Par sa densité extrême de constructions, son intense urbanisme souterrain et ses bâtiments anciens ou contemporains signés par de grands noms, l’architecture de la Principauté est singulière à bien des égards. Le journaliste Jean-Philippe Hugron, expert en architecture et auteur d’un guide (1) dédié à Monaco, nous explique en quoi la Principauté est selon lui « unique en Europe et dans le monde ».
Un paysage qui se transforme perpétuellement : « Monaco est une sorte de Lego monumental »
« En Principauté, l’imbrication des constructions est absolument fascinante. Monaco est une sorte de Lego monumental. L’exiguïté du territoire et son attractivité font que les chantiers s’y succèdent à un rythme effréné. Les transformations du paysage sont permanents. Mon Guide d’architecture, qui a pourtant été publié très récemment, est déjà presque obsolète tant le renouvellement de la Principauté sur elle-même se fait à une vitesse grand V. C’est quelque chose d’assez inédit en Europe. Ce renouvellement s’explique également par le fait qu’historiquement, l’architecture balnéaire oblige à devoir séduire et à devoir attirer le public. Et pour l’attirer, il faut de la nouveauté et un renouveau stylistique permanent. »

Une utilisation intensive des sous-sols monégasques : « Une ville souterraine, un véritable État sous l’État »
« Pour pallier le manque de foncier et d’espace, Monaco a en effet été obligé de construire, certes en verticale, et sur la mer, mais également en sous-sol. C’est un gisement d’espaces crucial puisque le traitement des eaux usées et des déchets, le stationnement, de nombreux tunnels, des galeries techniques ou encore du stockage en tous genres, ont été placés en sous-sol. Sans oublier la gare ferroviaire. La Principauté est devenue une véritable ville souterraine. A ma connaissance, aucune autre ville dans le monde n’a un urbanisme souterrain aussi développé. Habituellement, dans les grandes villes, les activités moins lucratives et les équipements peu attractifs, mais nécessaires au bon fonctionnement de la ville, sont situés en périphérie. C’est évidemment impossible pour Monaco. Dans mon ouvrage, je mentionne un chiffre assez éloquent concernant cet urbanisme souterrain : la Principauté représente en sous-sol plus de 3,5 millions de m3 d’infrastructures. Bref, un véritable Etat sous l’Etat… Cette stratégie a d’ailleurs permis de libérer un maximum d’espaces publics et d’espaces verts qui constituent plus de 15 % de la surface de la Principauté. On sent que des moyens colossaux sont notamment investis pour la végétation. »

Des extensions en mer uniques : à 30 ou 40 mètres de profondeur
« L’extension d’un territoire sur la mer ou sur une étendue d’eau n’est pas un phénomène rare. Cela existe au Japon, au Pays-Bas, ou aux Emirats arabes unis. En revanche, dans ces pays, ces constructions sont réalisées sur de faibles profondeurs d’eau. Or à Monaco, les extensions sont réalisées à 30 ou 40 mètres de profondeur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, il est difficile pour la Principauté d’étendre encore davantage les extensions maritimes car il faudrait descendre de plus en plus profond… Ce n’est donc pas tant l’extension en mer qui est unique mais plutôt le défi technique que cela représente. Cette prouesse technique est d’ailleurs possible grâce à l’économie de Monaco. Les prix de l’immobilier à Monaco sont extrêmement élevés. Seule la Principauté est en capacité de rentabiliser des opérations aussi gargantuesques que des extensions en mer. Faire la même chose n’importe où sur la Côte d’azur serait impossible.

Des grandes tours avec peu de population : Le Simona ou le 26 Carré d’Or
« Les dernières tours qui ont été construites à Monaco ont ceci de singulier qu’elles abritent peu de densité de population, et peu d’appartements. Le Simona par exemple mesure 90 mètres de hauteur, compte 22 étages mais n’abrite que 22 appartements. Même constat pour le 26 Carré d’or : 60 mètres de haut, 19 étages et… seulement 9 appartements. En résumé, densité de béton : oui. Densité de population : non. Autre point marquant : on imagine souvent que les tours sont surtout construites pour répondre à un manque d’espace. Or, les tours se sont majoritairement développées sur des territoires où, au contraire, il y a de la place. Manhattan par exemple n’est pas exigu. C’est tout l’inverse pour Monaco qui est justement l’un des rares endroits où l’exiguïté du territoire oblige à la verticalisation. »

