Olivier Cardot a été élu le 25 mars dernier secrétaire général de l’Union des syndicats de Monaco (USM).
Ce militant qui affiche clairement ses appartenances politiques très marquées à gauche explique son parcours et les combats sociaux qu’il va mener en Principauté.
ELECTION
Vous avez été élu le 25 mars dernier, secrétaire général de l’Union des syndicats de Monaco (USM). Vous succédez à Christophe Glasser. Comment vivez-vous cette élection ?
C’est une grande fierté pour moi. Je suis très lucide et extrêmement conscient des responsabilités que j’occupe à présent par rapport aux travailleurs du pays et aux militants auprès desquels je m’engage. Je suis confiant, car notre organisation est solide et prête à relever de nombreux défis. Depuis sa création en 1944, l’USM a façonné la vie sociale de Monaco, avec ses victoires et ses défaites, mais toujours avec cette envie d’être une force de proposition. J’ai également la chance d’avoir à mes côtés deux secrétaires généraux adjoints très investis : Karim Tabchiche et Bruno Augé. Cela prouve aussi notre volonté de nous renouveler au niveau de la direction et de poursuivre la lutte collectivement.
Comment avez-vous réagi au départ de Christophe Glasser ?
Ce fut un pincement au cœur pour moi de voir Christophe quitter ses fonctions de secrétaire général. Il a marqué de son empreinte l’USM en étant un secrétaire général exemplaire, avec un mandat de six années accompli avec brio. Ce mandat a commencé comme il s’est terminé : sans fausse note. Nous avons intégré quasiment en même temps l’USM. Lui en 2009, moi en 2008, et nous avons été élus secrétaires généraux adjoints en même temps, en 2013. Nous avons été totalement complémentaires durant toutes ces années. Christophe a été davantage axé sur l’aspect organisationnel et juridique, de mon côté, j’étais plus engagé sur les actions de terrain et l’analyse politique. A l’annonce de son départ, j’ai donc pensé qu’il était de ma responsabilité de reprendre la relève.
Le fait qu’il soit politiquement de droite, et vous, beaucoup plus marqué à gauche, n’a jamais créé de dissonance entre vous ?
C’est un sujet que l’on a abordé très librement et très directement avec Christophe. Cela ne m’a jamais dérangé. Que l’on soit de droite ou de gauche, il y avait une conviction commune : celle de vouloir améliorer les conditions de travail et les droits des salariés. Au sein de l’USM, nous avons d’ailleurs des militants de droite comme de gauche. Cela a toujours fonctionné. Nos différences nous unissent. Cela étant dit, il est clair que l’Union des syndicats de Monaco combattra toujours les idées d’extrême droite comme elle l’a toujours fait dans son histoire et de cela, je m’en porte garant.
APPARTENANCE POLITIQUE
Vous affichez clairement votre appartenance politique très à gauche.
Politiquement, je suis effectivement adhérent au Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF). J’ai également plusieurs connaissances au sein de La France insoumise (LFI). Ma vision de la société est clairement en accord avec les statuts de l’USM qui est une organisation de lutte de classe et de masse. Je précise qu’il ne faut pas voir dans la lutte de classe une forme de dogmatisme, de violence ou d’extrémisme. La lutte de classe, c’est prendre conscience qu’il existe deux classes : une classe qui est exploitée, et une classe qui exploite. Mon devoir, et le devoir de l’USM, est de se mettre du côté des exploités. La réalité du terrain nous fait prendre conscience que la lutte de classe existe aussi à Monaco. En Principauté, on est, pour ainsi dire, dans la matrice du capitalisme. Il n’y a pas de parti politique d’opposition. Le jour où il y aura une véritable force politique d’opposition, nous aurons un appui supplémentaire, mais à Monaco cela ne s’est jamais vu. Être communiste n’est pas un gros mot. C’est défendre les retraites, le mieux-vivre et le bien-être des travailleurs et se battre pour acquérir de nouveaux droits sociaux. Ambroise Croizat, le ministre du travail Français communiste, en 1946, a créé en 7 mois seulement avec d’autres camarades, les caisses de retraite, les caisses de sécurité sociale et a fait naître, les instances de représentation du personnel dans les entreprises. Nous devons défendre cet héritage avec fierté.

