Bien sûr, il y a l’Opéra Garnier, le Casino de Monte-Carlo, le Musée océanographique, le Palais Princier ou bien encore l’Hôtel Hermitage. Mais au-delà de ces édifices majeurs qui font la renommée internationale de Monaco, la Principauté regorge aussi de pépites architecturales, qui dans la concentration urbaine si dense du territoire monégasque passeraient presque inaperçues. En déambulant dans certains boulevards, rues, ou avenues de Monaco, et en levant les yeux au ciel, vous noterez qu’au milieu d’innombrables immeubles fonctionnels sans réelle folie architecturale, plusieurs villas d’époque viennent sublimer le paysage monégasque. D’autres édifices interpellent par leur forme architecturale si singulière. Voici l’histoire de ces bâtiments à part de la Principauté
Villa Ispahan, beauté persane (1910)
C’est sans aucun doute le plus bel édifice du boulevard du Jardin exotique… Cette œuvre architecturale provient de la volonté du prince iranien Arfa Mirza Riza Khan. Issu d’une éminente famille de politiciens perses, l’homme est avant tout un diplomate. Lorsqu’il s’établit à Monaco en 1910, il fait aussitôt construire cette merveille. On parle alors de la Villa Danichgah jusqu’en 1986, connue aujourd’hui sous le nom de Villa Ispahan. Avec ses mosaïques bleues, elle se veut une réplique architecturale de la mosquée d’Esfahan, troisième ville d’Iran, autrefois capitale de l’empire perse. Plus d’un siècle plus tard, au 57 boulevard du Jardin Exotique, la construction fascine toujours autant les passants. Exceptionnellement bien conservée, cette villa réalisée par l’architecte François Médecin, s’avère typique de l’architecture mauresque de la période Belle Époque sur la Côte d’Azur. Elle se caractérise par ses minarets bleus, sa façade composée de faïences colorées, et ses inscriptions perses. Ajoutez à cela des fresques aux scènes de vie latines parant les murs et des vitraux multicolores filtrant la lumière naturelle, ainsi que deux arabesques symbolisant le lion solaire, emblème de la Perse impériale, et vous voilà transportez dans l’Iran millénaire en pleine principauté.
Villa Riberi, reine de l’Art-Nouveau (1908)
Petit bond un siècle en arrière… La Villa Riberi porte le nom de son initiateur Paul Riberi. L’architecte qui l’a conçue au début du XXème siècle, Victor Isouard, s’imaginait-il que sa création offrirait une parenthèse harmonieuse dans un univers de verre et de béton ? En plein cœur du quartier de La Rousse, au 19 boulevard d’Italie, cet ensemble détone dans le paysage très contemporain qu’offrent les mastodontes qui l’entoure. À commencer par la Tour Odéon, réalisation édifiée plus de 100 ans plus tard. Avec la Villa Riberi, c’est une certaine idée pittoresque de Monaco que l’on retrouve. Les inscriptions des deux côtés de la façade “Grand entrepôt d’œufs volailles et fruits” donnent à cet immeuble un savant mélange d’histoire et de mémoire. Avec son toit en croupe et ses aisseliers en bois, la villa de Paul Riberi, qui abrite toujours plusieurs appartements, fait perdurer la flamme patrimoniale de la Principauté.
Le temple réformé, le sacré dans l’espace public (1959)
Au 7 rue Louis Notari, un bâtiment à la forme architecturale très épurée interpelle… Il s’agit du temple réformé construit dès 1957 et inauguré en octobre 1959 en présence notamment du pasteur Marc Boegner, alors président de l’Église réformée de France. Cet édifice sobre, à l’intérieur dépouillé, abrite un orgue Tamburini qui sonne à chaque culte. Et c’est bien là, la seule réelle pièce maîtresse. Car ce temple monégasque est d’une simplicité absolue : une Bible posée sur une table de marbre vert, des vitraux à motifs géométriques sans figure humaine, une croix vide, aucun autre signe religieux, ni cierge, ni la moindre fioriture. Comment ce bâtiment si singulier est-il né ? Il faut faire un bond dans le temps. Très précisément, 70 ans en arrière. C’est Adam Oser, un industriel suisse, président de la Colonie Suisse de Monaco, qui se porte acquéreur de ce terrain sur la rue Louis Notari, jadis baptisée rue de la Poste. La cause ? Au décès de son épouse, le culte de consolation se déroula à l’Église anglicane qui accueillait alors l’assemblée réformée. Adam Oser souhaita donc construire un temple réformé pour la Principauté. Il créa une fondation à cet effet qui acheta un terrain et édifia ce bâtiment.
