Les prémices de la crise se sont fait sentir dès le mois de février avant un arrêt total des activités avec le confinement. Encore aujourd’hui, les réservations peinent à reprendre, suscitant l’inquiétude des professionnels du secteur.
Après une année 2019 « exceptionnelle », 2020 augurait encore de très beaux jours. « Depuis 25 ans que je travaille dans le tourisme, c’est la première fois que j’ai autant de stress et de tensions », résume Salim Zeghdar, directeur de Monaco Top Voyages. Du jour au lendemain, sa structure qui emploie 10 collaborateurs a vu son chiffre d’affaires s’effondrer. « En mars, nous étions à 25 % du chiffre habituel. En avril, mai et juin, c’était 0 %. Depuis le déconfinement, j’ai peut-être réalisé 150 euros de marge de facturation », estime Salim Zeghdar. Raison pour laquelle, l’agence basée au sein du Grimaldi Forum n’a pas rouvert ses portes. Seules deux salariées assurent les annulations, reports et nouvelles réservations. Les autres restent en chômage partiel. « Les gens n’ont pas forcément envie de voyager. Ils ont peur car ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Ce n’est pas l’année du voyage », se désole l’homme.
« Entre le marteau et l’enclume »
Celui-ci mise sur une reprise en fin d’année, voire en 2021. « Ça va être un été particulier car l’envie de voyage n’est pas là. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans l’attente d’une offre à proposer à nos clients. Et eux-mêmes sont dans l’attente. En fait, nous nous trouvons entre le marteau et l’enclume. » Et pour ne rien arranger, de nombreux litiges ont opposé l’agence de voyages à des compagnies aériennes ou des groupes hôteliers qui refusaient de rembourser les annulations de voyage. « Pour le client, vous êtes légitimement son correspondant. Il ne comprend pas toujours que nous ne sommes pas les uniques responsables. » Et cela peut coûter cher à l’entreprise qui doit se protéger mais aussi ne pas brusquer sa clientèle au risque de la faire définitivement fuir votre enseigne.

TENSION — « Depuis 25 ans que je travaille dans le tourisme, c’est la première fois que j’ai autant de stress et de tensions ». Salim Zeghdar, directeur de Monaco Top voyages.
Des voyages plus ciblés
« On a réussi à faire face, soutient pourtant Salim Zeghdar. Mais je remercie les institutions monégasques d’avoir aidé mon entreprise et mon bailleur qui m’a offert deux mois de loyer. Cependant, je n’ai pas envie de vivre uniquement grâce à des aides mais avec du business. Tant que cette activité ne reprendra pas, ce sera difficile. Notre trésorerie n’est pas extensible mais je reste optimiste. A nous de réfléchir et de nous réinventer », développe le directeur. Outre la proposition de courts séjours en France et en Europe, l’agence a décidé d’ouvrir de nouveaux partenariats vers des voyages plus ciblés. Monaco Top Voyages est le distributeur de USA Motoriders, il offre des circuits en supercar aux États-Unis et s’est aussi lancé dans le tourisme sportif avec Couleur Voyage pour des séjours autour de grandes compétitions sportives. « Il faut trouver d’autres thèmes pour élargir notre clientèle », reconnaît Zeghdar.
Touché de plein fouet
Chez My Luxury Travel, la problématique est un peu différente. Cette start-up, lancée il y a 12 ans en principauté par Guillaume Leroy et son associé Steeve Alejandro, voit ses clients revenir petit à petit. Installé au Palais de la Scala, l’entreprise fait office de tour-opérateur de luxe. Le panier moyen des voyageurs est de 6000 à 7000 euros par personne et par voyage. Certifié sur les destinations Polynésie, Seychelles et Bahamas, My Luxury Travel a surtout de la demande sur les îles grecques, les Seychelles, les Maldives ou encore la Laponie. « Nous sommes une agence de voyages avec nos propres brochures. 30 % de notre clientèle provient de Monaco, le reste se trouve à Paris », détaille Guillaume Leroy. Pour lui aussi, l’activité s’est stoppée net avec le confinement. « Nous avons été touchés de plein fouet. Dès la fin février, nous avions des demandes de report puis des annulations en cascade. En temps normal, on vend de 30 à 40 voyages par mois. Nous sommes passés à 0 », s’inquiète le chef d’entreprise. En tant que producteur de voyage, la marge de manœuvre était très limitée.

