ECONOMIE/ Est-ce que le Sun Casino fermera définitivement en juin 2022 ? C’est la question que se posent les salariés. Pour l’administrateur délégué de la SBM, Jean-Louis Masurel, c’est prématuré.
Juin 2022. Dans 9 ans, que seront devenus les 174 salariés du Sun Casino ? Aujourd’hui, c’est l’inquiétude qui règne. Car beaucoup sont persuadés que le bail de location des locaux de ce casino qui lie la Société des bains de mer (SBM) à l’hôtel Fairmont ne sera pas reconduit.
« Gouffre »
En cause, le prix de cette location payé au Fairmont. « Pour les locaux qui abritent le Sun Casino et 39 chambres, la SBM verse chaque année entre 8 et 12 millions d’euros. C’est devenu trop lourd », explique Jean-Michel Rapaire, candidat aux élections nationales sur la liste SBM Renaissance (voir son interview par ailleurs).
De plus, le Sun Casino perdrait de l’argent. « Mais ce casino n’était pas un gouffre financier jusqu’à ces dernières années », souligne Eric Elena, aussi candidat pour les élections du 10 février 2013.
« Rentabilité »
« C’est un casino qui a eu deux années difficiles. Mais le casino principal aussi. Car l’activité jeux de table va globalement moins bien », confirme l’administrateur délégué de la SBM, Jean-Louis Masurel, qui refuse de valider les « 8 à 12 millions d’euros » de location annuelle versé au Fairmont : « Nous ne divulguons pas ce genre d’information. Mais ce n’est pas un chiffre que je reconnais. »
En fait, le Sun Casino enregistre des déficits depuis 2008. Or, en novembre 2008, la loi anti-tabac est entrée en application à Monaco. « Cette loi a cassé net la rentabilité de ce casino », estime Masurel.
Une certitude, sans terrasse, difficile de faire face. « Le Sun Casino était très rentable avant… Depuis 2 ans, le déficit est plus fort. Mais il s’est stabilisé », ajoute l’administrateur délégué de la SBM, en refusant de donner des chiffres.
Italiens
Ouvert en 1972, le Sun Casino fonctionnait au départ avec un contrat signé entre la SBM et le Loews Monte Carlo. Un partenariat, sous forme de joint-venture, entre la SBM et le Loews à 50-50. Puis, en 1991, ce partenariat a été transformé en une exploitation à 100 % pour la SBM avec un contrat de location de la salle et de différentes autres installations dans l’hôtel.
Aujourd’hui, c’est la clientèle italienne qui ferait défaut. « Or, c’est une clientèle de base pour nous. A la fois pour les appareils automatiques, avec une clientèle italienne essentiellement régionale et frontalière. Mais aussi pour les jeux de table. Cet ensemble représentait un gros chiffre d’affaires. Du coup, il faut trouver d’autres clientèles pour compenser », estime Jean-Louis Masurel.
2022
Dans l’hypothèse d’une fermeture totale du Sun Casino en juin 2022, il faudra alors reclasser les salariés. Même si quelques départs en retraite pas forcément remplacés auront sans doute mécaniquement fait baisser le nombre de salariés, la tâche s’annonce difficile. « Que deviendront ces emplois ? Est-ce que Monaco va encore perdre près de 200 emplois ? Quel est le contenu du plan prévu par la direction ? » se demande Jean-Michel Rapaire.
« Rien n’a été décidé. C’est beaucoup trop tôt, répond Masurel. En tout cas, je peux vous dire qu’en décembre 2012, bientôt janvier 2013, il n’est pas question d’une fermeture du Sun Casino. Bien sûr, impossible de savoir ce qu’il se passera en 2022. Mais avec l’accord de notre actionnaire principal, on fera en sorte de protéger les emplois. » Dans un communiqué publié le 13 décembre, la direction de la SBM a confirmé que « quelle que soit la solution qui sera choisie en définitive, elle engagera une réflexion sur les conditions du maintien des salariés au sein du groupe [SBM] dans des fonctions similaires. » Une information dont s’est « réjouit » la liste Renaissance.
_Raphaël Brun.
3 questions à…
Jean-Louis Masurel
Administrateur délégué de la SBM
La SBM va fermer le Sun Casino ?
Il n’y a pas de décision de fermer le Sun Casino. Un contrat arrive à échéance en juin 2022. A l’issue de ce contrat, soit il y aura un nouveau contrat. Soit il y aura un déplacement dans un autre lieu de cette activité. Mais ce n’est pas 10 ans avant que l’on peut décider.
Quand alors ?
C’est en fonction de l’évolution du marché des jeux à ce moment-là qu’une décision sera prise. Pour l’instant c’est prématuré. Et il n’y a aucune décision prise. Donc annoncer la fermeture de ce casino aujourd’hui, c’est complètement faux ! C’est une invention. En tout cas, on ne pourra vraiment appréhender la réalité que 2 ou 3 ans avant l’échéance de notre contrat avec le Fairmont.
Les salariés ont tort de s’inquiéter ?
L’inquiétude des salariés est prématurée. Mais elle est fondée et légitime. D’ailleurs, le 3 décembre, on a longuement discuté avec les représentants du syndicat du Sun Casino. Au cas où il y aurait une fermeture, ils se demandent ce que la SBM ferait alors des salariés en activité à ce moment-là. On a donc évoqué cette inquiétude avec notre actionnaire principal, l’Etat. Ensuite, on étudiera avec les syndicats et l’Etat comment reclasser les salariés, s’il y a une fermeture. Car on ne va pas les laisser sur le carreau.
_Propos recueillis par Raphaël Brun
