jeudi 16 avril 2026
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    « C’est une machination »

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    INTERVIEW/ Betty Tambuscio, présidente de l’Union des syndicats de Monaco (USM), Monique Ferrete, secrétaire générale et Christophe Glasser, membre de la direction, réagissent à la création d’une intersyndicale concurrente. En estimant être victimes d’une véritable campagne anti-USM.

     

    Comment vous réagissez au lancement d’une nouvelle intersyndicale (1) ?

    Betty Tambuscio : On dénonce une machination. D’ailleurs, le lancement de cette nouvelle intersyndicale n’est qu’un élément parmi d’autres. Depuis 2 ans, on vit des choses totalement hors normes.

     

    C’est-à-dire ?

    Betty Tambuscio : Il y a eu des tentatives de débauchages de nos responsables syndicaux et de nos adhérents. Mais aussi des coups de fils anonymes proposant de participer à la création d’une autre fédération syndicale. Des coups de fil qui ont impressionné ceux qui les ont reçus. Mais ce n’est pas tout.

    Quoi d’autre ?

    Betty Tambuscio : Pendant un an, on a rencontré des problèmes avec un syndicat dans le secteur hospitalier. Ce qui a débouché sur une scission. Ensuite, un syndicat pas en règle avec nos statuts, a cherché à modifier les statuts de l’USM, alors qu’on approchait de la date de notre congrès. En fait, ils souhaitaient changer les fondamentaux qui font l’histoire de l’USM depuis bientôt 70 ans. Et puis, il y a aussi eu une campagne organisée contre nous, dans certains milieux monégasques.

     

    Une campagne de quel ordre ?

    Betty Tambuscio : Une campagne a été menée pour tenter d’accréditer l’idée que l’USM est virulente, rigide, révolutionnaire, extrémiste, avec des dirigeants durs, staliniens… Ces informations nous ont été rapportées par diverses personnes.

     

    D’autres éléments vous inquiètent ?

    Betty Tambuscio : Oui. Notre représentation au sein du conseil économique et social (CES) a été considérablement réduite. Et on nous a annoncé qu’il en serait de même au tribunal du travail. L’objectif, c’est de faire une place surdimensionnée à des syndicats autonomes.

     

    Pourquoi vous jugez cette place « surdimensionnée » ?

    Betty Tambuscio : Parce que ces syndicats autonomes représentent quelques dizaines, voire centaines de salariés et on leur accorde 1/3 des postes. Alors que l’USM et ses 2 500 adhérents n’auront plus que les 2/3 restants. C’est très grave.

    Monique Ferrete : Ce n’est pas tout. Nos candidats ont aussi été écartés dans le cadre du comité de contrôle de la Caisse de compensation des services sociaux (CCSS) et de la Caisse autonome des retraites (CAR). Toujours avec pour objectif de laisser la place à des syndicats autonomes.

     

    Quelle est la nouvelle répartition ?

    Christophe Glasser : Sur 5 sièges à la CCSS, on est passé d’un siège pour les syndicats autonomes à 2 sièges. Du coup, à la CCSS, l’USM ne conserve plus que 3 sièges sur 5.

     

    Mais le pluralisme syndical est une bonne chose ?

    Betty Tambuscio : C’est un prétexte pour offrir une place surdimensionnée à des syndicats autonomes. De toute façon, le pluralisme syndical est un droit. Mais pour nous, c’est surtout la division des salariés.

     

    Comment vous jugez l’ensemble de ces éléments ?

    Betty Tambuscio : C’est une machination. Tout ça, c’est une opération malveillante montée de toute pièce. C’est aussi un coup porté à l’union des salariés de Monaco. Une union qui remonte à 70 ans. C’est aussi grave que la loi anti-grève contre laquelle l’USM s’est battue en 1980. Une loi finalement abrogée par le tribunal suprême pour anticonstitutionnalité.

     

    Vous n’êtes pas un peu parano ?

    Betty Tambuscio : Pas du tout. Car la conjonction de tous ces éléments ne peut pas être le fruit du hasard. On est dans une remise en cause de l’Etat de droit. Tout ça n’est pas le fruit de notre imagination.

     

    Les conséquences ?

    Betty Tambuscio : On ressent tout ça comme une pression destructrice.

     

    Comment vous avez réagi ?

    Betty Tambuscio : On a envoyé un courrier au ministre d’Etat, Michel Roger pour lui demander de diligenter une enquête administrative. Car, selon nos informations qui remontent à octobre, depuis cet été un fonctionnaire téléphonerait de son lieu de travail à nos militants pour constituer une autre fédération syndicale.

     

    Qui se cache derrière tout ça ?

    Betty Tambuscio : La conjonction de ces événements ne peut être le fait du hasard. Nous assistons à une opération d’ensemble destructrice qui n’a rien à voir avec le débat angélique sur les vertus du pluralisme syndical. Vraisemblablement, le gouvernement n’y est pas pour rien, de près ou de loin. Le respect des droits fondamentaux garantis par la constitution est au centre de cette question.

