Le gouvernement monégasque vient de lancer un service de gardes itinérantes de nuit pour les personnes âgées en perte d’autonomie. Il permet de répondre à leurs éventuels besoins nocturnes, de rassurer leurs aidants et d’éviter l’entrée en Ehpad.
Le passage d’un auxiliaire pendant la nuit pour effectuer un change ou un coucher tardif, accompagner la personne aux toilettes ou simplement s’assurer que tout va bien. C’est la nouvelle prestation proposée aux personnes âgées par le gouvernement monégasque via le Centre de Coordination gérontologique de Monaco (CCGM). Le tarif est de 35 euros par passage de 45 minutes avec une prise en charge pouvant atteindre 90% selon les ressources du demandeur. Explications.
Retarder l’entrée en Ehpad
Conséquence du babyboom, les seniors sont de plus en plus nombreux. Ce phénomène, baptisé gérontocroissante, n’épargne aucun territoire et est en constante progression. Évidemment Monaco n’y échappe pas. En Principauté, plus d’un quart de la population (27,2%) a plus de 65 ans alors qu’ils étaient 22% il y a 20 ans. Nos seniors sont de plus en plus nombreux, mais aussi de plus en plus en forme, et longtemps ! Alors que les centenaires étaient rares il y a encore quelques années, ils représentent aujourd’hui 2% de la population monégasque. Par ailleurs, la mentalité des aînés d’aujourd’hui n’est pas la même que celle de la génération précédente. « Alors que l’ancienne génération était un peu la masse silencieuse qui suivait les indications, ces personnes (qui avaient 20 ans en 1968) veulent être maîtres de leur projet vie, prendre les décisions, et surtout rester chez eux le plus longtemps possible », explique Philippe Migliasso, Cadre supérieur de santé au CCGM. C’est pour répondre à ces attentes qu’ont été créées les gardes itinérantes de nuit. En Principauté, l’âge moyen d’entrée en Ehpad est de 89 ans. Elle était de 86 ans en 2014. « On espère que ce nouveau dispositif va permettre de faire reculer encore ce chiffre », poursuit Philippe Migliasso.
Tranquilliser les aidants et les familles
Ce dernier s’adresse aux personnes de 60 ans et plus qui ont déjà une aide à domicile la journée. « Les derniers intervenants partent à 20h. Ça faisait long jusqu’à 8h le lendemain matin, ce qui pouvait angoisser les personnes âgées et leurs familles », explique le cadre de santé qui précise que le projet a aussi été créé en pensant aux aidants. « Les gardes itinérantes ont aussi pour objectif de les tranquilliser pour que quand ils quittent le domicile le soir, ils coupent complètement et puissent pleinement profiter de leurs familles », poursuit-t-il. Ces passages, programmés à l’avance, peuvent être de nature très différente selon les besoins identifiés. Il peut s’agir de fermer les volets, de surveiller une prise de médicament (on pense notamment à la maladie de Parkinson qui nécessite une prise dans la nuit), de calmer des angoisses nocturnes ou simplement de vérifier que la personne n’est pas tombée en allant aux WC. « Parfois des intervenants retrouvaient la personne tombée la nuit le matin, ça faisait des heures qu’elle était là », note Philippe Migliasso. L’auxiliaire peut aussi venir effectuer un change et/ou un coucher tardif. « Ça peut paraître anodin, mais à ce jour les interventions de jour se terminent au plus tard à 20h, ce qui oblige les gens à être au lit très tôt. Plus de repas de famille, plus de télévision dans le salon avec le conjoint… ça entraine une exclusion. Quelqu’un pourra à présent venir les coucher à l’heure qu’ils souhaitent », explique-t-il. Les passages peuvent être très rapides ou durer jusqu’à 45mn selon les besoins.
Modalités d’éligibilité et prise en charge financière
Toutes les personnes de plus de 60 ans catégorisées GIR 1,2 ou 3 (1) et ayant déjà une aide à domicile de jour peuvent y prétendre. Pour que le gouvernement prenne une partie en charge, il faut néanmoins cocher certains des critères listés dans la grille d’éligibilité (dépendance, isolement social, fragilité, fatigue de l’aidant, chute répétitives, hygiène, etc.). Le tarif a été fixé à 35 euros par passage. « Une assistance continue la nuit c’est entre 140 et 190 euros la nuit normalement. Grâce à ces interventions ponctuelles, on parvient à avoir des tarifications moindres et on ouvre la possibilité d’une présence la nuit à davantage de personnes », se targue Philippe Migliasso. Les modalités d’aide financière (prestation d’autonomie) sont les mêmes que pour la journée. En fonction des revenus du foyer et sur le principe des tickets modérateurs, le gouvernement rembourse entre 10 et 90% du montant. Les visiteurs de nuit sont des auxiliaires de vie formés et missionnés par l’une des six sociétés prestataire de service partenaires du CCGM. « Ce sont des sociétés de Monaco avec agrément de la direction de l’action sanitaire. Nous avons donc une garantie de confiance », tient à préciser Philippe Migliasso. Le service est d’ores et déjà opérationnel et une douzaine de personnes vont très bientôt commencer à en profiter.

