vendredi 20 février 2026
plus
    AccueilEnquêtesPourquoi le projet de navette maritime entre Nice et Cap d'Ail bloque

    Pourquoi le projet de navette maritime entre Nice et Cap d’Ail bloque

    -

    Est-ce que faire le trajet Nice-Monaco par la mer pour se rendre au travail restera à jamais une utopie ? Le projet, annoncé avec enthousiasme dès 2020 est toujours à l’ancre quatre ans après, enlisé dans des exigences techniques pour l’heure irréalisables. Le jour où elles le seront, il restera à trouver les financements et à vérifier la fiabilité du service au quotidien… Détails.

    Il fait partie de ces projets dont on parle pendant des années sans que rien ne se réalise, laissant planer le doute quant à sa possible concrétisation. Et ce, malgré l’engouement collectif des 30 000 à 40 000 pendulaires niçois se rendant chaque jour à Monaco pour travailler. Un chiffre en constante augmentation qui rend ce trajet domicile-travail de plus en plus infernal, que ce soit en voiture ou en train. Puisque la terre et les souterrains sont déjà saturés, pourquoi ne pas se tourner vers la mer pour tenter de mieux répartir cette marée humaine qui se presse chaque jour en Principauté ? Dès 2020, Christian Estrosi, maire de Nice et président de la Métropole, a fait part de son projet de navette maritime : un bateau reliant Monaco (ou Cap d’Ail) à Nice en seulement 20 minutes et effectuant plus de 30 rotations par jour. L’idée séduit. Rapidement, deux appels d’offres sont lancés, mais successivement déclarés infructueux. Si la navette maritime était au départ très ambitieusement prévue pour 2021, la Métropole s’abstient à présent de promesse.

    La volonté est toujours là

    L’intérêt des autorités semble pourtant toujours présent, tant à Nice qu’à Monaco, où le sujet a été évoqué pas plus tard que début octobre, lors d’une séance publique au Conseil national. « Nous sommes toujours membres du groupe de travail leadé par la Métropole Nice Côte d’Azur. Nous n’avons pas pour l’instant de proposition éprouvée mais nous continuons de travailler auprès de la Métropole à chaque fois qu’elle sollicite une réunion de travail sur le sujet. Je vous rappelle que nous ne sommes pas à la manœuvre, mais nous sommes un participant actif et volontaire », a expliqué la ministre de l’Équipement, Céline Caron-Dagioni. De son côté, Christian Estrosi a plusieurs fois assuré que le projet était toujours d’actualité. Mais alors qu’est-ce qui bloque ? Spoiler alert : il est question d’empreinte carbone, mais aussi de viabilité économique.

    Exigences écologiques

    D’abord, les appels d’offres n’ont pu aboutir faute de solution 100 % décarbonée. Oui, car pas question de se lancer dans un projet à contre-courant des promesses environnementales actuelles. La Métropole a mis un point d’honneur à ce que les navettes soient propulsées par des moteurs hydrogènes ou électriques. Et l’équation se complique puisque pour atteindre le report modal espéré, elles doivent rester rapides, et robustes. « Les navettes à hydrogène commencent à avoir des industrialisations, mais c’est encore émergent. On n’abandonne pas, en parallèle, la veille sur les navettes électriques, qui posaient il y a quelques mois un certain nombre de problèmes. Elles en posent un peu moins, mais est-ce suffisant pour arriver à tenir les houles ? Ces questions sont toujours évoquées dans le groupe de travail », précisait Céline Caron-Dagioni en séance budgétaire en octobre 2023. « Nous avons dû reconnaître que les navettes maritimes décarbonées ne permettent pas encore de garantir un service public régulier et fiable. La technologie n’est tout simplement pas assez développée. Nous sommes encore au stade de prototypes et plutôt sur des fleuves ou des lacs. On nous annonce des services de navettes électriques et hydrogènes en mer plutôt pour 2027 et d’ici là des phases de tests », a affirmé le président de la Métropole lors d’un entretien accordé en avril 2024 à Monaco Économie.

    Navette maritime Nice Cap d'Ail Céline Caron-Dagioni
    « Nous sommes toujours membres du groupe de travail leadé par la Métropole Nice Côte d’Azur. Nous n’avons pas pour l’instant de proposition éprouvée mais nous continuons de travailler auprès de la Métropole à chaque fois qu’elle sollicite une réunion de travail sur le sujet. Je vous rappelle que nous ne sommes pas à la manœuvre, mais nous sommes un participant actif et volontaire. » Céline Caron-Dagioni conseiller-ministre à l’Équipement, l’Environnement et l’Urbanisme. © Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

    Non viable pour le secteur privé

    L’équation se complique encore davantage car les navettes qui seront choisies doivent aussi être suffisamment logeables pour avoir un vrai impact sur la circulation quotidienne, et pour tenter d’être rentables. La Métropole a précisé qu’elle serait très attentive à ce que les tarifs pratiqués soient faibles, là encore pour que les travailleurs pendulaires aient véritablement intérêt à abandonner la voiture ou le train. Exploiter ces navettes ne sera donc probablement pas une aubaine financière, même si ce problème n’a été que très rarement avoué. « Je crois savoir que des obstacles financiers énormes entravent ce dossier, en plus des problèmes techniques », avait lancé le Prince Albert II dans une interview donnée à Monaco matin fin 2023.