ARRET — « Nous avons été touchés de plein fouet. Dès la fin février, nous avions des demandes de report puis des annulations en cascade. En temps normal, on vend de 30 à 40 voyages par mois. Nous sommes passés à 0 ». Guillaume Leroy à la tête de My Luxury Travel.
Contentieux commerciaux
Et comme Monaco Top Voyages, My Luxury Travel s’est retrouvé confronté à des compagnies aériennes peu coopératives. « Les clients pensaient pouvoir annuler leur voyage comme on annule l’achat d’une voiture. Mais à moins de 60 jours de l’arrivée, il y a forcément des frais. Une ordonnance française permet un report du voyage de 18 mois mais elle a une difficile visibilité » admet Guillaume Leroy. Ce qui a obligé l’entreprise, qui emploie un salarié placé en chômage partiel, à recourir au service d’un avocat. « Un client qui avait acheté un voyage pour le Japon en février a voulu l’annuler au dernier moment. Mais comme celui-ci a été conservé, il a perdu 8 000 euros de frais d’annulation à cause de l’agence par laquelle nous avions concocté le voyage. Il nous a menacé. Nous avons dû défendre nos droits mais cependant lui rembourser un quart de cette somme. » Autre coup dur, l’absence d’exonération de charges et un loyer remisé de seulement 20 %. « Nous sommes passés de 30 dossiers à 0. Comme nous sommes associés et non salariés, nous n’avons pas eu droit au chômage partiel… », se désole l’homme.
350 euros de marge en deux mois
Pour son entreprise aussi, cette crise laissera des stigmates. « Nous avons vécu le volcan islandais, les attentats du 11 septembre. Mais là, c’était acté et daté. Cette fois, ça va prendre plus de temps. Il nous faut recibler notre production. Du coup, on a opté pour l’ajout de beaux hôtels en France ainsi que d’expériences à thème en Bourgogne, Champagne ou dans le Lubéron. Nous espérons aussi reprendre des dossiers en Europe. Depuis début juin, nous avons quelques demandes sur la Grèce et le Portugal. Cela nous oblige à rester formé sur les relais et château en France car nous ne proposons pas de camping ou de gîte mais plutôt des hébergements 4 ou 5 étoiles », insiste Guillaume Leroy. Le bilan comptable est lui plus sévère : 1 million d’euros de chiffre d’affaires de retard. « L’an dernier, on a réussi une bonne saison. En janvier et février, nous étions sur une bonne lancée. Depuis, on renfloue… Entre mai et juin, nous n’avons fait que 350 euros de marge… Pourtant les gens sont demandeurs. »
« Que le ciel s’éclaircisse »
Cette crise pourrait-elle mettre un terme à l’aventure débutée en 2009 ? « Le potentiel est là. On se bat, ajuste Guillaume Leroy. Ce serait dommage d’arrêter à cause de tout ça. Et puis c’est regrettable car c’est une création et nous avons réussi à nous faire un nom ici. » Depuis le 15 juin, les vols domestiques en France et ceux vers l’Europe ont repris. Une nouvelle qui donne le sourire aux deux interlocuteurs sollicités. « Il faut encore attendre un peu que le ciel s’éclaircisse. On avance avec la réouverture des lignes », observe Salim Zeghdar. La seule inconnue reste donc le désir profond des clients. « Je pense que les gens vont s’orienter vers moins de voyage mais de manière plus qualitative. En fait, on va repasser du touriste vers le voyageur », imagine le directeur. Il n’y a que l’avenir qui pourra nous le confirmer…
