Si la Principauté compte parmi ses résidents d’immenses fortunes, c’est en partie grâce à lui. Michel Bouquier, ancien délégué général au tourisme en Principauté, a créé en 2009 le Monaco Private Label. Son rôle : faire en sorte qu’une super élite économique s’installe sur le territoire monégasque. Et ça marche… Une centaine de familles richissimes ont déjà posé leurs valises en Principauté par son intermédiaire. Quelle est sa méthode ?
Depuis plus de 12 ans, le Monaco Private Label est un club international qui réunit de très grosses fortunes originaires du monde entier. Des services haut de gamme et sur-mesure leur sont proposés. Qu’est-ce qui vous a poussé à vouloir créer ce concept ?
Lorsque j’ai créé le Monaco Private Label en 2009, j’étais délégué général au tourisme en Principauté. Je me suis penché sur cette clientèle haut de gamme car c’est évidemment un segment très intéressant pour la Principauté. J’ai commencé à étudier cette super élite (que l’on appelle aussi les ultra-high-net-worth individuals) pour comprendre comment elle fonctionnait, quelles étaient ses attentes, et comment elle consommait. À la suite de cela, j’ai développé une offre spécifique, adaptée à cette clientèle à fort pouvoir d’achat, en proposant des services haut de gamme. Ce sont des prestations sur-mesure qui leur sont dédiées, dans des hôtels de luxe à Monaco, des restaurants et divers autres loisirs. Le but est de leur dérouler le tapis rouge…
Au départ, l’objectif était donc essentiellement touristique ?
Initialement, l’objectif était effectivement que ces personnalités influentes viennent séjourner à Monaco en profitant de services d’exception. C’est toujours le cas aujourd’hui, mais nous cherchons depuis maintenant plus d’une dizaine d’années à les convaincre également de venir s’installer en Principauté. Cela peut prendre des mois, parfois des années… Aujourd’hui, le Monaco Private Label compte 2 000 familles membres, originaires de 67 pays différents. Et une centaine d’entre elles a fait le choix de s’installer à Monaco.
« Aujourd’hui, le Monaco Private Label compte 2 000 familles membres, originaires de 67 pays différents. Et une centaine d’entre elles a fait le choix de s’installer à Monaco »
De quelles nationalités sont ces familles installées en Principauté par l’intermédiaire du Monaco Private Label ?
Elles sont turques, mexicaines, indiennes, anglaises, hollandaises ou encore belges. Certains résidents ont aussi lancé, un ou plusieurs, business en Principauté.
Quel est très concrètement le profil des personnes que vous ciblez ?
Ce sont des grandes fortunes, des leaders économiques, propriétaires de leurs entreprises. Ce sont uniquement des personnalités renommées, qui épousent les valeurs et les causes de Monaco. Notamment la philanthropie, ou bien tout ce qui concerne la cause environnementale.
Il n’y a donc pas de dirigeants politiques au sein du Monaco Private Label ?
Non. Nous faisons très attention à cela. Ce sont uniquement des leaders économiques réputés pour leurs valeurs sociales.
Faut-il avoir un patrimoine minimum pour intégrer le Monaco Private Label ?
Oui, effectivement, mais je ne peux pas vous dévoiler quel est le seuil minimum que nous exigeons. Je peux vous dire qu’il s’agit de très grosses fortunes, des multimillionnaires et des milliardaires. Je précise tout de même que l’argent est certes important mais ce n’est qu’un des éléments. Il y a de grosses fortunes que nous n’approchons pas pour des raisons morales et éthiques. Nous ne visons que des élites économiques extrêmement respectées et connues pour leur philanthropie. C’est pour cela que les consuls honoraires jouent un rôle primordial.
Vous voulez dire que les consuls honoraires filtrent les ultras riches qui n’auraient justement pas ces valeurs morales que vous attendez… ?
Oui, absolument. Les consuls connaissent parfaitement ces milieux, et ils nous ont parfois mis des feux rouges sur certaines personnes.
Ce sont donc les consuls honoraires, qui, les premiers, contactent ces élites ?
Oui, car il n’est pas possible pour moi de contacter directement ces immenses fortunes. Je passe donc essentiellement par l’intermédiaire des consuls honoraires de Monaco. Il y en a plus de 130 aujourd’hui. Un groupe très actif m’épaule dans cette mission. Ils sont donc ma porte d’entrée à cette élite économique.
« Il n’est pas possible pour moi de contacter directement ces immenses fortunes. Je passe donc essentiellement par l’intermédiaire des consuls honoraires de Monaco. Il y en a plus de 130 aujourd’hui. Un groupe très actif m’épaule dans cette mission. Ils sont donc ma porte d’entrée à cette élite économique »
Très concrètement, comment se déroulent les premières rencontres avec ces grands dirigeants d’entreprises ?
Les consuls honoraires invitent ces personnalités influentes à des dîners d’exception que nous organisons un peu partout dans le monde. Ils comprennent vite en voyant les invités présents que seule l’élite est conviée. Ils se connaissent généralement bien entre eux. Cela se déroule dans un cadre totalement confidentiel, évidemment sans journaliste… Au total, une vingtaine de couples sont invités. Et c’est lors de ces soirées que j’interviens et que j’explique ce que propose le Monaco Private Label.
Concrètement, quel est votre discours ?
