A la maison d’arrêt de Monaco, ils sont douze hommes et femmes à avoir reçu l’agrément de visiteurs de prison. A travers des ateliers, des temps de parole ou de religion, ils accompagnent les détenus durant l’incarcération et préparent ensemble leur réinsertion. Trois d’entre eux ont accepté de témoigner de leur engagement auprès de l’Observateur de Monaco.
En France, il y en aurait près de 1 200, tous bénévoles. A Monaco, douze ont reçu un agrément officiel et obligatoire des autorités du pays. Mais à quoi sert un visiteur de prison ? Pour les trois personnes que l’Observateur de Monaco a pu interroger, l’avis est unanime : écouter, réconforter, aimer. Pasteur protestant de l’église évangélique de la Riviera à Beausoleil, Christian Kadi s’est investi depuis de très nombreuses années au service des détenus de toute la région : Nice, Grasse, Draguignan, Toulon-La Farlède. Agréé à Monaco depuis 2018, il n’a encore jamais eu à intervenir à la maison d’arrêt mais serait prêt à le faire si une demande de détenu en ce sens intervenait. Aumônier en prison, il y intervient désormais plusieurs fois par semaine, essentiellement à la maison d’arrêt de Nice. « J’essaie déjà de visiter tous ceux qui arrivent, leur indiquer qu’il y a des aumôniers en prison selon la confession du détenu. Je sais que le choc carcéral est extrêmement rude. Ce choc, pour ceux qui y viennent pour la première fois et même pour les autres, peut durer entre 1 semaine et 10 jours. Il y a de vrais risques de suicide durant cette période charnière », s’inquiète-t-il.

« Je ne demande jamais la raison de leur présence en prison »
Le passage en garde à vue, la présentation à un magistrat, l’incarcération, la fouille. « C’est tout ce protocole qui peut être traumatisant. Et ensuite la porte de la cellule se referme et c’est fini. » A Nice, dans les petits 9 m2, il vient écouter tous les détenus qui en font la demande. « Il y a souvent beaucoup de désespoir dans leur discours. On vient les écouter car ils ont toujours beaucoup de choses à dire. En tant que pasteur, j’ai toujours eu dans mon cœur de pouvoir aider les personnes en souffrance et en détresse. C’est un appel divin que j’ai eu sur mon cœur », insiste Christian Kadi. Toujours avec le même état d’esprit, celui de ne pas juger la personne qui est en face de lui. « Condamné, ils le sont déjà. Je ne demande jamais la raison de leur présence en prison. C’est facile de l’extérieur de juger et de condamner. Moi, je m’intéresse à la personne, à son âme qui a besoin d’être secourue. Souvent des âmes très cabossées par la vie avec un cheminement qui les a menées en prison », développe le pasteur protestant.
Préparer la réinsertion
Toutes les deux semaines, il assure le culte du samedi matin dans l’amphithéâtre de la maison d’arrêt. Environ 25 à 30 détenus y assistent après avoir sollicité l’accord de l’administration pénitentiaire. Il effectue aussi des visites directement dans la cellule des détenus. Car l’idée est également de leur permettre de garder un lien avec l’extérieur, de les aider à retrouver leur famille à la sortie, de retrouver un travail et d’éviter qu’ils ne récidivent. Selon de récentes études, 63 % des prisonniers récidiveraient moins de 4 ans après leur incarcération. « Même quand ils récidivent, je suis dans l’écoute et l’accompagnement. J’estime que nous avons tous le droit à une deuxième ou une troisième chance. » Et puis, il y a aussi ces anciens détenus que le pasteur revoit à leur sortie. « Nous ne sommes pas autorisés à garder le contact avec eux mais parfois certains décident de venir à l’église ou bien je les croise dans la rue. Ils sont souvent très fiers de pouvoir me dire qu’ils ont trouvé un travail. Pour moi, ils ont payé leur dette à la société. » Un sentiment de satisfaction ne peut alors qu’émerger de ces épisodes pour le visiteur de prison.

« J’essaie d’amener une espérance de vie nouvelle »
C’est ce même sentiment qui anime Sophie Verhaaren, cheffe d’entreprise à Monaco et vice-présidente de l’association monégasque Impact Monaco Riviera en charge de la commission Prison et Réinsertion. Créée en 2007 avec son mari, il s’agit d’une association culturelle et cultuelle qui intervient dans plusieurs domaines pour apporter de l’assistance à toutes les personnes dans le besoin. « Je me suis investie auprès de prisonnières à Nice et à Monaco car je m’estime bénie par la vie. J’ai eu une enfance heureuse, une famille aimante. J’ai grandi à Monaco et j’avais le désir d’apporter de la joie à mon tour », observe cette mère de deux enfants. Cela fait sept ans qu’elle rend visite à des détenues. « Le déclic s’est fait après le témoignage d’un aumônier au sujet d’une femme ayant accouché en prison et à qui on a retiré son enfant. Je me suis mise à sa place. Et je me suis dit qu’il fallait aider ces femmes à traverser ces moments très difficiles. » Depuis, deux à trois fois par mois à Nice mais aussi à Monaco, elle rend visite aux prisonnières. « Elles ont besoin de parler, d’avoir quelqu’un qui les prenne en considération, ne pas se sentir isolées. Je ne prends jamais leur fardeau sur mes épaules. Ce n’est pas que je suis insensible, il m’arrive même de pleurer avec elles. Mais je considère que je suis là pour leur montrer que tout reste encore possible. J’essaie donc d’amener une espérance de vie nouvelle », relate Sophie Verhaaren.
