Dans le prolongement de l’accord signé il y a 3 mois entre les deux pays dans le domaine du terrorisme, un autre protocole vient d’être entériné.
Il concerne la maison d’arrêt et particulièrement ses agents pénitentiaires qui bénéficieront de formations professionnelles en France.
On le sait peu mais l’une des innombrables spécificités de Monaco réside aussi dans sa prison. Un édifice ultra-protégé érigé il y a plus d’un siècle sur le Rocher. Contrairement à la France, son personnel pénitentiaire est sous contrat et ne reçoit en tout et pour tout qu’une seule formation de base de trois mois sur le terrain, suivie de perfectionnement en continu au cours de sa carrière. Pour le professionnaliser davantage, le secrétaire d’État à la Justice, Robert Gelli, vient de signer deux conventions avec de hauts représentants de la justice française. La première avec le directeur de l’administration pénitentiaire, Laurent Ridel, l’autre avec le directeur de l’école nationale d’administration pénitentiaire (ENAP) installée à Agen dans le Lot-et-Garonne, Christophe Millescamps. Leurs objectifs ? Permettre aux agents pénitentiaires monégasques de bénéficier de façon ponctuelle de la formation initiale et continue offerte par l’ENAP ainsi que par la direction interrégionale des services pénitentiaires.
Nouvelles réalités de détention
Pourquoi Monaco aurait-il besoin de mieux former son personnel pénitentiaire ? « Nos attentes sont multiples. La Principauté souhaite professionnaliser au maximum son personnel pénitentiaire. Nous allons devoir faire face à de nouvelles réalités dans la détention. Notamment avec les textes sur les nouvelles lois d’exécution des peines, comme les régimes de semi-liberté dont il nous faut apprendre le fonctionnement. C’est quelque chose que nous ne savons pas faire. Il va donc nous falloir apprendre, échanger sur ce type de mode de détention, avance en premier lieu Jean-Yves Gambarini, directeur de la maison d’arrêt de Monaco. On doit aussi prendre du recul sur les problèmes de djihadisme et de terrorisme auxquels nous pouvons être ponctuellement confrontés. C’est un élargissement de nos frontières intellectuelles. » Robert Gelli est du même avis et y ajoute la gestion de la prévention du suicide ou encore la question de la radicalisation. « La palette est très large. Notre objectif est d’avoir le plus possible de sessions de formation pour avoir des réponses aux attentes les plus importantes et pressantes », reconnaît le directeur des services judiciaires de Monaco.
« Des travaux vont être lancés dans l’établissement pénitentiaire de façon à améliorer les conditions de détention. Mais également les conditions de travail des personnels pénitentiaires où des progrès sont à faire »
Des travaux à la prison de Monaco
Cette convention doit aussi permettre une meilleure prise en charge des personnes détenues. Et ainsi de répondre aux recommandations de la convention européenne pour la prévention de la torture (CPT) qui a établi un rapport critique sur la maison d’arrêt monégasque. « La question de la formation pénitentiaire était effectivement relevée comme étant une faiblesse à Monaco. Ces conventions sont de nature à répondre aux observations que faisaient le CPT. Observations que nous partagions d’ailleurs. Nous ne sommes pas du tout en conflit avec le CPT sur ce besoin d’amélioration », insiste le directeur Gelli. Avançant qu’il ne s’agit que « d’une des réponses, mais nous en avons d’autres ». Il a fait savoir que sur la question immobilière par exemple — la prison n’abritant qu’une petite cour extérieure, et des personnels vivant même au sein de la maison d’arrêt — des progrès étaient en cours. « Des travaux vont être lancés dans l’établissement pénitentiaire de façon à améliorer les conditions de détention. Mais également les conditions de travail des personnels pénitentiaires où des progrès sont à faire », reconnait l’homme. Celui-ci annonce aussi l’augmentation des activités proposées aux détenus. « La prison fait partie de la société. Elle ne doit pas être juste un endroit où on met des gens qu’on ne veut plus voir. La société a un rôle à jouer pour la réintégration des détenus. Il est donc indispensable que le temps de privation de liberté soit utile », souligne le secrétaire d’État à la Justice.
Le Conseil de l’Europe critique la France
Vivement préoccupé, c’est en ces termes que le Comité pour la prévention de la torture (CPT) s’est prononcé dans un rapport à la suite de la septième visite d’une délégation menée en décembre 2019 dans douze établissements de police et de gendarmerie, quatre prisons ainsi qu’au sein de l’établissement de soins psychiatriques de Cadillac en Gironde. Ce sont les conditions matérielles de détention, la surpopulation carcérale, et l’insuffisance de places en psychiatrie pour les personnes en soin sans consentement qui alertent le comité. « Les prisons françaises sont surpeuplées avec des taux d’occupation dépassant les 200 % dans certains établissements », écrivent les auteurs du rapport. Le CPT appelle la France à adopter « une stratégie globale » pour réduire cette surpopulation, notamment en recourant aux aménagements de peines.