« Politiquement, je suis adhérent au Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF). J’ai également plusieurs connaissances au sein de La France insoumise (LFI). Ma vision de la société est clairement en accord avec les statuts de l’USM qui est une organisation de lutte de classe et de masse. »
MODES D’ACTION
Sous votre mandat, les rapports de force vont-ils se durcir avec le gouvernement et les autres partenaires sociaux ? Va-t-on assister à une multiplication des grèves et des manifestations à Monaco ?
Il est nécessaire de ne pas se laisser faire, surtout durant cette période trouble de crise sanitaire. Cela peut passer effectivement par des grèves et des manifestations, mais je considère toujours ces moyens d’action comme un dernier recours. S’ il doit y avoir des actions, elles doivent être, d’une part, décidées collectivement et d’autre part, mises en place avec beaucoup d’intelligence. Il faut d’abord privilégier le dialogue quand il est possible, la concertation et la confrontation d’idées et de points de vue. Malheureusement, avec certains employeurs, on ne peut pas faire autrement que de se mobiliser.
Pour vous, la grève est une arme efficace pour faire bouger les choses ?
De plus en plus de salariés sont désœuvrés et souffrent de précarité. Il faut corriger cela. Et pour le corriger, seul le rapport de force est efficace. La grève est effectivement une arme que les salariés, de tous temps, ont en leur possession. C’est l’article 28 de la Constitution qui le prévoit à Monaco. Nous avons organisé trois actions interprofessionnelles en 2019, et nous poursuivrons à l’avenir l’action revendicative. Toutes les avancées sociales, et tous les conquis sociaux d’après-guerre, c’est la grève qui les a apportés. L’histoire ne ment jamais et il ne faut pas parler d’“acquis sociaux“ mais de “conquis sociaux“, car la classe capitaliste n’a jamais rien donné aux travailleurs. Ils ont dû prendre ce qu’ils ont aujourd’hui… Comme je dis souvent, je préfère passer pour un fou auprès de certaines personnes, que de passer pour un traitre pour les générations futures.
CTTR
Malgré la mise en place du CTTR et des aides massives de l’État, des employeurs décident malgré tout d’effectuer des plans de licenciement. On le voit tout particulièrement dans le secteur de l’hôtellerie/restauration. Que vous inspire ce constat ?
C’est regrettable et inacceptable. Ce sont clairement des plans sociaux d’opportunité. Certains patrons profitent de la crise sanitaire pour restructurer en profondeur leurs entreprises et remettre à plat leur technique de gestion du personnel. Il y a une réelle volonté de ces employeurs-là de profiter du flou qui règne actuellement. On ne peut accepter que des patrons sous perfusion de l’État continuent impunément de licencier des travailleurs comme ils le font actuellement. Le gouvernement du pays doit sanctionner ces comportements immoraux.
PLAN SOCIAL A LA SBM
Après 5 mois d’âpres négociations, la Société des Bains de Mer a définitivement acté le plan social. 227 salariés ont fait le choix de quitter l’entreprise en départ volontaire. Il y a eu en parallèle 4 départs contraints : que pensez-vous de l’aboutissement de ce plan ?
On a beaucoup entendu parler de “victoire“ et de “réussite“ par rapport à ce plan social mais pour moi ce n’est ni l’un ni l’autre. Plus de 230 salariés se retrouvent privés d’emplois et ne seront pas remplacés. Cela ôte automatiquement du potentiel d’emploi à la génération qui va venir. Les travailleurs de la SBM ne sont pas responsables de l’état financier de la société. C’est la direction qui en est responsable. En 2008, la société perdait déjà de l’argent. Il aurait fallu se réveiller avant.
COMBATS SOCIAUX
Quels sont les combats sociaux qu’il reste à mener à Monaco ?
Ils sont encore nombreux. Cela fait 30 ans que l’USM demande le retrait du licenciement sans motif. Monaco est le seul pays en Europe où l’on peut licencier les salariés de cette manière. Cela fait 20 ans que l’on réclame une législation sur l’intérim. Cela fait 5 ou 6 ans également que l’on demande le maintien à la CCSS de nos retraités qui résident en France et en Italie. Ce sont des revendications que l’on va bien sûr relancer, tout comme la réglementation des CDD et le maintien des salaires.
