mercredi 8 juillet 2026
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    Cryptoactifs : l’incontournable débat

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    Les cryptoactifs : révolution monétaire en devenir ou véritable feu de paille ? Le débat reste ouvert, car si l’intérêt pour le système ne cesse de croître, poussant les régulateurs et les institutions financières à s’en préoccuper, la confiance est entachée par les scandales et la volatilité.

    La notoriété des cryptoactifs ne cesse de progresser et les détenteurs sont de plus en plus nombreux, en particulier depuis la pandémie : 580 millions début 2024. Un rapport du Boston Consulting Group, Bitget et Foresight Ventures estime qu’ils seront un milliard d’ici la fin de la décennie et compare cette trajectoire avec l’adoption progressive d’Internet qui a eu lieu entre 1992 et 2005. L’Europe est tout à fait concernée. En 2024, 12 % des Français possèderaient des cryptoactifs, soit un Français sur huit, selon une étude de l’Association pour le développement des actifs numérique (Adan), l’Ipsos et KPMG. Cela représente 6,5 millions d’investisseurs dans l’Hexagone et une hausse de 28 % par rapport à l’an dernier. En Italie, ils sont 11 %, en Allemagne 12 %, 16 % en Grande-Bretagne et 17% aux Pays Bas.

    Les entreprises sautent le pas

    De plus en plus d’entreprises franchissent elles aussi le pas en acceptant la cryptomonnaie (souvent le Bitcoin) comme moyen de paiement alternatif aux solutions classiques à l’instar de Microsoft, Starbucks, Gucci, Uber, Ralph Lauren, Ferrari, Honda ou encore la compagnie aérienne low cost Vueling, pour ne citer que celles-ci. Autre signal favorable : les banques privées et les gestionnaires de patrimoine sont de plus en plus nombreux à proposer des investissements en crypto parmi leurs produits de placements financiers. Blackrock, le plus gros gestionnaire d’actifs au monde, est passé du scepticisme à l’ambition de devenir un acteur majeur sur le marché. Il investit notamment massivement dans la tokénisation (1) des actifs.

    Une confiance abîmée par les scandales

    En parallèle, l’écosystème crypto est sujet aux dérives et son image a été fortement ternie par les scandales qui se sont produits ces dernières années. La faillite retentissante de la deuxième plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde, FTX, a laissé des milliers d’investisseurs le bec dans l’eau pour un préjudice estimé à 8 milliards de dollars. Reconnu coupable de fraude Sam Bankman-Fried, le fondateur, a été condamné à 25 ans de prison. La plateforme Binance est également visée par une enquête pour blanchiment d’argent. De plus, plusieurs projets liés aux cryptomonnaies ont coulé, et parmi eux, beaucoup étaient des fraudes pyramidales (2) qui ont lésé de nombreux investisseurs, notamment des particuliers. Citons par exemple Terraform Labs, dont la monnaie baptisée Terra s’est effondrée à l’été 2022.

    Banques vs spéculateurs

    Le sujet est clivant et deux camps s’affrontent catégoriquement. Du côté des opposants, on souligne la volatilité des cryptos, les risques de blanchiment ou d’évasion fiscale associés et les conséquences environnementales catastrophiques du système. De l’autre, on applaudit la décentralisation qui réduit la dépendance aux institutions bancaires et aux politiques monétaires ainsi que la transparence et la sécurité induite par la blockchain. Dans le débat, chaque clan a ses chefs de file, pas très objectifs. Du côté de l’accusation, les institutions bancaires, percevant les cryptomonnaies comme une menace pour le système financier traditionnel et donc pour leur modèle d’affaires. Côté défense, des spéculateurs plus ou moins honnêtes qui profitent des opportunités de rendements élevées.

