départs. D’autres confrères m’ont indiqué toutefois que certaines familles auraient fait le choix de partir ou de renoncer à certains projets en lien avec la Principauté. Pour autant, j’ai le sentiment qu’à ce stade, cela n’a pas freiné ni l’envie de s’installer, ni l’envie d’entreprendre. Monaco par sa stabilité, sa sécurité et son environnement reste une destination attractive et unique au monde.

    Société Monégasque d'Assainissement SMA

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