    Un projet étatique ?

    Ses propos avaient été confirmés par Aleco Keusseoglou, président-délégué de la Société d’exploitation des ports de Monaco (SEPM) auprès de L’Observateur de Monaco. « Son éventuelle mise en œuvre s’accompagnerait inévitablement d’un niveau de subvention important de la France et de Monaco. Un projet privé, seul, ne tiendrait pas la route, car ce n’est pas viable économiquement. D’ailleurs, un appel d’offres avait été effectué par la Métropole Nice Côte d’Azur et n’avait pas abouti. Et les raisons économiques étaient l’une des explications », avait-il expliqué avant de détailler. « Seule une navette maritime accueillant au maximum 150 passagers pourrait être amarrée au port de Cap d’Ail. Même si cette navette effectue deux ou trois rotations, le matin et le soir, c’est bien trop peu pour être rentable. Voilà pourquoi elle ne peut être, selon moi, qu’un projet étatique ».

    Quid de la fiabilité ?

    Conclusion : pour espérer aller au travail en bateau, les pendulaires devront d’abord attendre qu’un industriel produise des embarcations « zéro émission » à la fois spacieuses et rapides, puis qu’il les teste, les éprouve et les fasse valider. Les gouvernements français et monégasque devront alors s’accorder pour financer leur exploitation et à ce moment-là, si tant est qu’il arrive un jour, restera à savoir si la solution sera suffisamment fiable pour les usagers quotidiens. Car comme l’a noté le Prince Albert : « la Méditerranée est imprévisible et une navette maritime ne pourra fonctionner qu’un nombre limité de jours par an ».

    Ailleurs : l’exemple bordelais

    A Bordeaux, depuis 2013, le Bato (ex Bat3), est un catamaran effectuant chaque jour la traversée nord-sud de la Garonne et pouvant accueillir 65 personnes à chaque traversée. Opéré par Keolis et Bordeaux Métropole, il est à priori de plus en plus utilisé, si bien que ces derniers ont décidé de financer quatre catamarans supplémentaires d’ici 2025. Mais à en croire le compte twitter officiel du service (@TBM_BAT3), les « départs non assurés » et autres « immobilisations » en raison de « mauvaises conditions climatiques » sont le lot quotidien…

    -

    Les dernières news

    Propositions pour la jeunesse, maintien de Sciences Po, hôtel 5 étoiles : ce que les candidats veulent changer à Menton

    Les candidats à la mairie de Menton détaillent à L'Obs' leurs visions pour l’avenir de la ville. Projets pour...

    Municipales à Menton : six listes pour trouver un nouveau cap

    Fin de cycle politique à Menton. La succession d’Yves Juhel attise les convoitises : six listes sont en lice pour redonner un cap à la cité des citrons, en quête de stabilité après plusieurs années de turbulences. Une campagne fortement médiatisée qui promet d’être très disputée.

    Terrasses de boulangeries, mange-debout, et snacking : ces nouveaux concurrents qui bousculent les restaurants

    Pour les repas du midi, les fast-foods ne sont plus les seuls concurrents des restaurants traditionnels. Boulangeries avec terrasse, enseignes alimentaires dotées d’un coin repas et de micro-ondes, établissements de snacking… Ces nouveaux acteurs captent de plus en plus une clientèle pressée à l'heure du déjeuner.

    La Sélection

    Jeunes diplômés à Monaco : voici les secteurs qui recrutent

    Créée en 2010, la Commission d’insertion des diplômés (CID) aide la jeunesse de la Principauté — et désormais celle des communes limitrophes — à trouver un stage, une alternance, ou un premier emploi à Monaco. Comment ces jeunes lycéens et étudiants sont-ils accompagnés dans le grand bain de la vie active ? Quels sont les secteurs d’activité qui recrutent et ceux qui embauchent peu en Principauté ? Et quel est l’intérêt des entreprises monégasques à collaborer avec cette commission ? L’Obs’ vous dit tout.

    Activités immobilières à Monaco : le grand ménage législatif

    Avec plus de 160 agences immobilières, une surreprésentation de marchands de biens, et une multitude d’intermédiaires non autorisés, une concurrence féroce et parfois déloyale se joue. Pour professionnaliser et encadrer ce secteur central de l’économie monégasque, deux textes de loi ont récemment émergé avec des mesures clés : obligation d’une résidence effective à Monaco, fin des prête-noms, mandat écrit obligatoire, ou encore carte professionnelle et formation continue. Voici ce qu’il faut retenir.

    Monaco veut défendre son image à l’international face aux critiques

    Face à des articles de presse considérés comme « dévalorisants », le gouvernement monégasque et le Conseil national souhaitent mettre en place une communication plus proactive à l’international pour défendre l’image de la Principauté.