    Des objectifs initiaux louables

    Pour tenter de faire un point objectif, commençons par rappeler la genèse des cryptoactifs, étroitement liée à l’idéologie des cyberpunks, des personnes luttant pour le respect de la vie privée sur Internet et misant pour ce faire sur la cryptographie. Satoshi Nakamoto, le créateur du Bitcoin (première cryptomonnaie lancée), a initié ce nouveau système monétaire juste après la crise des subprimes, en 2008-2009, après que la confiance dans les banques a été ébranlée. Il considérait la monnaie fiduciaire, monopole des institutions bancaires qui en gèrent la création et la circulation, de mauvaise qualité. Un point de vue partagé par Assen Slim, Docteur en économie et auteur du livre Idées reçues sur les cryptomonnaies paru en 2023 : « La monnaie est un système de confiance collective. Tout le monde se met d’accord pour dire qu’un billet bleu vaut 20 euros, bien que son coût de fabrication soit d’environ 8 centimes. Depuis 1971, lorsque Nixon a suspendu la convertibilité du dollar en or, il n’y a plus de rareté, on émet de la monnaie magique, ça s’appelle la création monétaire ex-nihilo », déplore-t-il. L’idée sous-jacente de Nakamoto était aussi de fournir des services financiers à des populations non bancarisées ou sous-bancarisées, notamment dans les régions en développement.

    Le tiers de confiance, c’est le protocole technique

    L’ambition de Satoshi Nakamoto était de lancer un système de paiement électronique décentralisé, permettant des transactions pair-à-pair sans l’intervention d’une autorité centrale. Dans la crypto, il n’y a pas de tiers de confiance, ce qui, nous le verrons ensuite, est à la fois son principal atout et sa plus grande faiblesse. La monnaie numérique repose sur une technologie, la blockchain, et sur des règles et un protocole technique strict. Le fondateur du Bitcoin a déterminé qu’il n’y aurait que 21 millions de Bitcoins, pas plus. Aujourd’hui, près de 20 millions ont déjà été « extraits ». Ensuite, il a établi des règles d’émission monétaire. Au départ il était possible de « miner » 50 bitcoins toutes les dix minutes, et tous les quatre ans et demi, cette émission était divisée par deux. C’est ce que l’on appelle le halving. De cette façon, le dernier Bitcoin devrait être émis en 2 140.

    9 300 cryptomonnaies

    Ce protocole est en open source, ce qui signifie que si vous maitrisez un peu Python (3) et le codage, vous pouvez le télécharger et l’adapter, changer les règles, et ainsi créer une autre cryptomonnaie, une altcoin (alternative au Bitcoin). La possibilité a été largement exploitée puisqu’il en existe aujourd’hui environ 9300, chacune spécialisée sur un segment. Certaines sont créées comme une amélioration du Bitcoin permettant des transactions plus rapides, plus anonymes ou encore moins énergivores. D’autres engagent une communauté partageant des croyances collectives dans des domaines variés. A titre d’exemple, Solar Coin, créée en 2014, a pour but d’inciter au développement des panneaux photovoltaïques en récompensant les propriétaires de ces installations. Plus récente, Fetch.ai (FET) est une crypto dédiée à la nouvelle économie de l’Intelligence Artificielle. Il existe aussi des cryptomonnaies locales qui visent à dynamiser le tissu économique de proximité. Elles ne peuvent être utilisées que dans une zone géographique définie. Mais pour l’heure, le Bitcoin reste dominant, ses propriétaires représentant 52 % des cryptophiles.

    Une traçabilité immuable

    Dans le système crypto, chacun doit prouver qu’il est digne de confiance pour pouvoir dépenser son argent, chaque ordre est envoyé sur le réseau décentralisé pour passer par un processus de vérification et authentifier le paiement. Les personnes qui valident les transactions en respectant ce protocole s’appellent des mineurs. Ils obtiennent une rémunération pour cela (en crypto évidemment). Pour le Bitcoin, il a été décidé que la récompense diminue elle aussi, tous les 210 000 blocs extraits. D’ici 2140, les mineurs ne prendront plus que des frais de transaction. L’authentification est plus ou moins longue selon les protocoles choisis par les différentes cryptos. Pour le Bitcoin, c’est 10 minutes. Une fois la transaction validée, une ligne (un bloc) est ajoutée à la blockchain, qui est une sorte de registre des transactions totalement accessible via Internet par n’importe qui, n’importe où dans le monde. Dans les cryptomonnaies donc, tout se fait au vu et au su de tout le monde. Le système implique une traçabilité immuable de chaque centime de Bitcoin, ce qui est l’autre grand atout de la blockchain.

