C’est un constat que de nombreux professionnels du secteur à Monaco font. Les métiers de l’hôtellerie/restauration ne séduisent plus. La profession est confrontée à une pénurie de main d’œuvre. Pourquoi ?
Monaco, France : même combat… Dans les hôtels et restaurants du pays voisin et de la Principauté, serveurs, cuisiniers, réceptionnistes et autres métiers propres à ces secteurs, manquent à l’appel et ne se bousculent plus vraiment au portillon pour dénicher un travail. « On manque cruellement de main-d’œuvre. Les candidats à l’emploi se font rares dans les maisons d’intérim », constate Alberte Escande, présidente de l’association des industries hôtelières de Monaco. Un constat qui, manifestement, est très répandu dans la profession en Principauté. « On cherche effectivement tous, confie à son tour un restaurateur monégasque. J’en ai discuté avec des responsables de la Société des Bains de Mer ou encore du Méridien qui rencontrent le même problème. Nous sommes tous dans la même situation. Pourtant, j’ai sollicité les agences d’intérim, j’ai passé des offres d’emploi sur Facebook et ailleurs, mais rien n’y fait. Les candidats sont très rares. »
Un avant et un après crise
Comment expliquer alors ce désamour manifeste pour ces secteurs d’activité ? La crise sanitaire et le confinement ont-ils eu un effet direct et aggravant ? Oui, à ne pas en douter, selon Cédrick Lanari, président de la Fédération des syndicats de salariés de Monaco (F2SM) : « Il semblerait que le confinement dû au Covid-19 ait développé un sentiment de conscience sur l’importance de la vie de famille, estime-t-il. En effet, beaucoup de salariés travaillant initialement dans les hôtels, cafés et restaurants ont dû changer de métier et ont goûté à un mode de travail moins chronophage quant à leur vie privée. » Selon lui, les salaires « relativement bas » proposés par ces métiers qui sont exercés les week-ends, les nuits et les jours fériés « ne correspondent plus au besoin d’équilibre vie privée / vie professionnelle que nombre de salariés ont eu l’occasion de tester depuis le début de cette crise. »
« Une gestion à l’américaine de nos professions »
Du côté de l’Union des syndicats de Monaco, on porte un regard beaucoup plus critique sur le secteur de l’hôtellerie-restauration qui est géré « par un grand nombre d’employeurs » ,comme « une zone de non-droit, sans foi ni loi », estime Jean-Pierre Messy, secrétaire général du syndicat des cuisiniers, pâtissiers et tabliers bleus. Ce qu’il pointe du doigt dans ce secteur ? En substance : l’absence de grille de salaires, le travail non déclaré ou sous déclaré, « le SMIC comme salaires de référence pour 60heures/semaine », mais aussi les longues coupures entre deux services, ou encore, la non-reconnaissance de la pénibilité de ces professions.« Au fil des années, nous sommes passés à une gestion à l’américaine de nos professions… Comme un “ job“ , avec une précarisation de l’emploi, bien loin du luxe et de l’excellence qui a fait la renommée de la Principauté » , rajoute-t-il.
« Ils ont perdu une force de travail expérimentée »
Selon ce syndicaliste, la crise sanitaire a été une fracture supplémentaire ayant accéléré et amplifié cette situation. « En mars 2020, dès les premiers jours de la crise Covid, des centaines de salariés précaires se sont vu jeter à la rue et ont dû s’adapter pour survivre…Les grandes entreprises se sont empressées d’effectuer des plans sociaux et ont perdu la force de travail la plus expérimentée, indique-t-il. Les salariés restant se sont vu imposer une gestion d’astreinte et un effondrement de leurs conditions de
travail (flexibilité, polyvalence…). Quant aux salariés rémunérés à la masse, ils ont perdu de 40 à 60% de leurs revenus. »
« Une pression excessive sur les salariés »
La reprise de la saison, post-confinement, n’a pas été non plus de tout repos pour les salariés. Toujours selon ce syndicat, en plus des règles sanitaires à respecter (dont le port du masque dans une chaleur parfois étouffante), les cadences ont été plus soutenues en raison du sous-effectif dans les établissements. « Les employeurs mettent également une pression excessive sur les salariés qui veulent rattraper à tout prix ce qu’ils ont “ perdu “ pendant la crise Covid, oubliant les aides gouvernementales qu’ils ont perçues. Un grand nombre d’actifs de nos secteurs n’ont donc plus qu’un seul souhait : le quitter ! »
« La jeune génération est moins attirée par nos métiers »
Pour la présidente de l’association des industries hôtelières de Monaco, Alberte Escande, ce désamour pour ces professions est aussi générationnel, et s’explique bien sûr, en partie, en raison de « la pénibilité de ces métiers ». « De ce fait, la jeune génération est moins attirée par nos métiers. Il nous appartient de les motiver sur le plan professionnel, et à les intégrer sur tout projet pouvant les impacter », insiste cette restauratrice. Quant aux faibles salaires, sont-ils également une cause ? Pas forcément selon Alberte Escande : « Certains salariés ayant un bac + 4 ont le même salaire qu’un employé dans la profession, dont la rémunération avoisine 2200 euros par mois. Je ne crois pas que l’on puisse parler de faible salaire dans le secteur de l’hôtellerie/restauration. On stigmatise la profession. »
