246 restaurants sur 2 km². D’année en année, le paysage culinaire de la Principauté ne cesse de s’étoffer. Mais alors, le secteur est-il arrivé à saturation ? Les restaurants italiens sont-ils surreprésentés ? Quelques restaurateurs emblématiques livrent des diagnostics contrastés.
La restauration est un secteur ultra représenté à Monaco et le nombre d’établissement ne cesse d’augmenter. D’après les chiffres de l’IMSEE, en 2024, 246 restaurants étaient installés en Principauté, contre 233 en 2020. Un chiffre que l’Institut invite toutefois à prendre avec précaution puisque d’un côté, il est sous-évalué par le fait que les restaurants intégrés aux hôtels — comme Le Louis XV à l’Hôtel de Paris ou L’Orange Verte au Monte-Carlo Bay — ne sont pas comptabilisés. De l’autre, il peut être sur évalué car un décalage peut exister entre ce nombre et celui des établissements effectivement ouverts, certaines entités choisissant de rester actives au RCI malgré l’absence d’une véritable activité « opérationnelle ».
Une densité inégale selon les quartiers
Avec 246 restaurants pour environ 39 000 habitants, Monaco affiche une moyenne de 6,4 restaurants pour 1 000 habitants (chiffre qui ne prend pas en compte les pendulaires). À titre de comparaison, New York compte 3,8 restaurants pour 1 000 habitants, tandis que Paris culmine à 12,2 restaurants pour 1 000 habitants (chiffres 2022). Dans le détail, cette densité cache de fortes disparités selon les quartiers. Ainsi la Condamine arrive largement en tête avec 91 restaurants, soit 15,6 restaurants pour 1 000 habitants. Sans surprise, Monte-Carlo suit avec 73 établissements alors que les Moneghetti (7 restaurants) et La Rousse (8 restaurants) sont les quartiers les moins pourvus. Au-delà des établissements, c’est tout un écosystème qui gravite autour de la restauration. 2 578 salariés travaillent dans le secteur, hors Société des Bains de Mer, qui emploie à elle seule environ 1 300 personnes supplémentaires dans la restauration, sans compter les saisonniers.
Faut-il un numerus clausus ? Le débat est lancé
Dès lors, une question s’impose : y a-t-il trop de restaurants à Monaco ? Et, si oui, la restauration doit-elle à son tour devenir un secteur régulé avec l’interdiction de nouvelles installations ou l’instauration d’un numerus clausus ?
La question a été posée le 5 décembre dernier lors d’un petit-déjeuner débat organisé au Monte-Carlo Bay sur le thème : « Trop cher pour le client, trop juste pour le restaurateur ? Comprendre le vrai prix d’une assiette ». Et Alberte Escande, présidente de l’AIHM et propriétaire de La Table d’Élise, n’a pas éludé le sujet. « C’est un peu l’avis de tous les restaurateurs, il y a trop de restaurants à Monaco. Notamment lorsque l’on regarde le nombre de télétravailleurs qui a fortement augmenté », a-t-elle assuré.
Selon elle, l’impact du télétravail sur la restauration est loin d’être marginal. Entre 2023 et 2024, le nombre de télétravailleurs a augmenté de 19 %. En prenant comme base les 6 126 télétravailleurs non-résidents, et en estimant deux jours de télétravail par semaine, cela représenterait près de 600 000 déjeuners en moins par an pour la restauration du midi en Principauté.
Des restaurateurs partagés
L’Obs’ a de son côté pris la température auprès de quelques restaurateurs de la Principauté et les avis sont partagés. Iacopo La Guardia, gérant du Bella Vita, véritable institution plébiscitée par les locaux pour son rapport qualité-prix, se montre complètement favorable à une régulation. « Je ne comprends pas pourquoi on limite le nombre d’avocats ou d’agences immobilières et pas le nombre de restaurants. Si on est moins nombreux, on marche tous mieux. Quand on est trop, tout le monde est en difficulté », a-t-il expliqué à L’Obs’. Riccardo Giraudi, autre restaurateur emblématique de la Principauté, estime, lui, qu’il serait « ridicule de réglementer le nombre de restaurants ». Pour l’entrepreneur, Monaco souffre avant tout d’une perception erronée à l’international. « Beaucoup de restaurateurs viennent s’installer en pensant que Monaco est un eldorado, qu’il n’y a pas d’hiver, que les clients dépensent sans compter et acceptent tout. C’est faux. Les clients sont très exigeants, voyagent beaucoup et savent reconnaître la médiocrité », poursuit-il. Même son de cloche chez Patrick Gioannini, gérant de Moshi Moshi et Norma : « Let them come ! La concurrence oblige à être meilleur, à se creuser la tête pour se démarquer… Réguler ne sert à rien, ceux qui ne sont pas bons fermeront », a-t-il ajouté.
Trop d’Italiens et de Japonais ?
La typologie des restaurants présents à Monaco est elle aussi régulièrement débattue. « Une partie de la clientèle estime que la restauration italienne est surreprésentée, tandis que certains professionnels observent une forte progression de la cuisine asiatique », a confié à L’Obs’ Alberte Escande. En effet, la cuisine italienne est de loin la plus représentée, quant à la cuisine japonaise, on est passé de deux restaurants de sushis il y a quelques années à une dizaine désormais. Pour Riccardo Giraudi, c’est assez logique : « Il y a un facteur culturel évident. On est sur la Méditerranée, beaucoup d’Italiens vivent et travaillent à Monaco. C’est la cuisine la plus adaptée au climat et aux habitudes locales ». « J’ai toujours rêvé d’ouvrir un restaurant indien, mais le 15 août, qui va manger un curry ? Il y a moins de restaurants français aussi mais qui va manger une blanquette en plein été ? », a-t-il poursuivi.
Des cuisines plus rentables
Autre facteur structurant : le coût des fonds de commerce et des loyers, jugés « astronomiques ». Ouvrir un restaurant à Monaco nécessite un investissement considérable, souvent difficile à rentabiliser. Dans ce contexte, les cuisines italienne et japonaise apparaissent comme particulièrement adaptées économiquement car permettant de faire davantage de marges. La cuisine italienne grâce à un coût matière réduit et une exécution rapide, la japonaise grâce à des tickets moyens élevés.
C’est aussi la problématique du foncier élevé qui favorise, sur le territoire, la surreprésentation d’établissements haut de gamme ainsi que les chaines internationales au détriment d’une offre de restaurants indépendants et plus accessibles. « Avec de tels loyers, il y a un risque qu’à un moment, Monaco ne compte plus que des gros groupes internationaux de la restauration, qui font leur bénéfice ailleurs et peuvent se permettre d’en perdre ici juste pour leur image », prévient Iacopo La Guardia. Au final, plus qu’un problème de quantité, la restauration monégasque semble confrontée à une question d’équilibre : équilibre entre attractivité internationale et attentes des locaux, et entre diversité culinaire et contraintes économiques.
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