     

    Vous n’avez pas l’impression de lancer des grèves ou des manifestations trop systématiquement ?

    Betty Tambuscio : Depuis près de 70 ans, l’USM est une organisation syndicale unitaire mais plurielle et diverse. Chez nous, toutes les sensibilités ont toujours pu s’exprimer. Mais uniquement dans le respect de la démocratie. Donc, même lorsqu’il y a des divergences, tout le monde garde sa place au sein de l’USM. Mais nous avons toujours recherché le compromis social de progrès avec le patronat à travers le dialogue. En revanche, on n’est pas à la recherche du consensus.

     

    Pourquoi ?

    Betty Tambuscio : Parce que pour nous le consensus, c’est la soumission du plus faible devant le plus fort. On recherche un compromis mais sans compromission. En tout cas, on n’est pas dans une opposition systématique. C’est juste une image que certains veulent nous donner.

     

    Mais il y a quand même eu pas mal de manifestations ?

    Betty Tambuscio : Depuis les années 1980 où Monaco a pris un virage ultra libéral, cette recherche du compromis social de progrès est devenu encore plus difficile. Ce qui ne nous a pas empêché d’obtenir des avancées.

     

    Lesquelles ?

    Betty Tambuscio : Le remboursement des médicaments et des actes médicaux à 80 % ou le non-paiement de la contribution sociale généralisée (CSG) par exemple. Donc l’USM ne changera pas. On continuera à se battre pour les salariés.

    _Propos recueillis par Raphaël Brun

    (1) Voir l’article publié dans L’Obs’ n° 115 intitulé « On ne veut pas tuer l’USM. »

    Michel Roger
    DÉNONCIATION/« Des lettres de dénonciation, on en reçoit souvent… » Michel Roger. Ministre d’Etat.

    « La théorie du complot »

    POLITIQUE/ Alors que l’Union des syndicats de Monaco soupçonne le gouvernement d’encourager « une opération d’ensemble destructrice » contre elle, le ministre d’Etat, Michel Roger, nie toute implication.

    «La conjonction de ces événements ne peut être le fait du hasard. Nous assistons à une opération d’ensemble destructrice qui n’a rien à voir avec le débat angélique sur les vertus du pluralisme syndical. Vraisemblablement, le gouvernement n’y est pas pour rien, de près ou de loin. Le respect des droits fondamentaux garantis par la constitution est au centre de cette question. » Dans l’interview qu’a accordé à L’Obs’ la présidente de l’Union des syndicats de Monaco (USM), Betty Tambuscio, elle n’hésite pas à mettre en cause le gouvernement.

    Enquête ?
    Contacté par L’Obs’, le ministre d’Etat, Michel Roger a accepté de réagir : « Chacun peut comprendre qu’une recomposition du paysage — rappelons que l’USM est dans une situation de monopole depuis 1945 — puisse susciter des réactions contrastées. Certains se laissant aller à soutenir la théorie du complot. »
    Mardi 11 décembre, à l’occasion du vote du budget primitif 2013, l’élu Unam, Claude Cellario a reposé la question au ministre. Même réponse du ministre : « Le gouvernement est neutre et n’a pas à se prononcer sur la création d’une nouvelle fédération de syndicats. Ni à le favoriser, ni à l’empêcher. » Alors que l’USM réclamait l’ouverture d’une enquête administrative pour tirer au clair cette affaire, Michel Roger a expliqué pourquoi il ne donnerait pas suite à cette demande : « Il est hors de question qu’il y ait des écoutes administratives à Monaco ! En principauté, il y a seulement des écoutes judiciaires. »

    « Confiance »
    Pas vraiment surpris par le courrier de l’USM, le ministre d’Etat a d’ailleurs avoué en séance publique : « Des lettres de dénonciation, on en reçoit souvent… » Du coup, pas question de céder. « Bien évidemment, le gouvernement n’a vocation, ni à jouer un rôle de près ou de loin, ni à prendre parti dans la vie syndicale. Il n’a donc pas à exprimer d’opinion sur les demandes de création d’organisations syndicales. Son rôle se limite à examiner la conformité des statuts par rapport au texte de loi monégasque », a expliqué Roger à L’Obs’. Ni plus, ni moins. Pour le reste, le ministre d’Etat laisse les salariés et les organisations syndicales travailler comme ils le souhaitent : « Il appartient aux salariés, ainsi qu’à leurs délégués syndicaux, et à eux seuls, de choisir librement leurs représentants et la forme qu’ils veulent donner à leur organisation. Le gouvernement leur fait donc entièrement confiance pour choisir librement leurs représentants, conformément à leurs convictions et leurs intérêts, loin de toutes manœuvres ou manipulations supposées. »
    _Raphaël Brun

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