« Cela fait 30 ans que l’USM demande le retrait du licenciement sans motif. Monaco est le seul pays en Europe où l’on peut licencier les salariés de cette manière. Cela fait 20 ans que l’on réclame une législation sur l’intérim. Cela fait 5 ou 6 ans également que l’on demande le maintien à la CCSS de nos retraités qui résident en France et en Italie. »
La reconnaissance de la pénibilité au travail est aussi l’un de vos combats ?
Absolument. C’est un combat que mènent d’ailleurs actuellement les syndicats de l’hôtellerie. Un effort doit être fait de la part du patronat et du gouvernement sur ce point, comme ça l’est dans de nombreux pays en Europe. Cela peut se traduire par exemple par un abaissement de la durée du temps de travail, au mois, à la semaine, à l’année ou sur une vie. C’est pour cela que l’on a évoqué l’idée d’un compte épargne temps. Des discussions sont menées actuellement sur ce sujet avec la SBM.
PARCOURS
Avant l’USM, quel a été votre parcours ?
Je suis arrivé jeune dans la région car je suis Lorrain d’origine, de Metz très exactement, et issu d’une famille résistante. Mes grands-parents, que ce soit du côté de ma mère ou de mon père, ont combattu les troupes Allemandes du côté de la résistance lors de la 2ème Guerre Mondiale. Petit, déjà, j’ai eu de bonnes bases de militantisme. Je suis donc arrivé dans la région à l’âge de 7 ans et fait ma scolarité dans divers établissements. Je suis ensuite parti faire mon service militaire au sein du 27ème Bataillon de chasseur alpins d’Annecy, et j’ai servi en mission extérieure notamment à Sarajevo au sein d’une compagnie de combat en 1995. Après ma formation militaire, j’ai commencé ma carrière professionnelle à Monaco. J’ai occupé des postes dans des secteurs très divers. J’ai été, tout d’abord, employé à Carrefour Monaco puis employé au Méridien Beach Plaza, magasinier chez Mecaplast, conditionneur chez Lancaster et chez Microtechnic, également agent de sécurité chez Monaco Sécurité. J’ai ensuite été, électrotechnicien chez Atoms Monaco, car ma formation initiale est mécanicien automobile. Avoir connu tous ces secteurs m’a permis de développer des connaissances de terrain et d’avoir aujourd’hui une connexion permanente avec les travailleurs de ces différents secteurs.
« J’ai occupé des postes dans des secteurs très divers. J’ai été, tout d’abord, employé à Carrefour Monaco puis employé au Méridien Beach Plaza, magasinier chez Mecaplast, conditionneur chez Lancaster et chez Microtechnic, également agent de sécurité chez Monaco Sécurité. J’ai ensuite été, électrotechnicien chez Atoms Monaco, car ma formation initiale est mécanicien automobile. »
Comment êtes-vous rentré à l’USM ?
Lorsque j’étais chez Atoms Monaco, mes collègues de travail trouvaient que j’avais assez de culture militante pour prétendre au poste de délégué du personnel. J’ai donc été élu en 2004. Un ancien militant, Alex Falce, secrétaire Fédéral de l’Union des Syndicats de Monaco à l’époque, m’a ensuite appelé pour intégrer l’USM. Je suis devenu trésorier du syndicat de la métallurgie en parallèle et ensuite dirigeant de l’USM (élu membre du comité fédéral) dès 2005, puis salarié permanent dès septembre 2008. Petit à petit, nous avons fait du chemin avec Christophe Glasser et nous avons été élus secrétaires généraux adjoints en 2013. Aujourd’hui, me voilà secrétaire général. Mon objectif principal est maintenant de réussir cet important mandat bien sûr avec toutes les responsabilités qui en découlent. C’est une tâche difficile, il ne faut pas croire, mais c’est une tâche passionnante. Nous verrons bien où cela va me mener. Comme disait Nelson Mandela : « Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends ! »
