Les autorités monégasques ont laissé sous-entendre qu’une sortie de la liste grise pouvait être actée en janvier 2026. Or, ce n’est pas vraiment le cas. Le gouvernement monégasque a récemment précisé le calendrier réel.
C’est en juin 2024 que le couperet est tombé… A cette date, Monaco a été placé sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) en raison de lacunes persistantes en matière de lutte anti-blanchiment. Une fois l’annonce officialisée, les autorités monégasques précisent dans la foulée que la Principauté a 18 mois, jusqu’en janvier 2026, pour combler les manquements et espérer sortir de cette liste.
Or, ce n’est pas vraiment le cas comme l’a souligné l’élu Franck Julien, également président de la commission des finances et de l’économie au Conseil national : « J’ai été un peu étonné dans la manière de communiquer du gouvernement qui a souvent parlé de 18 mois. Il me semble que ce n’est peut-être pas forcément le bon message à faire passer, car en janvier 2026, le Gafi analysera les actions que nous avons mises en place. Il aurait été plus prudent de parler d’un délai de deux ans pour une sortie potentielle de liste grise. Est-ce qu’il s’agit d’une maladresse de communication ? J’ai peur que vous ne suscitiez des déceptions… », a-t-il demandé au gouvernement lors des récentes séances budgétaires.
Une sortie en juin 2026
Pour dissiper tout malentendu, Pierre-André Chiappori, conseiller de gouvernement-ministre aux Finances et à l’Économie est intervenu pour clarifier la situation : « Oui, vous avez raison. Il y a une ambiguïté, a-t-il répondu. Nous avons un calendrier d’action qui est de 18 mois. Mais la décision formelle de sortie de liste grise ne pourra être prise qu’à la prochaine Assemblée générale du GAFI, qui, elle, aura lieu en juin 2026. Ainsi, s’il y a une sortie de liste grise, ce ne sera pas avant juin 2026, et non pas janvier 2026, qui est la date à laquelle nous devons présenter, en session, notre rapport avec une étape intermédiaire au mois d’octobre 2025. J’espère que ça aura été plus clair pour tous les acteurs concernés.»
Efforts sur du long terme
En plus de cette échéance, Pierre-André Chiappori a également insisté sur l’importance pour la Principauté de respecter scrupuleusement ce calendrier et d’assurer une rigueur durable dans la lutte contre le blanchiment. « Le fait d’avoir un calendrier et de ne pas arriver à le respecter pourrait être pris comme un signal très négatif de la part de nos interlocuteurs internationaux, quels qu’ils soient, a rajouté ce membre du gouvernement. Nous devrons par la suite continuer le travail, non plus dans l’urgence, mais sur la durée, car nous aurons une autre évaluation Moneyval, à peu près, tous les 4-5 ans. Certainement en 2029-2030. Il faut garder à l’esprit que nous avons la possibilité, à nouveau, de devoir vivre la même chose. C’est donc un travail qui doit être mené sur le long terme, et de manière plus constante. »
Recruter un Monégasque à l’AMSF : « Trop dangereux »
L’Autorité monégasque de sécurité financière (AMSF), entrée officiellement en fonction le 30 septembre 2023, est toujours à la recherche de son directeur. Depuis son lancement, c’est Sophie Thevenoux qui assure l’intérim, mais elle souhaite se retirer de cette fonction. Pierre-André Chiappori, conseiller de gouvernement-ministre aux Finances, a récemment fait le point sur le processus de recrutement. « Nous avons fait un certain nombre de démarches, notamment auprès des autorités françaises, et nous avons à l’heure actuelle deux candidatures qui nous paraissent extrêmement intéressantes. Nous allons, dans un délai très bref, mettre en place le processus de choix, qui devrait déboucher certainement avant la fin de l’année, ou j’espère, dans un délai beaucoup plus court », a déclaré ce membre du gouvernement aux élus du Conseil national qui ont également demandé pourquoi un Monégasque, qui a manifestement postulé, n’a pas été retenu. « Le problème, c’est qu’il faudrait trouver un Monégasque qui garantisse une vraie expertise, et Dieu sait que ce sont des domaines extrêmement pointus, a d’abord justifié, Pierre-André Chiappori. Pour avoir cette expertise, il faut certes une grande ancienneté, mais aussi éviter tout conflit d’intérêts. Or, la personne à laquelle vous faites peut-être allusion possédait les compétences requises, mais elle pouvait également être confrontée à un conflit d’intérêts. Si l’un de ses anciens clients venait à comparaître devant la juridiction, cela poserait un véritable souci. Nous avons essayé de regarder s’il y avait un moyen de mettre en place des mécanismes, par exemple, de déport sur certains dossiers. La conclusion à laquelle nous sommes arrivés, c’est que c’était légalement possible, mais politiquement extrêmement dangereux. Nous en avons aussi parlé aux autorités françaises, de façon informelle, qui nous ont dit : “N’allez pas là, c’est trop dangereux“. »

