mercredi 15 avril 2026
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    Investir dans l’or : les conseils des acteurs monégasques

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    Contexte géopolitique tendu, nouveaux profils d’acheteurs, spéculation, investissement massif de la Chine et de la Russie… Pourquoi le prix de l’or a atteint des sommets ? Jusqu’où va-t-il aller ? Et comment procéder si l’on veut sécuriser, via l’or, une partie de ses deniers ? Éléments de réponses avec deux acteurs monégasques spécialisés dans la vente du précieux métal jaune.

    Rare, esthétique et pourvu de propriétés physiques exceptionnelles (1), l’or est très apprécié dans la bijouterie et sert de composant dans de nombreuses industries, notamment dans l’informatique. Mais il a aussi, de tous temps, été considéré comme une valeur refuge, intemporelle, universelle. L’or est un actif fiable et liquide, c’est-à-dire facilement et rapidement revendable en cas de problème. En acheter ne permet pas de percevoir des rendements, même si le revendre au bon moment peut entraîner une jolie plus-value. Investir dans l’or permet surtout de sécuriser un patrimoine qui aura toujours de la valeur, et qui, de surcroît, a tendance à en prendre lorsque les autres catégories d’actifs souffrent. En cela, l’or peut aussi agir comme un contrepoids permettant de réduire les pertes globales d’un portefeuille composé d’actions et d’obligations. Oui, car lorsque les marchés financiers chutent, lors de crises mondiales, lorsque la valeur des monnaies fiduciaires diminue, celle de l’or, elle, augmente. On comprend donc aisément pourquoi, depuis plusieurs mois, le métal jaune a vu son cours s’envoler.

    70 000 euros le kilo

    Après une année 2023 déjà excellente (+13 %), la guerre en Ukraine, mais surtout le conflit Israël/Iran et la perspective d’un assouplissement de la politique monétaire américaine ont fait grimper la valeur de l’or. En avril 2024, elle a atteint des pics historiques à 2 400 dollars l’once (une once = environ 31 grammes) et 74 000 euros le kilo. Du jamais vu ! En 1971, une once d’or valait 35 dollars, en 1974 198 dollars, en 1980 850 dollars… Elle a passé la barre des 2 000 dollars en 2020, dopée par la crise sanitaire. Depuis, les livraisons sur le marché mondial des transactions d’or physique type lingots et pièces ont été multipliées par cinq.

    Grosses commandes de certains États

    Dans les périodes d’incertitudes géopolitiques comme celle que nous vivons, la demande est plus forte, notamment de la part des gros acheteurs : les États et les banques centrales du monde entier. Sur l’année 2023, ces derniers ont acheté un total de 1 000 tonnes d’or, ce qui, soit dit en passant, en dit long sur l’intérêt de la chose… Ces grosses commandes contribuent elles aussi, sur le principe de l’offre et de la demande, à faire grimper la valeur du métal jaune.

    D’après les données du World Gold Council, mises à jour fin 2023, ce sont les Etats-Unis qui détiennent de loin le plus gros stock, avec 8 133 tonnes d’or. Ils sont suivis de l’Allemagne (3 352 tonnes) et de l’Italie (2 451 tonnes). La France est en quatrième position avec 2 436 tonnes. D’abord en tant que ministre des Finances puis président de la République, Nicolas Sarkozy avait vendu plus de 590 tonnes d’or issus des stocks de la Banque de France pour tenter de réduire l’endettement du pays. Après la France, la Russie (2 332 tonnes) puis la Chine (2 214 tonnes). La Banque populaire chinoise achète de l’or sans interruption depuis 17 mois. La Principauté a elle aussi une réserve d’or, estimée en 2022 à 312 millions d’euros. Elle n’en n’a pas acheté depuis de nombreuses années et son stock ne progresse que grâce à la revalorisation.