Prendre soin de soi avec un atelier coiffure
Après un atelier couture qui aura duré plus d’un an, elle propose grâce à l’aide d’une coiffeuse bénévole, Marie-Josiane, un atelier coiffure. « En prison, il arrive que les détenues se laissent aller et ne prennent plus soin d’elles. Cet atelier dure trois heures avec beaucoup d’humour, un moment agréable afin qu’elles puissent se sentir comme à l’extérieur, qu’elles oublient où elles sont. La plupart du temps, elles en ressortent complètement transformées. » Cet atelier, l’unique détenue femme de la maison d’arrêt de Monaco a aussi pu aussi en profiter. Tout comme de visites régulières de Sophie Verhaaren qui lui apporte cette écoute et ce réconfort qu’elle réclame. Pourquoi cet enfant du pays prend de son temps pour visiter ces femmes ? « Je ne suis pas avocate, je viens pour être une écoute, un réconfort, un encouragement. Je suis là pour les aider et non pas pour les juger. Il faut se relever, se reconstruire, se réinsérer. Il y a toute une dynamique derrière », résume-t-elle. C’est aussi cela qui booste Sophie Verhaaren qui n’hésite pas à dire qu’elle sort souvent avec le sourire de prison. « Je suis toujours heureuse après une visite. »
Libérer les émotions à travers le dessin
Un sentiment partagé par Edita Sroczynska, artiste peintre et professeur de dessin à la maison d’arrêt de Monaco. Une fois par semaine depuis 2017, elle délivre deux heures de cours de dessin aux hommes et femmes détenus à la prison de Monaco. « Je me suis dit qu’il fallait les aider. Que les détenus pouvaient se découvrir autrement grâce au dessin. Cela peut leur donner plus de confiance en eux », évoque la résidente monégasque d’origine polonaise. Sur toile ou sur papier, il faut que les émotions sortent. « Au début, les détenus sont timides. Ils ont tendance à utiliser des couleurs foncées. Puis ils se libèrent, prennent confiance en eux et mettent plus de couleurs dans leur peinture », constate-t-elle. La spécialiste des portraits espère créer chez ces prisonniers des moments de joie. « Je souhaite aussi leur prouver que l’apprentissage prend du temps, qu’il faut être patient, se poser pour travailler en confiance. » Chaque réalisation est conservée au greffe et remise aux détenus à leur sortie. « Ils insistent toujours pour les récupérer et je dois toujours leur assurer que ce sera bien le cas. Je vois bien que ça leur apporte un confort. »
Parcours initiatique en mandalas
S’exprimant en français, anglais, tchèque, polonais et russe, sa palette linguistique permet à Edita de pouvoir échanger avec des détenus de nombreuses nationalités différentes à Monaco. « Ils sont étrangers et ils n’ont personne à leur écoute. Évidemment, on s’attache à eux mais il faut rester professionnel. Quand je sors, je suis contente car je sais que je leur ai fait penser à autre chose. » Une énergie qu’elle compte encore déployer de longues années. « Je les encourage et leur dis de prendre leur temps. La peinture, c’est comme la vie, il faut faire doucement. Je leur dis qu’on peut tous se tromper, mais qu’on rebondit toujours plus haut », souligne la visiteuse de prison. Depuis plusieurs mois, elle s’est lancée dans un nouveau challenge aux côtés des détenus. Des travaux de réaménagement de la maison d’arrêt de Monaco ont permis de mettre à disposition de cette intervenante une nouvelle salle pour l’atelier dessin. Une page blanche que l’artiste a souhaité investir et décorer. « Je souhaitais pouvoir créer quelque chose dans le thème de l’énergie. » Dans le même temps, elle fait la rencontre de Michel Etilé qui l’accompagne afin de créer un arbre quantique avec des mandalas colorés. Dessin reproduit sur un des quatre murs de cette pièce en grandeur nature. « Il s’agit d’une symbolique pour faire faire un parcours philosophique aux prisonniers. On procèdera certainement à des ateliers pour expliquer chaque rôle des mandalas. A mes yeux, c’est comme un chemin pour les préparer à la réinsertion, leur expliquer qu’elles ont toutes ces capacités », résume Michel Etilé, retraité qui travaille dans l’énergie quantique à présent. « Cet arbre, c’est un parcours initiatique. Cela m’a beaucoup plu car j’ai trouvé ça très positif pour les prisonniers », ajoute Edita Sroczynska. Beaucoup de couleurs chaleureuses et de bonnes vibrations pour redonner un souffle nouveau de vie à des détenus qui vivent quelques mois ou années entre parenthèse.

