Alors que le maire de Nice, Christian Estrosi, a toujours exprimé sa volonté de déployer la reconnaissance faciale pour sécuriser sa ville, la Principauté de Monaco, aussi, y réfléchit.
Le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, a manifestement su faire passer son message en faveur de la vidéosurveillance algorithmique (système de vidéosurveillance utilisant l’intelligence artificielle). Le 1er octobre, lors de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre français, Michel Barnier, a en effet appelé à étendre cette technologie, déjà testée pendant les Jeux Olympiques. Une nouvelle qui a aussitôt réjoui le maire de Nice, Christian Estrosi, fervent défenseur de la reconnaissance faciale pour sa ville qui compte plus de 5000 caméras. « Depuis des années, nous étions bloqués par des positions dogmatiques notamment de la CNIL alors que l’intelligence artificielle est partout sauf là où elle serait vraiment indispensable. Le recours à ces solutions pendant les Jeux Olympiques a permis de démontrer, comme l’a indiqué le Préfet de Police de Paris, l’efficacité des caméras de vidéoprotection alliées à des technologies qui existent et permettent de raccourcir au maximum la remontée de l’alerte vers les forces de l’ordre », a-t-il déclaré au site Nice 24 (magazine en ligne de la Ville), tout en demandant qu’une législation soit votée sur ce sujet le plus rapidement possible.
« Bien évidemment, personne ne veut d’un monde « orwellien » de contrôle permanent »
A Monaco aussi, un texte législatif existe en ce sens. Il s’agit du projet de loi n° 1087 (1) déposé en novembre 2023. Le texte est désormais entre les mains des élus du Conseil national qui assurent, sur ce sujet très sensible et controversé, qu’ils veilleront à ce que les libertés individuelles soient respectées. « Bien évidemment, personne ne veut d’un monde « orwellien » de contrôle permanent de faits et gestes de chacun. Personne ne veut, non plus, que les autorités ne puissent bénéficier des meilleures solutions techniques pour identifier un criminel ou un terroriste recherché, a fortiori dans le contexte actuel, mais aussi un enfant perdu ou une personne dépendante égarée, a indiqué à Monaco Hebdo, Nicolas Croesi, président de la commission pour le développement du numérique, qui appelle donc à trouver une position équilibrée et pragmatique. Je suis personnellement favorable à l’idée d’offrir aux autorités une solution efficace, mais dans un cadre légal strict, bien délimité, et sans équivoque, pour faciliter leur mission, sans contrevenir au respect des libertés individuelles et éviter tout abus. Le sujet est arrivé sur le bureau du Conseil national. Nous allons nous y atteler, pour encadrer la technologie d’aujourd’hui et de demain. Inutile de dire que les idées d’une surveillance de masse ou d’une « notation » sociale sont totalement exclues. »
« Il ne s’agit pas du tout de surveiller les honnêtes gens »
De son côté, la police monégasque a toujours exprimé son souhait que cette technologie soit déployée sur le territoire de la Principauté : « Il y a beaucoup de questionnements, parfois des inquiétudes, autour de la reconnaissance faciale, mais en réalité il s’agit simplement d’automatiser un certain nombre de tâches que les policiers effectuent aujourd’hui de manière manuelle, nous avait indiqué de son côté Richard Marangoni, ancien contrôleur général en charge de la Direction de la Sûreté publique. Il s’agit d’un outil qui permettra de faciliter le travail des policiers, de le rendre plus efficace, plus rapide, afin qu’il puisse se concentrer sur les missions les plus importantes de protection des personnes et des biens. Seuls les visages de ces personnes recherchées seront intégrés aux dispositifs. Il ne s’agit pas du tout de surveiller les honnêtes gens, mais au contraire de leur rendre un meilleur service et d’assurer au mieux leur protection. »
(1) Projet de loi relative à l’utilisation de la vidéoprotection et de la vidéosurveillance des lieux accessibles au public pour la détection, la recherche et l’identification des personnes recherchées ou signalées au moyen de systèmes d’identification biométrique à distance.