    Les cours sont tenus

    Jusqu’où le cours de l’or peut-il aller ? Plusieurs institutions financières présentent des prévisions avec une once à 3 000 dollars pour 2024, d’autres misent sur une stagnation autour de 2 200 dollars. Pour Miguel Mol, Numismate et conseiller en investissement hors de bourse pour MDC Monaco, « nous aurions même déjà atteint 100 000 euros le kilo si les cours n’étaient pas tenus… mais ça n’est pas dans l’intérêt de tout le monde, notamment des banques… », se contente-t-il de lancer. Le spécialiste nous apprend par ailleurs que certains exploitants miniers noyaient les mines lorsque leur exploitation n’était pas considérée comme assez rentable, et les réinvestissaient une fois le cours de l’or plus élevé…

    Finance Economie Or Miguel Mol
    Miguel Mol assure que les clients ont toujours été nombreux à Monaco à vouloir placer une partie de leurs deniers dans l’or, mais il a constaté une nette augmentation ces dernières années. D’abord, parce que « les gens ont de moins en moins confiance aux banques et de plus en plus envie d’avoir quelque chose de palpable dont la valeur semble éternelle. » © Photo MDC Monaco

    Où l’acheter ?

    Ceci étant dit, quiconque a envie d’investir dans le métal jaune peut s’en procurer dans des enseignes spécialisées. A Monaco, il en existe plusieurs, telle que MDC, une boutique d’achat/vente d’or située au Park Palace et en activité depuis près de 15 ans. L’enseigne a par ailleurs un service numismate qui concerne les pièces de monnaie, médailles, jetons et billets ayant une valeur historique ou de collection. « Quand les clients viennent avec une pièce à vendre, on peut leur dire s’il vaut mieux la fondre ou si elle a une valeur numismatique puisque l’on a la double casquette », explique Lucie Fortin-Lacube, manager des opérations. Auparavant, les banques aussi proposaient de l’or. La plupart ont abandonné cette activité parallèle, hormis quelques banques privées, uniquement à la commande et par le biais d’un intermédiaire. A Monaco, la CMB offre par exemple ce service. Son directeur, Francesco Grosoli, regrette néanmoins la taxation appliquée : « Les clients sont taxés à 11 % sur le montant de la vente, à moins qu’ils ne puissent prouver qu’ils détiennent le lingot depuis plus de 20 ans et le montant de l’achat, auquel cas ils ne sont taxés que sur la plus-value. En Suisse par exemple, ça n’existe pas. Il est regrettable que les banques monégasques ne soient pas en mesure d’offrir cet avantage à leurs clients. »

    Finance Economie Or
    Quiconque a envie d’investir dans le métal jaune peut s’en procurer dans des enseignes spécialisées. A Monaco, il en existe plusieurs, telle que MDC, une boutique d’achat/vente d’or située au Park Palace et en activité depuis près de 15 ans. © Photo MDC Monaco

    Un nouveau profil de clients

    Miguel Mol assure que les clients ont toujours été nombreux à Monaco à vouloir placer une partie de leurs deniers dans l’or, mais il a constaté une nette augmentation ces dernières années. D’abord, parce que « les gens ont de moins en moins confiance aux banques et de plus en plus envie d’avoir quelque chose de palpable dont la valeur semble éternelle », affirme-t-il. Rappelons qu’en cas de faillite d‘une banque, les comptes bancaires français sont couverts par le Fonds de Garantie français à hauteur de 100 000 euros maximum par déposant et par établissement, quel que soit le nombre de comptes possédés. En somme, si vous avez 1 million d’euros en banque, vous n’êtes sûr de récupérer que 100 000 euros en cas de défaillance bancaire. La plupart des banques monégasques adhèrent à ce Fonds français dans toutes ses dispositions de garantie. Notons tout de même que le scénario d’une faillite bancaire semble assez improbable, même si celle de la Silicon Valley Bank (SVB) intervenue l’année dernière aux Etats-Unis a montré que tout était possible.

