Pour appâter sur son sol de nouveaux résidents fortunés et des investisseurs à haut potentiel, la Principauté a créé une cellule attractivité menée par Frédéric Genta. Cette cellule comprend notamment le Monaco Private Label (MLP). Ce club, qui compte 2 250 membres, réunit une super élite économique internationale. Quel est son rôle et son mode d’action ?
Les autorités monégasques ne s’en cachent pas… Depuis plus de 10 ans, le pays a un objectif en ligne de mire : attirer sur son territoire ce que l’on appelle dans le jargon financier des “ultra-high-net-worth individuals”, à savoir une super élite économique. Comprendre : multimillionnaires et milliardaires. Pas une tâche aisée lorsque l’on voit la concurrence féroce qui règne sur ce segment. Dubaï, Luxembourg, ou encore Singapour ont en effet déployé des armes d’attraction massives. La tâche est d’autant plus délicate depuis que Monaco est placé sous l’œil très attentif de Moneyval en matière de lutte anti-blanchiment. Ainsi, pour attirer dans l’escarcelle monégasque de nouveaux résidents fortunés et des investisseurs prêts à s’installer durablement, la Principauté ne peut plus uniquement miser sur sa fiscalité très douce et son soleil 300 jours par an. À ces ultra-riches, il faut aussi faire les yeux doux et dérouler le tapis rouge…
Le Monaco Private Label, l’aimant à super-riches
C’est précisément le rôle du Monaco Private Label, un club créé en 2009 par Michel Bouquier (ancien délégué-général au tourisme) et désormais dirigé par Chloé Leclerq. L’homme qui a murmuré à l’oreille des ultra-riches pendant 12 ans a développé un véritable mode opératoire. Etape 1 : tout d’abord, identifier puis approcher et contacter ces immenses fortunes. Ce sont les consuls honoraires de Monaco, présents dans le monde entier, qui ont ce rôle. Ils sont la véritable porte d’entrée à cette élite économique. Etape 2 : réunir les “grands de ce monde” dans des dîners mondains fastueux, payés par le budget de l’Etat, pour leur présenter les atouts monégasques. Etape 3 : leur proposer des séjours d’exception en Principauté, avec services haut de gamme et prestations sur-mesure dans des hôtels de luxe, des restaurants et divers autres loisirs. Etape 4 : (qui peut prendre parfois des années), une fois séduits, les encourager à poser durablement leurs bagages et leurs capitaux à Monaco. Une méthode qui a manifestement porté ses fruits puisqu’aujourd’hui, ce club compte 2 250 membres. 1 930 vivent à l’étranger, et 320 résident déjà en Principauté. « Notre objectif est de faire passer progressivement cette proportion de résidents à 20 % du total des membres », a annoncé la nouvelle directrice de la structure, Chloé Leclerq.
Des membres sélectionnés sur des critères éthiques
Vous l’aurez compris, pour faire partie de ce club, inutile de postuler. « Nos membres sont sélectionnés, rajoute Chloé Leclerc. C’est un élément très important car il faut qu’ils correspondent à un ensemble de critères. Il faut qu’ils puissent s’entendre avec notre communauté de vie. » Au-delà d’un compte bancaire bien épais, quels sont alors les autres critères ? Tout d’abord, pas de dirigeants politiques au sein du Monaco Private Label. Ce sont uniquement des leaders économiques réputés pour leurs valeurs sociales, nous assure-t-on. « Les membres doivent en effet être respectés et connus pour leur philanthropie, assure Frédéric Genta, délégué interministériel à l’attractivité et à la transition numérique. Ils doivent aussi démontrer un attachement à Monaco et être recommandables. Leur moralité et leur éthique ont été vérifiées par nos consuls. Il faut également qu’ils aient réussi dans leur activité respective, qu’elle soit financière, culturelle, ou sportive, et qu’ils veuillent mettre cette réussite au profit de la Principauté. » Quand ce ne sont pas les consuls honoraires qui font le casting, les membres eux-mêmes font parfois des suggestions. « Nos membres nous recommandent effectivement de potentiels profils parmi leur connaissance, car eux-mêmes veulent grandir ce cercle de personnes de qualité souhaitant s’investir à Monaco sur le long terme », rajoute Frédéric Genta.
Une assez forte proportion originaire du continent américain
Géographiquement, d’où viennent alors les membres du MLP ? Sur les 1930 membres internationaux, une assez forte proportion est originaire du continent américain, nord et sud. L’Europe est aussi une cible. Le MLP intervient d’ailleurs essentiellement dans les pays où il existe déjà une forte communauté en Principauté. « Nous sommes donc partis en Belgique, en Suisse, en Angleterre, en Suède. Nous allons partir à nouveau en Angleterre mais également en Norvège », rajoute Chloé Leclerq. A noter que parmi les 40 derniers membres ayant rejoint le MLP, beaucoup sont déjà des résidents historiques de la Principauté. « Ils sont installés sur le territoire monégasque depuis plusieurs années, entre 5 et 12 ans. Ils s’impliquaient déjà pour Monaco mais ils n’avaient pas intégré le club », précise Frédéric Genta.
Les membres doivent « être une voix positive pour Monaco »
Autre question qui se pose : concrètement, qu’attend le MLP de ses membres ? « S’ils vivent à l’étranger, qu’ils viennent s’installer à Monaco. S’ils sont déjà à Monaco, qu’ils continuent d’y rester et d’y investir, répond Fréderic Genta. Ces membres ne sont pas juste des capitaux. On leur demande de s’impliquer, d’être une voix positive pour Monaco. Expliquer ce qu’est vraiment la Principauté à des leaders du monde entier. On leur demande également de nous connecter à certains écosystèmes dont on peut avoir besoin. Je pense à un écosystème culturel ou encore sportif. En bref : leur réseaux, leur capitaux, leur fidélité et leur influence. »
« Développer un sentiment d’appartenance à la Principauté »
Autre élément important : pour faire en sorte que cette élite économique une fois installée, reste et s’intègre pleinement, il est nécessaire de développer « un sentiment d’appartenance à la Principauté, dixit Chloé Leclercq. Notre travail est aussi de générer des liens et de la confiance. Nous devons rapprocher nos communautés internationales et nos résidents. » Pour que les membres tissent des liens et se rassemblent, le MLP envisage d’organiser une vingtaine d’évènements durant l’année, à Monaco et à l’international sur des thématiques contemporaines. Par exemple des conférences sur l’intelligence artificielle, l’économie numérique, ou encore le développement durable. « Nos membres nous demandent et proposent également parfois des speakers de très haut niveau. Nous avons également organisé des évènements avec différents sportifs comme Charles Leclerc ou Nico Roseberg. Nous allons également organiser un évènement autour de la technologie et de l’immobilier en mars », rajoute Frédéric Genta. Des évènements autour des grands rendez-vous de la Principauté seront également organisés : le Grand prix de Formule 1, le Yacht Show, le Rolex Master de Tennis, ou encore le Jumping. « Nous allons aussi développer un évènement autour du Tour de France puisque des membres sont particulièrement friands de ce type d’évènement », précise encore Chloé Leclerq. Pour mener à bien sa politique d’attractivité, la cellule menée par Frédéric Genta, s’appuie aussi sur “des Friends of MLP”, à savoir des partenaires locaux, que sont le MEB, l’AMAF, ou encore la SBM.
