C’est avec prudence mais optimisme que les acteurs de la finance entament 2025, dans un contexte d’inflation monétaire persistante et d’incertitude géopolitique. Analyse, prévisions et conseils détaillés avec Sébastien Cavernes, responsable des investissements chez Edmond de Rothschild Monaco.
L’année 2024 a été contrastée sur les marchés financiers. « Deux classes d’actif se sont clairement distingués : les actions américaines, en particulier celles liées au secteur technologique, et l’or. Elles ont réalisé des performances exceptionnelles », indique Sébastien Cavernes, responsable des investissements pour Edmond de Rothschild Monaco. Le métal jaune, avec un rendement de 34 %, a été l’un des meilleurs placements de l’an dernier. En cause, la baisse des taux directeur, l’achat massif d’or par les banques centrales et le contexte géopolitique incertain qui entraîne souvent une hausse de l’intérêt pour cette valeur refuge. Le S&P 500, le Nasdaq Composite et le Dow Jones, les principaux indices américains, ont eux aussi brillé, gagnant respectivement 23,31%, 24,8% et 12,8%.
Le marché français en berne
« Ceux qui n’avaient pas d’actions américaines et/ou d’or dans leur portefeuille ont pu considérer 2024 comme une année un peu décevante puisque les autres valeurs, les obligations et actions européennes notamment, ont réalisé des performances moindres, comprises en moyenne entre 3 et 6 % », complète le financier. La bourse de Paris a quant à elle enregistré une performance négative. En 2024, son principal indice, le CAC 40, a perdu 2,15 %. Il a notamment été pénalisé par l’une de ses valeurs star, à savoir le luxe (-23 % pour L’Oréal, – 13 % pour LVMH, -40 % pour Kering…). « Les valeurs du luxe doivent leur succès à leur aptitude à ajuster leurs prix en fonction de la conjoncture économique. Cette flexibilité était soutenue par une demande particulièrement forte en Asie du Sud-Est, notamment en Chine. Cependant, avec le ralentissement économique que traverse la Chine, le secteur rencontre désormais des défis accrus », explique le responsable d’Edmond de Rothschild Gestion. Les actions chinoises ont, naturellement, connu elles aussi une année contrastée.
La sous-performance des marchés européens et chinois est liée au contexte général d’un endettement public qui ne cesse de s’accroître, lui-même découlant du vieillissement naturel de la population. « Confrontés à la diminution du nombre d’actifs contribuant à la création de richesse, les États ont formulé des engagements en matière de santé, de retraite et de défense, dont il est difficile, voire impossible, de se défaire », détaille Sébastien Cavernes. Le déficit budgétaire reflète l’écart entre les promesses faites et ce qui est réellement réalisable. Cet écart ne cesse de se creuser d’année en année, nécessitant des solutions de financement. Bien que l’augmentation des impôts puisse être envisagée, ce sont généralement l’accroissement de la dette et l’expansion de la liquidité monétaire qui sont privilégiés. « Sur la partie obligataire, c’est plus compliqué », explique Sébastien Cavernes, « car s’il y a inflation monétaire les taux remontent et donc le prix des obligations baisse. Le marché est beaucoup moins favorable que ce que l’on a connu durant les 40 années qui ont précédé le Covid », complète-t-il.
Quelles prévisions pour 2025 ?
Questionné sur ses prévisions pour l’année qui vient de débuter, le gestionnaire semble plutôt confiant. « L’année 2025 ne sera peut-être pas à la hauteur de ce que nous avons connu en 2024, sûrement plus volatile, mais nous attendons tout de même une année encore positive pour les grandes classes d’actif », déclare-t-il. Concernant le contexte géopolitique, certains indicateurs, comme le fait qu’Israël commence à signer des accords de paix avec le Liban, le laissent espérer que nous sommes plutôt sur la voie de la résolution. « Sur le conflit russo-ukrainien, c’est plus difficile à appréhender car nous avons moins d’informations en provenance de Russie », explique-t-il. Quant à l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, elle donne selon lui de belles perspectives boursières. « L’attitude « pro business » du Républicain et sa promesse de ramener le taux d’imposition des bénéfices des entreprises de 21 % à 15 % est un signe favorable que les investisseurs apprécient. Les potentiels impacts de son autre cheval de batail, l’immigration, sont plus flous. Renvoyer un certain nombre de personnes en situation irrégulière fait peser un risque d’inflation, car cela demanderait de remplacer ces personnes, qui travaillaient souvent dans la restauration, l’hôtellerie ou la construction, par des citoyens américains aux revendications salariales plus élevées », estime Sébastien Cavernes. Quoi qu’il en soit, cela constituerait un atout supplémentaire pour le marché des actions, car celles-ci figurent parmi les actifs capables de protéger contre l’inflation. L’inflation monétaire est un phénomène qui, semble-t-il, est amené à durer. Ainsi, en 2025 encore, les actifs anti-inflation devraient être un bon choix. « L’or et les actions ayant un avantage compétitif durable devraient encore bien se comporter cette année. Ce sont nos thématiques d’investissement de long terme », indique le financier.
