dimanche 19 avril 2026
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    A Beausoleil, un sentiment d’insécurité injustifié ?

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    Certains Beausoleillois ont un sentiment d’insécurité, alors même que le taux de criminalité enregistré dans la commune est l’un des plus bas du département. Comment expliquer ce paradoxe, et que fait la police municipale pour redonner confiance aux habitants ? Les réponses d’Henri Novak, chef de la police municipale de Beausoleil et de Philippe Khemila, adjoint au maire en charge de la Sécurité.

    Beausoleil est l’une des villes enregistrant le moins de criminalité dans les Alpes-Maritimes, pourtant, certains habitants se sentent en insécurité. Qu’en est-il réellement ?

    Henri Novak : Il y aura toujours des gens pour dire, en réunion de quartier ou autre, qu’ils ne se sentent pas en sécurité. Quoi qu’il se dise, Beausoleil est une ville sûre dans laquelle, concrètement, il n’y a pas d’évènements significatifs à déplorer. La Police Municipale se bat contre le sentiment d’insécurité plus que contre une réelle insécurité. Et c’est d’autant plus complexe, parce que la délinquance se règle simplement  et sur le moment, alors que le sentiment d’insécurité perdure, n’est pas palpable, et surtout est subjectif selon l’âge, la culture, le ressenti des gens…

    Qu’est-ce qui peut causer ce sentiment selon vous ?

    H.N. : C’est essentiellement lié à des regroupements de jeunes, le soir, dans certains lieux de la ville comme le square Camille Blanc ou le marché, mais honnêtement, ils ne présentent pas de danger pour la population.

    Philippe Khemila : Je suis natif de Beausoleil et il faut dire qu’à l’époque, c’était un village où il ne se passait jamais rien. Aujourd’hui, la population a évolué et dès qu’il y a des situations inédites il peut y avoir un sentiment d’insécurité… Il y a quelques problèmes de détention/distribution de drogue aussi, mais c’est un phénomène national que l’on combat activement, et qui n’est pas le plus dangereux pour les gens. Je comprends néanmoins qu’une personne qui passe le soir à pied devant cinq jeunes en train de parler fort et de fumer peut avoir peur d’une agression, surtout les personnes âgées. Mais vraiment il ne se passe rien, il n’y a qu’à regarder les chiffres.

    Je crois que le contraste avec Monaco aussi, ne joue pas en notre faveur. Si l’on prend comme référence la Principauté qui a un taux de délinquance quasi nul et un policier à chaque coin de rue, évidemment, Beausoleil semble « craignos ». Malheureusement, nous n’avons pas les mêmes moyens, même si nous avons la chance d’avoir un maire très volontaire sur la sécurité.

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    Henri Novak et Philippe Khemila. © Photo L’Observateur de Monaco / Mélicia Poitiers

    Concrètement, que pouvez-vous faire pour combattre cette impression d’insécurité ?

    H.N. : Chaque année nous prenons des arrêtés pour interdire les regroupements, la consommation d’alcool, etc., de manière à pouvoir agir. Ensuite, en étant plus nombreux et plus présents car les gens veulent voir la Police. Par ailleurs, nous nous assurons que l’éclairage soit suffisant. Il nous est arrivé de demander au service technique d’améliorer l’éclairage sur un secteur un peu trop sombre, même si sur ce sujet, nous devons aussi prendre en compte l’enjeu énergétique actuel. Mais surtout, nous avons un réseau de vidéoprotection très important, bien plus conséquent que dans la plupart des villes de notre superficie, et cela nous permet d’avoir les yeux partout.

    P.K. : La caméra c’est le nouvel outil de travail ultra efficace du policier.

    Combien y en a-t-il actuellement ? Est-ce que c’est vous qui choisissez où elles sont placées en fonction des besoins que vous avez constatés ?

