Après cinq mois de travaux, le restaurant étoilé du mythique Monte-Carlo Hôtel & Resort dévoile un design transformé du sol au plafond, une offre intimiste et privilégiée pour huit convives et un nouveau logo. Le tout reflète (enfin) l’identité culinaire marquée de Marcel Ravin, qui tient les cuisines depuis la création du Blue Bay, et son nom a même été ajouté à celui du restaurant. Explications.
19 ans après son ouverture, le Blue Bay fait peau neuve. Après cinq mois de travaux, le restaurant deux étoiles du Monte-Carlo Hôtel & Resort a réouvert le 14 février 2024, présentant un cadre totalement transformé qui colle enfin à la proposition culinaire mediterraneo-créole de son chef. Plus qu’une rénovation, c’est presque la naissance d’un nouveau restaurant, repensé à l’image de Marcel Ravin, qui dirige les cuisines depuis l’ouverture. Il a d’ailleurs été rebaptisé le Blue Bay Marcel Ravin, preuve de la confiance que lui porte la Société des Bains de Mer.
Le cadre originel était assez classique : nappes blanches soigneusement repassées, marbre… Il ne manquait pas d’allure, mais de lien avec l’identité marquée du chef et de sa cuisine, qui mêle influences caribéennes, terroir de sa terre d’accueil méditerranéenne et inspirations de ses voyages sur les cinq continents.
Un décor plus exotique et organique
En réalité, la métamorphose avait été entamée en 2016 avec le renouvellement complet de la vaisselle. Quatre nouveaux modèles d’assiettes recto-verso/terre-mer avaient, à elles seules, permis d’apporter de la personnalité au restaurant. Marcel Ravin les avait commandées à une céramiste de la Martinique, Peguy Desmeules, sur la base de récits de souvenirs de son enfance. Le projet s’est poursuivi cette année avec la rénovation complète du restaurant. Marcel Ravin a travaillé pour ce faire avec Alexandra Saguet, du cabinet d’architecture intérieur parisien AS Interior Design.
« L’idée était de créer un lieu qui me ressemble », a-t-il expliqué. La thématique : « une ode à la vie et à la nature », mise en scène à travers les cinq éléments : la terre, le bois, le feu, l’eau et le métal. Le résultat : des matériaux bruts, des boiseries, des plantes, des paravents qui évoquent le corail, des lustres inspirés des fleurs de balisier (typiques de la Caraïbe), des courbes qui font penser à des vagues, des fauteuils en bois et en velours vert et des fauteuils tressés sur la terrasse, des tapisseries végétales, des comptoirs en pierre… Le tout donne une ambiance à la fois raffinée, exotique et organique.


Inspiré des souvenirs d’enfance du Chef
« Quand j’étais petit, nous vivions en autosuffisance : nous produisions, nous chassions, nous pêchions, et ma grand-mère cuisinait le tout dans sa petite cuisine en terre battue. Je voulais que le restaurant reflète cette proximité avec la nature » a expliqué Marcel Ravin. « Ma grand-mère faisait beaucoup de choses de ses mains, l’artisanat a aussi été un maître-mot pour le nouveau design du restaurant », a-t-il poursuivi. Les nappes, qui ont longtemps été la norme dans les palaces, ont été retirées pour laisser apparaître le bois massif. « Pour renforcer l’esprit « comme à la maison » aussi », a précisé le chef. Par ailleurs, un îlot pâtisserie a été placé au centre du restaurant pour terminer le dressage des desserts devant les clients, et un espace dégustation de vins et de rhum a été créé à l’entrée du restaurant « pour prendre un digestif en sortant, prendre un verre à l’apéritif ou choisir le vin en attendant les autres convives », suggère Marcel Ravin. Le rhum est évidemment martiniquais et « ce n’est pas du chauvinisme, c’est parce que c’est vraiment le meilleur ! », assure le chef étoilé qui lance, au passage, un rhum signature en partenariat avec la Maison Clément.
« Rien ne change dans la conception de la carte »
Côté cuisine, le menu sera actualisé toutes les trois semaines, mais « rien ne change dans sa conception. Je continue de me laisser guider par nos potagers et d’associer ce que la terre offre aux inspirations de ma cuisine natale et de mes voyages », a affirmé le Chef. Certains plats repérés restent à la carte à savoir l’œuf manioc truffes maracuja, récemment rebaptisé « L’œuf Monte-Carlo », « tel un cadeau à Monaco », « Le chocolat de mon enfance », dont l’esthétique a été revue, et « Le lacté d’oseille Buckler », un pré dessert, inspiré de l’acidité des feuilles crues que lui faisaient manger son grand-père dans le jardin. « Personnellement, j’aime innover, mais on ne peut pas les enlever car certains clients viennent exprès pour eux », a-t-il poursuivi. Parmi les nouveautés, on peut citer le « Poulet Madras – Boucan d’Enfer » ou encore la « Belle raviole de langouste, curry eau de coco, huile de Zēbāfē (ndlr : une variété de coriandre sauvage), patate douce au beurre de cacao, gingembre, œufs de truite ».



La table de Marcel, un service en vingt séquences pour huit personnes
Et puis il y a « La table de Marcel », un espace plus intimiste avec une grande table en chêne massif pouvait accueillir huit personnes ou moins, que le Chef Ravin décrit comme « un restaurant dans le restaurant offrant une expérience privilégiée ». La salle se trouve au plus près de la cuisine pour que les clients puissent regarder l’élaboration du menu qui comprend vingt séquences et sera mis en scène, « voire un peu théâtralisé » selon les mots du Chef. Certains plats casseront les codes avec des dégustations « à la main ». Elle sera ouverte tous les jeudis, vendredis et samedis, sur réservation uniquement.

Le logo a lui aussi été changé, il forme toujours deux « B » mais représente à présent une fleur de balisier, ancrant irrévocablement la note caribéenne représentative du restaurant. « Il y a une grosse signification derrière. Le balisier est un arbre très symbolique parce que notre grand écrivain et poète Aimé Césaire, qui a écrit l’histoire de la Négritude, a choisi ce symbole pour représenter son parti politique. C’est l’équipe marketing de la SBM qui l’a trouvé. Ils ont complété l’histoire à merveille et ça montre qu’ils m’ont totalement compris ».