Les secteurs à privilégier
Quant aux secteurs qui devraient performer en 2025, comme les dernières années, il y a d’abord celui de la technologie et notamment de l’intelligence artificielle (IA). « C’est le secteur le plus influent aux Etats-Unis », affirme-t-il. En effet, certaines grandes entreprises liées à l’IA, tel que Nvidia, font des progressions de chiffre d’affaires de plus de 100 % chaque année (185% en 2024). « Ça créé un environnement favorable qui s’accompagne de beaucoup de liquidités. C’est ce qui s’est passé l’an dernier et cela devrait se poursuivre en 2025, au moins sur la première partie de l’année », estime-t-il. Dans la tech, les géants du web que sont Apple, Microsoft, Amazon, Alphabet et Meta (ex-Facebook), ne cessent de rapporter. Ils représentent désormais un quart de l’ensemble des valeurs composant le S&P 500. En Europe, la néerlandaise ASML (Advanced Semiconductor Materials Lithography), et l’allemande SAP font partie des principales entreprises technologiques cotées. La première est spécialisée dans la fabrication de machines permettant de produire des semi-conducteurs. La seconde fait partie leader mondiaux dans le domaine des logiciels de gestion d’entreprise (ERP). Si les entreprises de la tech européenne vous intéressent, le segment Euronext Tech Leaders, lancé par Euronext en 2022, en regroupe plus de 110.

Le Responsable des Investissements pense que le secteur financier devrait également bien se comporter (notamment les banques internationales), que ce soit sur la partie action ou obligation. Il note qu’en Europe, le secteur bancaire surperforme depuis quatre ans. La baisse des taux de la BCE affecte les bénéfices des banques, mais la stabilisation de l’économie devrait générer du volume de prêts. Concernant l’activité de crédit des banques européennes, la marge, qui existe lorsque les taux courts sont plus bas que les taux longs, pourrait bien réapparaitre dans les années à venir. « Aujourd’hui, en Europe, les taux directeurs de la Banque centrale s’établissent à 3 %, tandis que le rendement des obligations d’État à 10 ans (T-Bond) est à 2,50 %. La courbe des taux reste inversée, mais elle amorce une pente ascendante. Lorsque celle-ci redeviendra positive, cela offrira une marge bénéficiaire supplémentaire aux banques. Aux États-Unis, ce processus est déjà accompli, ouvrant également des perspectives prometteuses pour le secteur bancaire américain », explique-t-il.
Le secteur de la défense pourrait lui aussi être intéressant puisque les pays développés vont accroitre leur budget militaire. En outre, la nature défensive du secteur de la santé offre une protection en cas de volatilité des marchés et/ou de ralentissement économique. Enfin, après une année morose, le luxe pourrait bien connaître un rattrapage en 2025. Les valorisations sont plus faibles et des acteurs comme UBS ou HSBC anticipent une stabilisation de la demande chinoise et une reprise aux États-Unis.
En bref : Edmond de Rothschild Monaco en chiffres
• 40 ans d’activité en Principauté
• 15.6 milliards d’euros d’actifs dont :
• 3.2 milliards d’euros en Gestion sous Mandat
• 2.8 milliards d’euros en Advisory
• 250 collaborateurs, 50 banquiers privés
« Edmond de Rothschild est une maison de convictions. La première d’entre elle étant que sur le temps long, investir sur les valeurs et secteurs auxquels on croit profondément, et non pas à ceux en vogue, génère de la performance. A ce titre, l’année 2024 a été marquée par une très belle tenue de nos mandats de gestion : nos portefeuilles équilibrés en euros ont progressé de 10 %. Preuve qu’Amin Maalouf a raison lorsqu’il cite Léon l’Africain dans le livre éponyme : « lorsque tout le monde s’agglutine autour d’une même opinion, je m’enfuis : la vérité est sûrement ailleurs »» Gérard Ohresser, Directeur Général Edmond de Rothschild Monaco.
Le saviez-vous ? Les deux entreprises monégasques cotées en bourse
La Principauté ne possède pas de marché boursier national. La taille limitée du marché domestique ne le justifie probablement pas. Mais deux sociétés monégasques historiques sont cotées sur la place boursière européenne Euronext. D’abord, la banque CFM Indosuez Wealth Management (code ISIN : MC0010000826 MLCFM) créée en 1922 par des entrepreneurs de grandes familles monégasques. « Certaines de ces familles sont toujours au capital de la banque via la cotation sur le marché Libre Euronext Access [N.D.L.R. : un marché européen d’acclimatation plutôt destiné aux PME], qui représente 29,85 % de notre actionnariat », explique Sophie Armando, Directrice Finances et Stratégies du CFM. L’actionnaire majoritaire de l’entreprise (à hauteur de 70,15 %), est le groupe Indosuez Wealth Management, qui compte parmi les 10 plus grandes banques privées européennes. Au 29 janvier 2025, l’action CFM Indosuez était cotée à 1 180 euros. Ensuite il y a la Société des Bains de Mer (SBM), dont l’État monégasque est actionnaire à 64 %. L’entreprise est inscrite sur le marché Euronext Paris (sous le code ISIN MC0000031187). Au 29 janvier 2025, l’action SBM était cotée à 100,50 euros. Pendant un temps, l’entreprise proposait un programme d’actionnariat salarié. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