    Nouveaux profils d’acheteurs

    Miguel Mol a par ailleurs remarqué l’essor d’une nouvelle clientèle, plus jeune et moins aisée. « J’ai de plus en plus de jeunes clients qui mettent chaque mois 500 euros pour se constituer tout doucement un petit patrimoine », explique-t-il. Riviera Change, un autre vendeur d’or situé sur le rocher, rue Comte Félix Gastaldi, confirme la tendance : « Les clients sont de plus en plus nombreux. Et si la majorité de notre clientèle avait plus de 60 ans jusqu’à il y a quelques années, elle est aussi composée de beaucoup de quarantenaires aujourd’hui », affirme le porte-parole de l’entreprise. Il a aussi constaté une demande de plus en plus importante sur les lingotins. Pour information, le ticket minimum pour investir dans l’or est d’environ 450 euros pour un Louis d’or. Les profils de clients historiques sont toujours présents, de l’investisseur chevronné au grand-père offrant un lingot à chacun de ses petits-enfants.

    Dans un coffre ou au fond du jardin ?

    Une fois l’or acheté, reste la question de son stockage : c’est là que se trouve le principal risque. Les boutiques d’achat/vente ne proposent pas ce service, les clients repartent avec l’or acheté et plusieurs possibilités s’offrent ensuite à eux. D’abord il est possible de louer un coffre en banque. C’est probablement la solution la plus sécuritaire, mais elle implique des frais de location. Selon nos informations, à Monaco, les tarifs vont d’une centaine d’euros par an pour un pour un coffre de petite taille pouvant accueillir des bijoux ou des documents, à 1 000 ou 1 500 euros l’année pour des coffres très logeables. Là aussi, il est important de bien regarder quel est le montant assuré, qui est limité et non-corrélé avec ce qui se trouve dans le coffre. En cas de faillite de la banque (peu probable) mais aussi de braquage, d’inondation ou d’incendie (un peu plus probable), la banque ne vous remboursera pas davantage, et il vous faudra prouver le contenu du coffre, factures ou photos à l’appui. Bref, si vous choisissez cette méthode de stockage, lisez bien les petites lignes du contrat. Des sociétés privées proposent aussi ce service, mais leur fiabilité est plus faible que celle des banques et le problème de la garantie est le même.

    Sinon, il y a le stockage à la maison, que semble préconiser MDC mais qui est certainement un peu plus risqué. Vous pouvez acheter un coffre-fort qui, idéalement, doit être fixé au sol et au mur. Cela engendre un coût à l’achat, rentabilisé à long terme par rapport aux offres de stockage mensuelles des banques et sociétés privées. Pour éviter tout frais, il y a aussi le bon vieux trou dans le jardin. Bon, à Monaco… encore faut-il avoir un jardin… Quoi qu’il en soit, il devra être creusé à plus de 3 mètres de profondeur pour éviter que les détecteurs de métaux ne puissent le repérer. Évidemment, il faut rester très discret sur l’existence de cette réserve d’or.

    De l’or non-physique ?

    Enfin, si le stockage vous rebute, vous pouvez investir dans l’or sans en posséder physiquement grâce à des fonds négociés en bourse (FNB) liés à des entreprises de produits connexes ou à des sociétés aurifères. Leur valeur a tendance à suivre le cours de l’or et cela permet de profiter aussi de la rentabilité de ces sociétés.

    L’argent, le diamant, de bons investissements ?

    Selon Miguel Mol, l’argent peut aussi être une valeur refuge et les investisseurs existent sur ce créneau, mais il s’agit d’un investissement à très long terme car il y a encore beaucoup de mines quotidiennement exploitées. Quant au diamant, « c’est un peu compliqué » selon lui. Contrairement à l’or et l’argent, il n’est pas soumis à un fixing mondial. De plus, « les grosses pièces se vendent plutôt dans la haute joaillerie pour répondre à la demande de clients fortunés. Et puis il y a la moissanite, maintenant du diamant synthétique… Il ne faut pas acheter n’importe quoi et être très bien conseillé », explique-t-il. Un diamantaire monégasque a confirmé ses dires, affirmant que le diamant d’investissement devait avoir des caractéristiques particulières (poids, couleur) mais précisant avoir déjà « réalisé de très belles opérations avec des clients qui ont fait des gains phénoménaux ».

    (1) Densité, malléabilité, non-oxydation, conductivité électrique, résistance à des températures extrêmes, entre autres.

    Société Monégasque d'Assainissement SMA

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