Dans le film Folies de femmes, un monument du cinéma muet sorti en 1922, l’excentrique réalisateur Erich Von Stroheim a reconstitué une réplique parfaite de la Place du Casino dans les studios hollywoodiens d’Universal. Le résultat est bluffant.
Certains réalisateurs ont la folie des grandeurs… C’est le cas du très excentrique Erich Von Stroheim que les cinéphiles ont pu voir — en tant qu’acteur — dans La grande illusion ou Sunset Boulevard. Pour son film Foolish Wives (Folies de femmes) sorti en 1922, si l’histoire se déroule bel et bien à Monaco, le lieu de tournage en revanche n’est pas du tout en Principauté. Ce réalisateur américain (d’origine austro-hongroise) très perfectionniste a tout bonnement reconstitué à l’identique la Place du Casino à Hollywood, dans les Studios Universal. « A l’époque, on ne tournait pas en décor naturel. Dès lors qu’il y avait une fiction, Hollywood reconstituait tout en studios. Il y avait des moyens colossaux et des décorateurs hors pair, explique Clara Laurent, auteure et historienne du cinéma. Dans le film Folies de femmes, c’est une vraie prouesse. La place du Casino a été totalement reconstituée. A tel point que l’on se croirait réellement à Monaco. C’est tout à fait bluffant. On voit l’Hôtel de Paris, le Casino et on aperçoit le Café de Paris. »

Tourné en 1921, Folies de Femmes est le tout premier film à gros budget de l’histoire du cinéma : plus d’un million de dollars de l’époque, dont un bon tiers consacré à la réplique de la célèbre place monégasque.
Reconstitution à échelle réelle
Pour ce film, le réalisateur a non seulement reconstitué à échelle réelle les trois façades du Casino, du Café de Paris et de l’Hôtel de Paris, mais il a également poussé le souci du détail et du réel très loin en exigeant que même les poignées de portes soient identiques. Il se dit même que le caviar sur la table du petit déjeuner était… du vrai caviar. « Von Stroheim, décidément très perfectionniste, tenait à ce que chaque détail soit la réplique parfaite de l’atmosphère de Monte-Carlo, y compris le tintement des sonnettes destinées à appeler le personnel. Un souci du détail un peu poussé puisque Folies de femmes est un film…muet ! », rajoute la SBM. Ce film qui met en scène l’histoire d’un faux comte russe immigré à Monaco accompagné de deux fausses princesses, est aussi celui de toutes les démesures. Un an de tournage, 320 bobines (contre une dizaine en moyenne à l’époque), et pas moins de 14 000 figurants ont été nécessaires pour réaliser ce film. Il fut aussi, à son époque, le film le plus cher de l’histoire du cinéma. « Ce film fut le premier à engloutir un budget supérieur au million de dollars de l’époque, dont un bon tiers fut justement consacré à cet extravagant décor, réplique de la célèbre place monégasque », précise la SBM. Si la copie de la place du Casino est, certes, une réplique exacte, certaines prises de vue trahissent toutefois l’envers du décor. Car derrière le casino factice se cache… une montagne californienne.
Incohérences de tournage : Le casino… au palais de justice
Sur grand écran, le Casino de Monaco peut venir parfois se nicher dans des endroits incongrus. C’est la situation cocasse survenue dans un film de 1960, Les 7 voleurs avec Rod Steiger. Si les intérieurs du casino sont authentiques, le plan extérieur, lui, ressemble étrangement… au musée océanographique. Même mésaventure et même incohérence de tournage dans Le gentleman de Londres avec Warren Beatty en 1966. Quand l’acteur pénètre dans le casino, le plan extérieur n’est autre que… le palais de justice. Quelques imprécisions donc. De quoi faire sourire tous ceux qui connaissent bien les lieux.
