C’est un Christian Estrosi offensif qui a pris la parole le 8 avril dernier pour annoncer un tournant radical dans la régulation des locations meublées touristiques à Nice. Face à une crise du logement, le maire tape du poing sur la table : « Je ne laisserai pas les Niçois être empêchés de vivre à Nice ! », a-t-il déclaré.
La bataille est engagée, et l’ennemi clairement désigné. Christian Estrosi est de nouveau monté au front le 8 avril dernier pour dénoncer l’explosion des meublés touristiques dans la ville qu’il administre. Le maire de Nice, également président de la Métropole, a dégainé une batterie de mesures pour stopper la prolifération de ces locations de type Airbnb. « Je ne laisserai pas les quartiers des musiciens, du Vieux-Nice, de la Promenade des Anglais aux investisseurs ! » a-t-il lancé. Pourquoi Estrosi est-il si remonté ? Selon lui, la crise du logement gronde. Avec plus de 13 000 annonces actives, la ville voit son marché locatif phagocyté par la location touristique. Les actifs, étudiants, et nouveaux arrivants ne pourraient plus se loger dignement. « Nice est aujourd’hui la ville la plus touchée des Alpes-Maritimes, avec 6 % de son parc de logements transformé en meublés touristiques (contre 3 % à Marseille ou Paris). Dans certains quartiers comme le Vieux-Nice ou la Promenade des Anglais, jusqu’à 70 % des logements touristiques sont détenus par des investisseurs professionnels », indique la mairie.
Les locations limitées
Depuis plusieurs années, l’édile niçois mène donc une riposte musclée. Et il a désormais la loi LE MEUR du 19 novembre 2024 dans son arsenal. Ce texte permet aux communes de reprendre la main et d’instaurer une régulation. « Nous n’avons pas attendu la loi pour agir », précise encore le maire. La ville avait déjà lancé le concept de la location mixte. Le principe pour les propriétaires ? Neuf mois de bail étudiant et trois mois de location estivale. Résultat : selon la mairie, 150 étudiants ont été logés via ce dispositif co-construit avec le CROUS, la CAF, Action Logement et la Métropole.
Une politique de quota instaurée
Avec le vote de la nouvelle loi, de nouvelles mesures seront mises en place à plus grande échelle. Dans toute la ville, les autorisations provisoires de location touristique seront désormais limitées à trois ans, non renouvelables. La durée maximale de location d’une résidence principale passe de 120 à 90 jours par an. Les propriétaires devront fournir un diagnostic de performance énergétique et signer une déclaration sur l’honneur attestant du respect du règlement de copropriété. Dans les 39 quartiers les plus tendus, la règle du jeu change également radicalement. Un système de quotas va réduire de moitié le nombre d’autorisations temporaires. Une fois le plafond annuel atteint, plus aucune autorisation ne sera délivrée. L’attribution se fera via une plateforme numérique, avec des périodes de dépôt de candidature fixes. Côté calendrier, tout s’accélère dès mi-mai. Le conseil municipal se prononcera sur l’abaissement à 90 jours pour les résidences principales. En parallèle, la Métropole adoptera les grandes orientations pour rédiger un règlement durci. Et le dispositif de location mixte sera officiellement pérennisé.
Locations touristiques à Nice : les chiffres à retenir
• L’offre en meublées touristiques est en constante progression avec une forte expansion depuis 2020 (reprise post COVID) : au total 13 692 annonces représentant 5,7 millions de nuitées réservées en 2022.
• Nice comporte le plus grand nombre d’annonces des Alpes-Maritimes, le taux d’annonces de meublées sur le nombre total de logements de la commune est de 6 % (3 % à Marseille & Paris)
• Les locations sont de plus en plus proposées par des loueurs au profil d’investisseurs qui louent leur logement en moyenne 208 jours par an (29 %).
• 32 sous quartiers (découpage IRIS de l’INSEE) totalisent à eux seuls 70 % de toutes les annonces de Nice (Vieux Nice, Promenade…). Dans ces quartiers, les meublés sont détenus à 70 % par des investisseurs. Et 7 autres sous quartiers sont identifiés comme regroupant une forte activité touristique.
• La rentabilité financière de la location meublée « est entre 4 et 8 fois supérieure à la location à l’année, ce qui renchérit les prix de vente des logements de petites surfaces », indique la mairie.