    4 % de l’argent total blanchi en Europe

    Un atout pas vraiment mis en avant car ce que l’on entend surtout, c’est que l’anonymat prévu par le système offre un refuge pour les activités illégales. « En réalité, il est plus approprié de parler de pseudonymat que d’anonymat en ce qui concerne les cryptomonnaies. De plus, les personnes qui ont ouvert des portefeuilles sur des plateformes d’échange de cryptomonnaies ont dû donner leur identité. Il est donc facile de les relier à leur adresse de wallet pour connaître leur identité », explique Assen Slim. « C’est via le système financier traditionnel que le blanchiment d’argent se déroule majoritairement. Les fonds illicites sont généralement introduits par le biais de dépôts en espèces dans des comptes bancaires, l’achat de biens immobiliers ou d’œuvres d’art, des investissements dans des entreprises légales ou même le remboursement de prêts bancaires. Le blanchiment d’argent repose souvent sur des intermédiaires tels que des comptables, des avocats ou des banquiers complices qui facilitent les transactions et fournissent un vernis de légitimité », poursuit-il. D’après Europol, l’Office européen de police, entre 3 et 4 milliards d’euros d’origine criminelle seraient blanchis chaque année par le biais des cryptomonnaies, soit environ 4 % de l’argent total blanchi sur le Vieux continent. « La meilleure monnaie pour la fraude reste la bonne vieille valise de cash », renchérit l’économiste.

    Cryptoactifs Cryptomonnaies Finance Bitcoin
    Côté critiques, l’une des plus mise en avant est l’empreinte écologique catastrophique du minage. Le processus de vérification des transactions est en effet très énergivore. Au fur et à mesure, des investisseurs flairant le créneau ont acheté des entrepôts désaffectés pour créer des grandes usines remplies d’ordinateurs ultra puissants. On les appelle les « fermes de minage ». Ces problèmes de consommation ont poussé l’ONG Greenpeace à refuser les dons en bitcoins. © Photo Kanchanara / Unspash

    Une empreinte écologique désastreuse

    Côté critiques, l’une des plus mise en avant est l’empreinte écologique catastrophique du minage. Le processus de vérification des transactions est en effet très énergivore et le système, qui prévoit que c’est le mineur qui authentifie le plus rapidement la transaction qui remporte la rétribution, a entraîné une course à l’armement numérique. Jusqu’en 2011, il était possible de miner avec un simple ordinateur de bureau. Au fur et à mesure, des investisseurs flairant le créneau ont acheté des entrepôts désaffectés pour créer des grandes usines remplies d’ordinateurs ultra puissants. On les appelle les « fermes de minage ». « Aujourd’hui, il n’y a quasiment plus de mineurs indépendants, elles prennent tout le marché », affirme Assen Slim. De plus, les machines elles-mêmes, une fois obsolètes, deviennent des déchets. Ces problèmes de consommation ont poussé l’ONG Greenpeace à refuser les dons en Bitcoins.

    L’équivalent de la consommation électrique d’un pays

    Notons tout de même que l’empreinte carbone des cryptomonnaies varie fortement. Durant l’année 2020, le Cambridge Centre for Alternative Finance a révélé que le Bitcoin consommait environ 125 terawattheures par an, soit l’équivalent de la consommation électrique d’un pays comme la Norvège. Certaines cryptomonnaies plus récentes comme Ethereum utilisent des algorithmes de consensus beaucoup moins énergivores. Le protocole dure moins longtemps mais, compromis oblige, il est moins robuste en matière de sécurité. Bref, le reproche écologique est tout à fait légitime, mais ce n’est certainement pas lui qui pourrait stopper les cryptos ni empêcher leur développement. Il n’y a qu’à regarder les data centers. S’ils sont eux aussi très critiqués pour leur empreinte écologique, ils ne sont pas pour autant interdits et n’ont pas stoppé les GAFAM  (4), plus gros utilisateurs.

    Assen slim idées reçues sur les cryptomonnaies
    Selon Assen Slim, parmi les utilisateurs actuels de crypto, la proportion de ceux l’utilisant vraiment pour réaliser des transactions est relativement faible. Une proportion légèrement plus importante l’utilise comme un produit d’épargne, et le reste (la majorité) considère les cryptos comme des actifs financiers ultra spéculatifs.

