Si à l’heure actuelle, le nombre de médecins généralistes exerçant en principauté est suffisant pour répondre au besoin de la population monégasque, ce n’est pas le cas de certaines spécialités qui sont « sous » voire « pas représentées » en ville. Parmi elles : la pédiatrie, la psychiatrie et l’endocrinologie. Comment expliquer cette situation et comment y remédier ? Le docteur Jean-Michel Cucchi, président du Conseil de l’ordre des médecins à Monaco nous répond, et dévoile les récents engagements pris par le gouvernement pour répondre à cette problématique.
En France, la pénurie de médecins généralistes, que ce soit dans les zones rurales mais aussi, de plus en plus, dans les zones urbaines, est souvent évoquée. Ce constat se vérifie-t-il aussi à Monaco ? La Principauté manque-t-elle de médecins généralistes ?
Actuellement, le nombre de médecins généralistes installés en Principauté permet encore de répondre aux besoins de la population, mais ce ne sera plus le cas dans 3 ou 4 ans avec les départs à la retraite attendus de certains confrères.
À l’échéance que vous précisez, combien faudra-t-il selon vous de médecins généralistes en plus pour couvrir les besoins de la population monégasque ?
Dans les 3 ou 4 ans, les besoins seront de l’ordre de deux ou trois nouveaux médecins.
Est-il exact que les médecins de la Principauté ont, comme en France, de plus en plus de mal à trouver des remplaçants lorsqu’ils sont malades ou bien lorsqu’ils partent en vacances ?
C’est hélas tout à fait exact. Comme dans le pays voisin, les médecins monégasques ont les plus grandes difficultés à se faire remplacer. Plusieurs d’ailleurs n’y parviennent pas et sont contraints de fermer leurs cabinets pendant leurs absences. C’est aujourd’hui cette situation qui est plus problématique que le nombre de médecins installés en ville.
La directrice du CHPG, Benoîte de Sevelinges, fait état d’un manque de spécialistes en Principauté mais aussi dans les communes limitrophes ? Partagez-vous ce constat ?
Il est exact que certaines spécialités ne sont pas ou sont sous-représentées en ville. C’est le cas notamment de la pédiatrie, de la psychiatrie et de l’endocrinologie.
Comment expliquez-vous ce manque de spécialistes en Principauté comme ailleurs ?
Le problème vient essentiellement du fait que lors de leurs formations, les futurs médecins, non seulement en France mais plus généralement en Europe, délaissent certaines spécialités qui sont considérées comme peu attractives pour des raisons de pénibilité ou pour des raisons financières. De plus, les nouvelles générations sont plus attentives à leur qualité de vie et ont tendance à réduire leur temps de travail. Il est rare aujourd’hui qu’un médecin travaille du lundi matin au vendredi soir, voire au samedi midi, comme cela était la norme quand je me suis installé. Cet état de fait est accentué avec le vieillissement de la profession. En fin de carrière il est fréquent que les confrères “lèvent le pied”.
Comment remédier à cette problématique selon vous ?
Ne pouvant agir sur le versant formation, un bon moyen de remédier à cette situation est de permettre aux médecins déjà installés de pouvoir s’appuyer sur plus de praticiens associés pour exercer dans leurs cabinets. Cette demande du Conseil de l’ordre a été entendue par le conseiller-ministre pour la santé, bien au fait de la situation. Le gouvernement a donc récemment accordé la possibilité pour chaque médecin autorisé à exercer en Principauté de pouvoir bénéficier de deux et non plus d’un seul praticien associé (ou de 2 mi-temps).

Quelles sont au contraire les spécialités où il n’y a aucune pénurie de médecins en Principauté ?
Les besoins sont actuellement couverts en cardiologie, en dermatologie, en imagerie, en médecine du sport, en ophtalmologie, ou encore en ORL.
Ce manque de spécialistes en ville entraînerait un report de soins vers le CHPG. Benoîte de Sevelinges parle même d’une « explosion » des demandes de consultations de spécialistes à l’hôpital, notamment au mois de juillet. Que vous inspire ce constat ?
Je pense que la cause essentielle de cette « explosion estivale » est plus liée à la pénurie médicale dans le bassin de recrutement du CHPG qu’à Monaco même.
En France et à Monaco, un Ségur de la santé pour l’hôpital a été lancé. Il n’y a pas eu de Ségur pour la médecine libérale : pensez-vous qu’il soit nécessaire d’en engager un pour les généralistes et les spécialistes ? Avez-vous des attentes du gouvernement sur ce point ?
Il est évident qu’une revalorisation des actes médicaux est indispensable, d’une part pour prendre en compte l’inflation et le prix des locaux à Monaco, mais également pour redonner une attractivité à la médecine monégasque sous peine de ne pouvoir attirer de nouveaux confrères et de risquer de connaître les problèmes d’accès aux soins qui sévissent dans le pays voisin. Il est également nécessaire de réfléchir à la prise en charge des “nouvelles technologies médicales”, qui sont souvent non remboursées en France pour des raisons purement budgétaires, sous peine de ne plus attirer une patientèle étrangère ce qui est un des axes de la politique sanitaire de la Principauté. Nous sommes actuellement en discussion avec les caisses sociales monégasques dans le cadre des négociations conventionnelles, la convention actuelle s’achevant à la fin de l’année. J’ai bon espoir que notre position soit comprise et qu’une nouvelle convention prenant en compte ces réalités puisse être signée.
Plus généralement, quelles sont les conditions nécessaires pour qu’un médecin généraliste ou un spécialiste obtienne l’autorisation de s’installer à Monaco ?
L’autorisation est délivrée par le ministre d’État après avis de l’Ordre des médecins. Précisons que l’autorisation est de droit (à conditions bien sûr que le postulant soit en possession d’un diplôme reconnu) s’il s’agit d’un confrère de nationalité monégasque.
