Touché mais pas coulé. C’est le message que délivre Pierre Pélissier, président administrateur délégué de l’agence de voyage en ligne Cruiseline basée en principauté. A ses yeux, ce n’est que par la mise en place de conditions sanitaires strictes que ce secteur d’activité pourra de nouveau voguer sous des cieux plus cléments.
«Nous étions les premiers touchés et les derniers à redémarrer. Aujourd’hui, on voit le bout du tunnel. » Lorsque l’on rencontre Pierre Pélissier, pas de cernes sous les yeux du président administrateur délégué de l’entreprise monégasque Cruiseline. La crise n’a pas autant atteint son groupe qu’il n’aurait pu le craindre. Pourtant, 260 emplois sont en jeu à Monaco. Mais bien plus dans le monde puisque ce groupe niçois à l’origine, spécialiste du voyage en croisière, a des filiales dans le monde entier. « Elles ont toutes été impactées. Les bateaux se sont arrêtés. Les ventes se sont interrompues dès le début du mois de mars », confirme Pierre Pélissier. 170 000 passagers ont dû être gérés dans l’urgence. Le groupe vend en effet 45 armateurs différents. « A bord, ce sont les compagnies qui gèrent les clients mais nous, nous gérons ceux qui n’ont pas pu partir », résume le président. A son grand étonnement, la clientèle ne s’est pas détournée de ses envies de voyage en croisière. « On a eu un peu plus de 60 % de report de voyage plus ou moins lointain à horizon 2021 ou 2022 et le reste d’annulation. Ce sont d’ailleurs souvent des gens qui n’arrivaient pas à se projeter aussi loin qui ont préféré annuler. On recommence même à vendre », indique-t-il.
Recapitalisation des mastodontes du secteur
Dès le mois de juillet, deux armateurs ont annoncé la reprise de leurs croisières : Ponant et CroisiEurope. Ce qui redonne le sourire au patron. « Ce sont des petits bateaux de 200 à 300 personnes où les conditions sanitaires peuvent être plus facilement appliquées que sur des navires qui accueillent 5 000 personnes. » L’un des poids lourd du secteur, MSC Croisières, a annoncé son intention de poursuivre l’arrêt de ses opérations jusqu’au 31 juillet 2020 au moins. Une date conditionnée à l’approbation d’un protocole encadrant des conditions sanitaires satisfaisantes. « L’enjeu, c’est d’assurer une sécurité maximale aux passagers et de faire des bateaux l’un des endroits les plus sécurisés. C’est la survie de l’industrie qui en dépend », assure Pierre Pélissier. Si l’homme se montre si peu soucieux, c’est aussi parce qu’il a vu les quatre mastodontes du secteur de la croisière — qui recueillent à eux-seuls 95 % de l’activité — dont MSC Croisières, se recapitaliser dès le début de la crise. Le numéro 1 Carnival s’est renfloué de 6,5 milliards d’euros, le numéro 2 Royal Caribbean de 3,8 milliards, le numéro 3 Norvegian Cruiseline de 2 milliards. « Il s’agissait de refinancement pour supporter une crise longue », défend Pierre Pélissier.
2022
Autre signe de la santé solide du secteur, une capitalisation boursière qui a doublé début juin. « Les clients ne veulent pas s’arrêter de voyager. Mais en sécurité. Les armateurs vont au-delà de tous les autres secteurs d’activités pour le protocole sanitaire. Certains ont décidé de tester tout le monde avant l’embarquement. C’est le prix de la sécurité et notre industrie ne peut pas s’en passer. Aujourd’hui, on voit le bout du tunnel. » Bien que les comportements des clients aient sensiblement évolué, exigeant plus de sécurité, les images désastreuses de croisières bloquées en mer au bout du monde n’auraient pas refroidi les adeptes. Seule l’Amérique Latine reste totalement à l’arrêt. Aux États-Unis, le redémarrage est prévu pour début août sur des îles privées. « Comme Monaco, des dizaines de villes dans le monde ont stoppé l’accueil de croisiéristes. Il faut le temps que les procédures sanitaires soient mises en place conjointement avec les ports d’accueil pour que cela redémarre pleinement », renchérit l’homme. La situation économique d’avant-crise ne devrait pourtant pas intervenir avant 2022. Car nombre de clients de 2020 ont reporté leur voyage en 2021. « La capacité d’accueil va donc être divisée par deux l’an prochain. »
Le cap maintenu
D’un point de vue local, Cruiseline Monaco a dû placer plus de la moitié de ses salariés en chômage partiel. Une équipe minime est restée en télétravail. « J’étais le seul au bureau. Sans l’aide de l’État monégasque, j’aurais été obligé de licencier », avertit le chef d’entreprise. Petit à petit, les collaborateurs reviennent. Le télétravail n’a pas été contraignant à développer étant donné qu’il était déjà largement utilisé par l’entreprise. Pour maintenir la croissance de son activité, le chef d’entreprise espère tout de même voir le soutien de l’État monégasque se maintenir jusqu’à la fin de l’année 2020. Les projets d’extension de bureau sont donc maintenus. « Cela se fera avec probablement deux ans de retard mais on ouvrira un quatrième bureau à Monaco et on continuera d’embaucher », prévient-il.