Pépites architecturales au boulevard du Jardin exotique (Années 1910/1920)
Au boulevard du Jardin exotique, il y a bien sûr la sublime Villa Ispahan qui captive toujours les passants. Mais sur cette artère — au-delà des bâtiments fonctionnels à l’architecture très sobre et classique — on peut y voir également quelques édifices anciens, saisissants de beauté, construits dans les années 20. Parmi ces bâtiments, figure notamment Le Castel Ciel d’azur au numéro 26. Conçue en 1924 par Philippe Léardi, cet immeuble est sans doute le plus niçois de tout Monaco… Il a d’ailleurs fait récemment l’objet d’une élégante surélévation. Non loin de là, au numéro 61, arrêtez-vous pour jeter un œil à l’asymétrique Villa Vieille maison conçue en 1928 par l’architecte Yves Bachelier (1). Ses toits en tuiles romaines, sa tourelle et sa pergola lui confèrent un charme très pittoresque. À quelques dizaines de mètres, prenez le temps également d’admirer au 37 boulevard du Jardin exotique et au 1 rue des orchidées la Villa Joseph Baron et la Villa Léonie construites respectivement en 1910 et 1908. Elles sont l’œuvre d’un homme : l’architecte César Lancette. Ces deux villas incarnent véritablement l’architecture dite de la Belle époque.
1) Yves Bachelier est également l’architecte du Palais Zig Zag situé au 3 rue Honoré Labande. Une opération dans un style Art Déco. La façade arbore un mouvement singulier de zig zag qui fait toute l’identité du bâtiment.
Villa Sauber, la mystérieuse (Date de construction inconnue)
Si aujourd’hui cet édifice situé au 17 avenue princesse Grace abrite le musée national de la Principauté, bien des mystères l’entourent… « Aucune date de construction n’est établie pas plus que son architecte n’est connu, indique Jean-Philippe Hugron, journaliste spécialisé en architecture. Aussi, cette spectaculaire construction attise fantasmes et spéculations. Les uns la jugent avec hâte de style Belle époque, les autres l’attribuent volontiers à Charles Garnier. » Et pour cause… l’édifice présente des similitudes avec l’Opéra Garnier, construit à la même époque. Seule certitude : au début des années 1900, la villa appartenait à la famille Blanc. Famille qui a joué un rôle crucial dans l’essor de la Société des Bains de Mer et du Casino de Monte-Carlo. « À cette époque, le quartier qui longe le littoral est appelé Quartier des Bas-Moulins et la plage du Larvotto n’existe pas encore », rappelle le musée national. En 1904, un homme, le peintre Robert Sauber, achète la villa à Edmond Blanc. Le peintre londonien y installe alors son atelier dans l’aile ouest de la villa. Robert Sauber et sa femme vont garder la maison, (dès lors appelée Villa Sauber), pendant dix ans. « Peu de temps avant la déclaration de guerre, en 1914, ils la revendent. Elle passera alors entre plusieurs mains avant que le couple Sauber la rachète en 1925, rajoute le musée national. Au début des années trente, les époux, alors âgés, lèguent la villa aux Fonds de secours des tribunaux de simple police de Londres. Les tribunaux restent propriétaires de la villa pendant une quinzaine d’années et, en 1952, Mademoiselle Nora Mac Caw en prend possession à son tour. Elle la revendra en 1957 à la société immobilière de l’avenue Princesse Grace. » Enfin, en 1969, l’Etat monégasque rachète la propriété située aujourd’hui sur l’une des avenues les plus chères au monde. « La proximité directe de la villa avec les 105 mètres du Columbia Palace forme l’un des contrastes architecturaux les plus saisissants de la Principauté », conclut Jean-Philippe Hugron.