    H.N. : La commune compte 129 caméras sur 66 points de vidéoprotection. Depuis quelques temps nous privilégions les caméras dôme, sur lesquelles il y a en fait cinq caméras. Elles filment à 360° ce qui nous permet de ne rien louper. Quant au choix des emplacements, cela se vote avec les élus et le maire, mais ils suivent souvent nos préconisations. Nous en avons récemment ajouté à la frontière avec Monaco car il n’y en avait pas, et nous allons prochainement en mettre sur le Boulevard Guynemer. Parfois ça vient aussi des élus. Par exemple, toutes les écoles vont bientôt être vidéoprotégées dans le cadre du plan vigipirate, ceci pour rassurer les parents. L’idée, à terme, c’est que la flotte de caméra couvre l’ensemble du territoire. Nous avons un centre de supervision avec douze écrans au mur, en permanence scrutés par un agent de police. Récemment, nous avons aussi ajouté des caméras avec lecteur de plaque, qui permettent de retrouver et identifier facilement des véhicules ; et des caméras dédiées à la vidéoverbalisation. Celles-ci plaisent moins à une partie de la population évidemment, mais c’est très efficace. Avenue Camille Blanc par exemple il y avait toujours une rangée de voitures à gauche, qui stationnait en pleine voie de circulation. La vidéoverbalisation a été ultra dissuasive et a permis de régler ce problème.

    La commune parlait aussi d’éventuels haut-parleurs. En quoi seraient-ils utiles ?

    H.N. : Effectivement il est prévu d’installer cet équipement dans les lieux clos comme les squares qui sont déjà vidéoprotégés. Si nous repérons de petites incivilités : des jeux de ballons ou un vélo qui entre à l’intérieur par exemple. Nous pourrons dans un premier temps, rappeler les personnes concernées à l’ordre au parlophone : « merci de sortir le vélo du square » ou « le jeu de ballon est interdit ». Ça évite de faire déplacer une patrouille pour des choses qui peuvent se régler rapidement à distance. Nous avons aussi envisagé d’installer des bornes d’appel (bornes de secours) dans la ville. Les gens n’auront qu’à appuyer sur le bouton pour être directement en contact avec la Police.

    Le commissariat de Beausoleil est le premier du département à être mutualisé avec la Police nationale. Qu’est-ce que cela change concrètement ?

    H.N. : Nous avons un bureau de police nationale au sein du commissariat avec en permanence un officier de police judiciaire (OPJ) qui peut prendre les plaintes et les mains courantes et traiter les dossiers judiciaires propres à la ville. Plus besoin d’aller à Menton donc ! Cela permet plus généralement de travailler de manière plus étroite avec la police nationale et de faciliter le partage d’informations. Il n’empêche que nous espérons encore que la Police Municipale acquiert certains droits, notamment sur les prérogatives judicaires et au niveau des armes d’épaules, car il nous est demandé de plus en plus d’assurer des missions de sécurisation, en particulier des lieux de culte. Par ailleurs elle peut malheureusement être amenée à intervenir sur des attaques très dangereuses et doit pouvoir y répondre si elle est sur place avant la Police Nationale. Le décès d’Aurélie Fouquet, en 2010, aurait dû faire bouger les choses…

    Statistiques : les chiffres de la délinquance à Beausoleil

    Ce tableau, fourni par la préfecture des Alpes-Maritimes, chiffre précisément les faits de délinquance commis à Beausoleil entre janvier et juin 2024. Aucun règlement de compte, vol avec arme, tentatives d’homicides à l’occasion de vols ni coups et blessures suivi de mort ne sont à déplorer. En revanche, 42 affaires de coups et blessures volontaires ont été enregistrées (c’est 55% de plus que pendant la même période de 2023), même s’il est à noter que 28 d’entre elles sont intrafamiliales ou conjugales. Par ailleurs, 46 vols (sans violence) et 11 cambriolages d’habitation ont été recensés. Mais surtout, notons que deux viols et deux tentatives d’homicides se sont produits dans la commune en six mois. Le commissaire de la Police Nationale de Menton a confirmé que des procédures judiciaires avaient été ouvertes pour ces infractions criminelles sans pouvoir en dire davantage.

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