    Plus de freins techniques

    Les freins techniques qui existaient ont été levés. Le problème du temps trop long d’authentification qui empêchait le paiement physique en crypto auprès des commerçants a été réglé par ce que l’on appelle le Lightning network, une surcouche de la blockchain qui accélère les transactions. Par ailleurs, certaines sociétés comme Ledger envoient à leurs clients une carte qui ressemble en tous points à une carte bancaire. Pour attirer les clients, pour l’instant, les frais sont à l’envers, c’est-à-dire que ce sont eux qui sont récompensés lorsqu’ils réalisent un paiement avec la carte. Pour autant, ce qui avait pour ambition de remplacer le système bancaire actuel a bien du mal à être vraiment utilisé comme une monnaie et a été complètement détourné de cet objectif initial. Selon Assen Slim, parmi les utilisateurs actuels de crypto, la proportion de ceux l’utilisant vraiment pour réaliser des transactions est relativement faible. Une proportion légèrement plus importante l’utilise comme un produit d’épargne, et le reste (la majorité) considère les cryptos comme des actifs financiers ultra spéculatifs. Ils achètent de la crypto comme des actions dans une entreprise, voire la considèrent comme une finance de casino.

    Les régulateurs avancent

    D’ailleurs, la loi française réglemente le bitcoin uniquement comme si c’était un placement financier (on taxe à 30 % la plus-value par exemple). En dehors de l’Europe, la perception par les régulateurs des cryptomonnaies a évoluée. Aux États-Unis, par exemple, le décret exécutif signé par Joe Biden en mars 2022 montre un engagement à réglementer tous les aspects des cryptomonnaies, soulignant ainsi leur rôle croissant en tant que monnaies potentielles. La Russie, de son côté, a reconnu à partir de 2023 le caractère monétaire du bitcoin et d’autres cryptomonnaies, les considérant équivalentes aux monnaies fiduciaires étrangères. Des environnements réglementaires plus clairs et protégeant davantage les détenteurs de crypto pourraient mener à une adoption plus large, mais aussi à des restrictions plus importantes. Ce qui semble véritablement freiner les cryptoactifs en tant que système monétaire, c’est ce qui est aussi son atout, à savoir l’absence d’une superstructure, d’institutions sociales, et donc de confiance. La volatilité des cryptomonnaies reste aussi un obstacle majeur à leur adoption en tant que moyen de paiement et réserve de valeur.

    Tendance passagère ou tendance de fond ?

    Alors, les crypto-actifs… tendance passagère amenée à ruiner ses partisans, ou tendance de fond qui finira par s’imposer à la majorité ? Bien malin est celui qui peut le prédire. Ce qui est certain, c’est que l’écosystème crypto s’est éloigné des intentions initiales révolutionnaires de son créateur. Selon Assen Slim, « face à la stabilité de court terme et à la dépréciation de long terme des monnaies nationales, ont émergé des cryptomonnaies instables à court terme et, au moins jusqu’à « l’âge adulte » des cryptos, s’appréciant à long terme ». La radicalité monétaire a cédé la place à un foisonnement de dispositifs dérivés qui vont dans des directions différentes : les objets numériques non fongibles, la tokénisation, ou encore la blockchain comme registre infalsifiable dont l’étendue des usages reste à découvrir… Le succès des cryptos montre l’intérêt des populations pour ce système, qui, s’il ne remplacera probablement jamais le système bancaire classique, pourrait devenir un jour une alternative monétaire plus sérieuse qu’elle ne l’est aujourd’hui. Pour cela, il faudrait que la proportion d’utilisateurs s’en servant véritablement comme une monnaie de transaction augmente, que le cadre réglementaire protège davantage les utilisateurs tout en ne restreignant pas trop ses usages, et que la volatilité du marché diminue. En attendant la crypto est surtout un produit d’investissement à très haut risque.

    Le saviez-vous ?

    70 millions de dollars. Le gouvernement ukrainien a  reçu plus de 70 millions de dollars de dons en cryptomonnaies qui ont été dépensés dans l’effort de guerre.

    (1) Basée sur la Blockchain, la tokenisation permet de valoriser et de matérialiser des actifs réels (matériels ou non) dans le monde digital. En inscrivant un actif et ses droits directement sur un token, la tokenisation facilite la gestion et l’échange avec un pair, de manière instantanée, sécurisée et transparente.

    (2) Fraude financière assimilée à un système de Ponzi, dont le fonctionnement repose sur l’ajout constant de nouvelles victimes. Il consiste à rémunérer les investissements des clients essentiellement par les fonds procurés par les nouveaux entrants.

    (3) Langage de programmation.

    (4) GAFAM est l’acronyme des géants du web à savoir Google (Alphabet), Apple, Facebook (aujourd’hui Meta) Amazon et Microsoft.

    Société Monégasque d'Assainissement SMA

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