Je leur indique que Monaco souhaiterait établir avec eux une relation de confiance et de confidentialité totale sur le long terme, sans aucune obligation. Nous nous engageons à être d’une réactivité immédiate pour répondre à toutes leurs demandes et questions liées directement, ou indirectement, à Monaco. J’ai l’habitude de dire : quelle que soit la nature de votre demande, la réponse sera toujours positive. Pour cela, j’ai mis en place en Principauté un écosystème très solide. Ce sont des partenaires bancaires, des marques et autres services qui croient en notre concept et qui s’engagent auprès de nous à trouver toutes les solutions possibles pour satisfaire cette clientèle.

Quels types de demandes avez-vous par exemple ?
Elles sont de toute nature… Réserver une table chez Alain Ducasse alors que c’est complet, pouvoir amarrer un yacht de 60 mètres même s’il n’y a plus de place dans le port, trouver un rendez-vous médical, ou répondre à toute question d’ordre juridique. Pour toute demande, j’ai la solution. Et puis bien évidemment, une fois qu’ils sont installés à Monaco, je les épaule dès qu’ils ont besoin de moi.
À quoi sert donc cette carte que vous donnez à vos membres ?
C’est une carte d’adhérent qu’ils peuvent garder à vie et qui donne accès à ces services VIP. À l’arrière, il y a mon numéro de portable et mon e-mail pour qu’ils puissent me joindre quand ils le souhaitent.
Dans quels pays avez-vous organisé ces dîners Monaco Private Label ?
Avec le budget de 100 000 euros alloué chaque année par le gouvernement, nous organisons en moyenne une demi-douzaine de dîners par an. Nous sommes allés dans de nombreux pays : Chine, Singapour, Afrique du Sud, Nouvelle Zélande, Arabie saoudite, Israël, Brésil et tant d’autres. Le dernier dîner Monaco Private Label a eu lieu en mars dernier à Dubaï avec des propriétaires d’entreprises qui étaient également originaires d’Oman, du Bahreïn et d’Arabie saoudite. Parfois, il arrive que des membres de Monaco Private Label proposent d’organiser eux-mêmes des soirées dans leurs propriétés en invitant leur connaissance. Ils nous ouvrent leurs carnets d’adresses.
Cela arrive fréquemment ?
Oui, nous avons cette chance. En janvier 2020 par exemple, juste avant le Covid, un grand dîner a été organisé à Mexico City dans un club très privé et avec le soutien d’un grand entrepreneur qui rayonne dans toute l’Amérique du Sud. Sa femme est quant à elle présidente d’une fondation philanthropique. À eux deux, ils ont réuni plus de 110 invités. Un autre dîner a également été organisé dans un palais du XVIIème siècle à Istanbul, sur le Bosphore, mais aussi dans des maisons incroyables à la Nouvelle Orléans et en Colombie, à Bogota. La prochaine soirée aura lieu dans la propriété d’une grosse fortune originaire de Seattle, à Palo Alto dans, la Silicon Valley. En septembre également, le président d’une très grande entreprise suédoise souhaite organiser un dîner dans son château personnel, à côté de Stockholm.
Il y a environ deux ans, vous avez également lancé ces mêmes services VIP, mais pour les 16 à 35 ans…
Absolument, cela s’appelle les MPL Young leaders. Ce sont généralement les enfants de ces riches fortunes qui sont membres chez nous. Nous avons déjà 150 jeunes membres à ce jour.
Qu’est-ce qui pousse ces immenses fortunes à s’installer à Monaco et pas ailleurs ?
Tout d’abord, la stabilité politique et institutionnelle. Ils savent qu’à Monaco, cela ne changera pas. C’est un élément extrêmement important pour eux. Bien sûr, la fiscalité douce mais aussi la sécurité, les excellents soins de santé, l’éducation pour les enfants, et le climat. Ce sont les principaux piliers. Ils apprécient également la proximité aisée et rapide qui peut se créer avec les instances officielles. Ils sont par exemple flattés de pouvoir parler au ministre des finances monégasque en personne et de raconter leur histoire. Ils apprécient également la facilité d’accès à une communauté unique de dirigeants et décideurs internationaux ayant résidence à Monaco
N’êtes-vous pas parfois intimidé ou même agacé par ces ultra-riches dont on sait qu’ils peuvent parfois être très capricieux…
Pas du tout. Je suis au contraire très admiratif de leurs parcours. Et je peux vous garantir que les personnalités que nous approchons et côtoyons ne font pas les caprices que l’on peut attribuer parfois à ces ultras riches. Il y a, au contraire, beaucoup de respect, de part et d’autre, et ils sont même parfois gênés de me déranger…
Rencontres : Muhammad Yunus, Mika Häkkinen, et astronaute de la Nasa : des rencontres au sommet
Pour maintenir les liens entre membres, le Monaco Private Label organise régulièrement des rencontres. Il y a notamment le sommet annuel qui réunit quelque 200 membres du monde entier et dont les recettes sont en partie reversées à la Fondation Prince Albert II. Pendant la pandémie de Covid qui interdisait tout déplacement, le MLP avait organisé également des rencontres virtuelles avec le concours de grandes personnalités comme ce fut le cas par exemple avec Muhammad Yunus le Prix Nobel de la paix. Lors d’une « soirée Grand Prix de Monaco » en Australie dans une résidence privée, le MLP a également organisé une connexion zoom depuis les studios Mediaset/MediaCom de Monaco avec le pilote Mika Häkkinen. « Le dernier en date fut une connexion en direct depuis l’espace avec un membre qui ne pouvait venir en personne à Monaco pour notre rendez-vous annuel car en sa qualité d’astronaute, il était de service pour piloter le premier vol commercial vers la Station Spatiale Internationale, rajoute Michel Bouquier. Nous avons pu établir, avec l’autorisation de la NASA, une conversation en direct d’une dizaine de minutes avec lui. Ce fut passionnant. »
