Dans un Guide d’architecture (1) consacré à Monaco, Beausoleil et Roquebrune Cap-Martin, le critique, et journaliste Jean-Philippe Hugron livre son analyse sur l’histoire de ce paysage monégasque en perpétuel renouvellement.
Pourquoi avoir choisi de dédier un guide d’architecture à la Principauté de Monaco ?
D’un point de vue architectural et urbain, la Principauté est un territoire qui, jusqu’à présent, n’était pas très étudié, ni observé, et je dirais même, victime de beaucoup d’a priori. Très peu de publications ont été consacrées à l’architecture monégasque dans sa globalité. C’est pourtant un endroit extraordinaire et unique en Europe, voire dans le monde. J’ai donc voulu mettre en avant les singularités de ce territoire, les bâtiments anciens et contemporains les plus marquants, les architectes qui ont façonné Monaco, de Charles Garnier à Louis Notari, en passant par Jean Ginsberg. Cette promenade architecturale, je l’ai étendue également aux communes voisines : Beausoleil, et Roquebrune Cap-Martin.
Comprenez-vous que certains habitants de Monaco soient nostalgiques que le patrimoine immobilier monégasque et d’anciens bâtiments disparaissent au profit de nouvelles constructions ?
Je peux comprendre que l’on soit parfois nostalgique et regretter certaines évolutions comme ce fut le cas, par exemple, pour la destruction du Sporting d’hiver. Mais ce bâtiment qui était certes de qualité avec une architecture magistrale très représentative de son époque, a été remplacé par une opération, à mon avis, de très grande qualité. Le One-Monte Carlo est selon moi une vraie réussite.Les boutiques sont belles, les espaces publics également. C’est très agréable d’y déambuler alors que le Sporting d’hiver était assez austère, froid, pas forcément accueillant. Monaco reste donc un endroit où un bâtiment de qualité est remplacé par une autre opération de qualité. Cela dédramatise un peu le renouvellement de la ville sur elle-même. La City de Londres est un peu dans le même cas de figure que Monaco mais va encore plus loin dans ce domaine
C’est-à-dire ?
Les anglo-saxons ont une vision très utilitaire de l’architecture. À partir du moment où un bâtiment ne sert plus, quelles que soient ses qualités esthétiques, il est détruit et remplacé. La City est l’un des rares endroits en Europe où des bâtiments anciens du 19ème siècle sont démolis pour céder la place à des tours ou des immeubles plus grands mais qui restent là aussi d’une très grande qualité. A contrario, à Paris, il est très rare que l’on détruise des bâtiments historiques dans le centre. Dans les années 60/70, certains l’ont été mais remplacés progressivement par des opérations modernes, il faut le dire…ratées.
Parmi les constructions récentes, quelles sont celles que vous retenez d’un point de vue architectural ?
La Principauté a été marquée dans les années 60/70 par des architectures un peu sages, modernes, anonymes, parfois rudes, comme toutes celles qui se trouvent le long du port Hercule par exemple. Quelques constructions plus récentes ont permis d’apporter un peu de gaieté et d’originalité à ce paysage parfois sérieux et classique fait de balcons, et de grandes baies vitrées. Je pense notamment à la Tour Simona au Jardin exotique. Cette sorte de fusée qui émerge à l’horizon est un véritable ovni. Les bâtiments de Jean-Pierre Lott sont de toute façon globalement très réussis. Je retiens aussi la Tour Odéon.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette opération ?
Plus que son aspect esthétique, c’est surtout le défi technique qu’a représenté sa construction. Il a fallu creuser à flanc de montage sur près de 55 mètres et créer de puissants murs de soutènement. Pour répondre au calendrier serré, les équipes de l’entreprise de construction ont aussi imaginé une méthode top and down pour réaliser les niveaux de sous-sols et la superstructure. Je retiendrais également les tours Testimonio qui sont très réussies et esthétiquement très belles. Je suis un peu moins convaincu en revanche par l’aspect architectural de la nouvelle extension en mer. Ce sera sans doute une très belle opération car Renzo Piano est un excellent architecte mais l’on reste dans une architecture tenue, assez sobre. Monaco a les moyens de proposer un projet non pas exubérant ou délirant mais nouveau. Nous verrons toutefois lorsque le projet sera fini car il y a toujours un décalage entre les images et la réalisation.
1) Guide d’architecture, Monaco, Beausoleil, Roquebrune Cap-Martin aux éditions Dom Publishers. Jean-Philippe Hurgron est un journaliste spécialisé en architecture. Il reçoit en 2020 la Médaille des publications de l’académie d’architecture.

