Depuis le 4 mai, date du déconfinement, c’est la désolation sur le Rocher. Les ruelles sont souvent désertes et les touristes ne débarquent qu’au compte-gouttes. En attendant que les vacanciers reviennent en masse dans la vieille ville, commerçants et restaurateurs se sont mobilisés avec l’UCAM pour organiser des soirées, et attirer la population locale. La première édition des Jeudis du Rocher aura lieu le 16 juillet. Au programme : trois musiciens de l’orchestre des carabiniers du Prince se produiront, les boutiques seront ouvertes jusqu’à 20h, et un happy hour sera proposé de 18h à 20h.
Lorsqu’on déambule dans les rues du Rocher, deux constats sont saisissants : les ruelles sont désertes, et les commerçants qui ont choisi d’ouvrir leurs portes affichent une mine déconfite. « J’ai ouvert mon commerce il y a deux jours. Je ne sais même pas ce que je fais là…Hier, la journée a été catastrophique », soupire un gérant d’une boutique de souvenirs. Il faut dire que ce quartier, extrêmement touristique habituellement, est depuis le déconfinement, quasi désert. Les vacanciers ne viennent qu’au compte-goutte : « La première fois que les boutiques de souvenirs ont rouvert, nous avons compté. Il y a eu 6 touristes dans la journée. Habituellement, on voit 500 à 1000 personnes par jour passer dans les rues », précise une commerçante. Dans la boutique Corner Store, près de la mairie, même constat. Les clients sont très, très, rares. Seule consolation : les salariés du Rocher reviennent peu à peu physiquement sur leur lieu de travail. « Nous avons une dizaine de clients par jour contre une centaine habituellement. Financièrement, on est loin de s’y retrouver en restant ouvert, mais il faut qu’on soit là pour donner un élan et une impulsion. Si personne n’ouvre, cela ne peut pas fonctionner. Heureusement, les employés de la mairie sont revenus. Les cabinets comptables ou encore les coursiers sont également de retour. Cela ramène un peu de vie. »
« La vague de touristes va-t-elle ou non arriver ? »
Depuis le 4 mai, jour du déconfinement, les commerçants et restaurateurs du Rocher n’ont donc qu’une question en tête. Quand les touristes feront enfin leur retour en Principauté ? « On ne sait pas si cette vague de touristes va ou non arriver. Nous sommes tous dans une angoisse terrible. Est-ce que l’on aura du monde en juillet ? », s’interroge Alexandra Rinaldi, de la boutique Les 5 saveurs. Seule certitude : jusqu’à la fin de cette année , ces commerçants ne pourront pas compter sur une catégorie, pourtant précieuse, de touristes : les croisiéristes qui affluent massivement chaque année à Monaco, et en particulier sur le Rocher. « A la réouverture le 4 mai, il y a eu un effet de solidarité. Des locaux sont venus dans ma boutique, ce qui m’a permis de faire quelques ventes. Via les réseaux sociaux également, j’ai fait découvrir ma boutique. Mais évidemment, cette clientèle locale ne pourra pas remplacer la masse de touristes que l’on a tous les ans », rajoute-t-elle. Cette commerçante installée depuis mars 2019 sur le Rocher, assure avoir actuellement entre 7 et 15 clients par jour. « Ce sont essentiellement des Suisses et des Belges avec, heureusement, un pouvoir d’achat assez important. Le panier moyen est de trente à quarante euros. En revanche , le touriste français dépense beaucoup moins. » Bilan des comptes ? « On ne réalise même pas 10% de notre chiffre d’affaires habituel. J’ai de la chance car ma propriétaire m’a baissé mon loyer, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Deux gérances ont d’ailleurs déjà donné leur préavis et vont s’arrêter. Si l’on se retrouve de surcroît avec des locaux vides, cela ne va aider personne. »

« On ne réalise même pas 10 % de notre chiffre d’affaires habituel. » Alexandra Rinaldi, gérante de la boutique Les 5 saveurs.
« On nous considère comme des pièges à touristes »
Autre problème identifié par cette commerçante : manifestement, les résidents et les locaux rechignent à venir consommer sur le Rocher. « Monaco-Ville est boudé par les locaux car on nous considère comme des pièges à touristes. On se retrouve à être comparé à un “Monaco souk“. Or, c’est totalement faux. il y a de belles boutiques qui vendent par exemple des pierres ou des vêtements. Il y a aussi de très bons restaurants, à des prix souvent inférieurs qu’ailleurs, assure encore Alexandra Rinaldi. Evidemment, il y a beaucoup plus de boutiques purement touristique. Mais que ce soit au niveau des commerces que des restaurants, il y a dans ce quartier du qualitatif, et à des prix inférieurs. » Comment alors réconcilier cette clientèle locale avec le Rocher et attirer plus de monde ? Les commerçants se sont organisés avec l’UCAM pour que des animations, notamment musicales, soient organisées durant l’été. Le 16 juillet aura la première édition des Jeudis du Rocher. Au programme : trois musiciens de l’orchestre des carabiniers du Prince se produiront, les boutiques seront ouvertes jusqu’à 20h, et un happy hour sera proposé de 18h à 20h. Tous espèrent que cette solution permettra de sauver un minimum la saison qui ne dure, sur le Rocher que quelques mois. En effet, de la mi-novembre, jusqu’à la Fête des citrons et le Carnaval, à la mi-février, Monaco-Ville est assez désert et des boutiques ferment. Cette crise a toutefois eu une vertu : « Une vraie solidarité s’est créée dans le quartier, assure Alexandra Rinaldi. Beaucoup de commerçants se sont rapprochés et se remontent le moral… »

