mercredi 22 avril 2026
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    Quelles seraient les conséquences d’un passage sur liste grise pour Monaco ?

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    Le cabinet de conseil monégasque Phoenix Consulting s’est attelé à lister les conséquences que le scénario tant redouté de l’inscription sur liste grise pourrait avoir pour Monaco. Hausse des dépenses aussi bien publiques  que dans le secteur privé, dégradation de la réputation, baisse de la demande dans l’immobilier et le tourisme de luxe, fuite des investisseurs étrangers, exode d’entreprises, chute du PIB… De quoi inquiéter encore davantage la Principauté, qui attend déjà la décision du GAFI (elle doit tomber fin juin) avec une certaine appréhension.

    Quelles seront les conséquences économiques, pour Monaco, d’un placement sur liste grise ? Phoenix Consulting a planché sur le sujet, précisant que ce scénario ne devait pas être considéré « comme une sentence inéluctable ». Pour en imaginer les conséquences, il s’est appuyé sur celles qui ont été observées dans les pays ayant vécu cette situation à l’instar de Malte, de la Turquie ou encore du Pakistan.

    Hausse des dépenses publiques

    Le cabinet de conseil a commencé par expliquer que la pression exercée par le GAFI sur Monaco s’intensifierait en cas de placement sur liste grise. L’organe demanderait à la Principauté de corriger les lacunes restantes par de nouveaux textes de loi (quatre ont déjà été ajoutés à la législation) et d’augmenter le nombre de contrôles, ce qui implique de recruter au sein des autorités compétentes. A titre d’exemple, l’Île Maurice a dû embaucher plus de 35 % d’effectif supplémentaire au sein de son autorité de régulation bancaire après son passage en liste grise en 2020.

    Les règles en matière de transparence seraient plus strictes, les contrôles plus fréquents, et les sanctions plus régulières et plus sévères. Ainsi, suite à l’évaluation par Moneyval de Malte en 2019, en seulement un an, le nombre de contrôles a été multiplié par près de quatre et les sanctions administratives imposées à Malte sont passées de 4,6 millions à 12,3 millions d’euros.

    Le privé va encore devoir revoir son budget compliance à la hausse

    Pour les entreprises monégasques, les budgets liés à la conformité ont déjà bien augmenté chez les professionnels assujettis. D’abord, il y a le coût des recrutements nécessaires pour assumer la charge de travail supplémentaire en matière de compliance (et les salaires doivent être à la hauteur de la rareté des talents disponibles). A cela il faut ajouter le coût (souvent mensualisé) des solutions technologiques permettant d’automatiser certains processus devenus trop complexes. Un passage en liste grise ferait certainement encore augmenter ces frais.

    Fuite des investisseurs étrangers…

    Ensuite — et c’est peut-être ce que craint le plus la Principauté —, le placement de Monaco sur liste grise pourrait dégrader la réputation, et donc l’attractivité du pays et de ses entreprises, notamment pour les investisseurs étrangers, qui peuvent y voir le signe d’une instabilité financière, juridique et fiscale. Après avoir été inscrite sur liste grise en 2011, en être sorti en 2014 puis réinscrite en 2021, la Turquie avait subi une importante perte de flux financiers internationaux. Entre 2007 et 2020, les investissements directs étrangers sont passés de 19 milliards de dollars à 5,7 milliards. Les obligations détenues par des étrangers, elles, ont chuté de 25 % en 2016 et d’environ 5 % en 2021.

    …et des correspondants bancaires

    Cette même dégradation d’image, couplée à un rallongement des délais de transaction pourrait aussi entraîner la fin de certaines coopérations. « Des entreprises refusent de collaborer avec des entités basées dans des pays en lise grise », indique le document. Les institutions bancaires et financières pourraient voir leur nombre de correspondants bancaires diminuer. Malte a par exemple enregistré une baisse de 20% du nombre de Relations Bancaires Correspondantes (RBC) entre 2011 et 2019.

    La Bank of Volleta, première banque maltaise, a perdu l’ensemble de ses correspondants bancaires pour les transactions en USD juste avant son passage en liste grise. Pour se préserver de ce déficit d’image, le gouvernement et les entreprises peuvent réaliser des campagnes de sensibilisation ou encore des rapports extra-financiers, qui constituent évidemment des dépenses supplémentaires.

    Tourisme de luxe et immobilier, principaux secteurs impactés ?

    Le document souligne également que « dans plusieurs pays, le placement en liste grise s’accompagne d’une baisse de la demande, notamment dans certains secteurs tels que l’immobilier et le tourisme de luxe ». Ce serait un drame pour Monaco quand on sait ce que précisément ces deux secteurs représentent pour l’économie du pays… « La complexification des processus liés à la conformité et la réticence des clients à fournir des documents supplémentaires dans le cadre du contrôle de leurs transactions incitent certains à chercher des alternatives plus simples dans des pays voisins », souligne Phoenix Consulting.

    Justice Blanchiment Argent
    © Photo Marian Weyo / Shutterstock

    Baisse du PIB

    Tout ceci pourrait, à terme, faire baisser le PIB national comme cela s’est produit au Pakistan. Entre 2008 et 2019, le passage du pays en liste grise a entraîné une baisse de son PIB atteignant jusqu’à 4 % par an. Le chiffre est à éclairer de deux précisions. D’un côté le secteur financier, particulièrement touché en cas de placement sur liste grise, ne représente que 4 % du PIB au Pakistan contre plus de 16 % à Monaco, ce qui veut dire que les répercussions pourraient être bien supérieures en Principauté. De l’autre, le rapport précise que la baisse du PIB s’observe essentiellement lorsqu’un pays reste de manière prolongée au sein de la liste grise comme ça a été le cas pour le Pakistan. Le rapport indique que dans ce cas, il peut même se produire un exode des professionnels assujettis. « L’incertitude, les coûts accrus de conformité et les restrictions d’accès aux marchés internationaux peuvent les amener à chercher des juridictions plus favorables pour exercer leurs activités », indique le cabinet. Si la Principauté passait en liste grise, elle devrait donc tout faire pour en sortir au plus vite. Phoenix Consulting prépare justement un nouveau rapport orienté sur les stratégies de sortie de liste grise.

    Phoenix Consulting, seule société agrémentée par l’État monégasque en matière de conformité

    « Compliance today, prosperity tomorrow ». Vous avez peut-être vu passer ce slogan sur des affiches publicitaires à Monaco… C’est celui de Phoenix Consulting, un cabinet de conseil en stratégies particulièrement actif en matière de mise en conformité. L’entreprise, fondée en 2018 par Sébastien Prat, avait été mandatée par le gouvernement en 2020 pour réaliser l’évaluation nationale des risques (ENR) en matière de blanchiment de capitaux et financements du terrorisme. La société comprend aussi une branche formation dédiée à la compliance et est la seule agrémentée par l’État monégasque en la matière, ce qui permet à ses clients (ceux répondant aux critères prévus par le gouvernement) de bénéficier d’une rétrocession de 30 % de la facture. La société est installée au sein de la Tour Odéon. Elle compte 27 salariés et environ 400 clients, exclusivement à Monaco.

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