Le nouveau refuge de la Société Protectrice des Animaux (SPA) de Monaco a enfin été trouvé, et devrait ouvrir ses portes en septembre prochain. C’est sur la commune de Peille que le centre d’hébergement pour chiens et chats abandonnés a été construit. Le projet a été confié à l’agence MBO architecture. Combien d’animaux pourront être accueillis et comment les nuisances sonores seront-elles limitées ? Quels matériaux ont été choisis et quelles sont les spécificités du terrain ? Les explications de Mickle Bourel, architecte du projet.
La commune de Peille a été choisie par la Principauté pour accueillir le nouveau refuge de la SPA de Monaco. La première pierre du bâtiment a été posée par le prince Albert II et la princesse Charlène début septembre 2022. Que pouvez-vous nous dire sur ce site, niché au pied de la forteresse du Mont-Agel ?
Le projet prend place au cœur d’une zone naturelle protégée. Vous pouvez rejoindre le refuge par une petite route communale : la route des Gralhes, qui dessert quelques maisons. Dans cet environnement sauvage à plus de 700 mètres d’altitude, le terrain offre une magnifique vue panoramique qui s’étend de la Baie des Anges aux Alpes. C’est un décor que nous ne pouvons rencontrer qu’ici ! Ce contexte a été prépondérant dans la conception du projet. La première étape était de comprendre ce site. La maîtrise d’ouvrage a réalisé un travail remarquable sur l’étude de la faune et de la flore afin de permettre sa protection. Notre mission était de s’implanter dans le respect des espèces animales et végétales.
Le chantier est-il désormais terminé ?
Le chantier du bâtiment a été réceptionné fin janvier 2024. Les travaux relatifs aux mesures compensatoires environnementales se sont poursuivis au printemps 2024, et toutes les validations réglementaires ont été obtenues. Les utilisateurs peuvent maintenant prendre possession des lieux.
Quelle est la surface globale du centre d’hébergement ?
Si l’on compte les aménagements extérieurs, la surface globale du projet est de 2 340 m2 répartis sur deux étages. Si l’on compte uniquement le bâtiment, la surface est de 1 380 m2. Le bâtiment est découpé en 3 parties, séparées les unes des autres par deux espaces végétalisés et plantés de grands arbres.
Combien d’animaux pourront être accueillis ? Quels ont été les besoins exprimés par la SPA monégasque ?
Le bâtiment peut accueillir jusqu’à 40 chiens. Une zone de quarantaine a été aménagée pour leur arrivée au refuge, comprenant 6 boxes pouvant chacun abriter un chien. Un espace distinct a également été créé pour les chiots. Le refuge dispose aussi de deux chatteries, pouvant héberger environ 50 chats. Une zone pour accueillir les chatons, et une zone de quarantaine, pouvant accueillir 7 chats, a également été mise en place. Par ailleurs, trois boxes ont été spécialement prévus pour les chats qui ne peuvent pas vivre en communauté. Ce qui est important, c’est que chacun de ces animaux dispose d’un espace extérieur dédié.
Avez-vous dû aménager des espaces pour d’autres types d’animaux ?
Effectivement, un espace appelé « Autres animaux » a été aménagé. Il a été conçu pour accueillir divers animaux mais surtout des oiseaux. La SPA nous a indiqué qu’elle recueille de nombreux oiseaux en cage mais aussi des animaux blessés trouvés par des passants en bord de mer.

L’un des défis pour ce refuge est de minimiser les nuisances sonores pour les riverains. Comment avez-vous assuré la tranquillité du voisinage ?
Le bâtiment est entièrement replié sur lui-même. Toutes les activités se déroulent dans des cours intérieures entourées de murs en béton. Les cours extérieurs — que l’on appelle les aires d’ébat pour les chiens — sont équipés de revêtements acoustiques qui absorbent et empêchent la réverbération du son. Nous avons également proposé des bâches acoustiques au-dessus des espaces d’ébats, similaires à celles utilisées dans des stades, pour une protection sonore supplémentaire. Un autre point crucial est l’obligation pour le refuge de se situer à plus de 100 mètres de toute habitation. À ma connaissance, la maison la plus proche se trouve à 150 mètres.
Cette première habitation n’entendra donc pas ou quasiment pas les aboiements ?
Le bruit sera en effet extrêmement limité.
La livraison du bâtiment avait été annoncée pour fin 2023. Les travaux ont pris un peu de retard. Est-ce parce que le terrain était plus complexe que prévu ?
Le refuge est situé dans une zone naturelle. Nous avons donc dû effectuer une veille constante pour assurer la protection de l’écosystème environnant. Un des principaux enjeux du projet a ainsi été de de limiter au maximum les impacts pour que la nature puisse rapidement reprendre ses droits. C’est d’abord pour cette raison que les délais ont été allongés. Ensuite, au moment du terrassement, nous avons eu des surprises. Nous avons rencontré du calcaire très dur et des cavités nous obligeant à trouver des solutions techniques en collaboration avec les entreprises, sans arrêter le chantier. Tout ceci a donc déplacé la livraison de 4 semaines.
Pour ne pas dénaturer le site et ancrer le projet dans son environnement, vous dîtes avoir utilisé des matériaux locaux, notamment de la pierre locale en façade, caractéristique des villages environnants comme Peille, Èze ou encore Saint-Agnès.
Complètement. L’idée principale du bâtiment s’inspire des restanques. Lors de la création d’une restanque, on utilise les pierres présentes sur le site pour ériger un muret. Nous avons souhaité appliquer le même principe. Nous avons conservé de la terre et de la pierre du site, pour les réemployer et s’intégrer le mieux possible dans la pente marquée du terrain. Nous avons donc construit le bâtiment en suivant la pente et les courbes de niveau. La colline se prolonge sur le toit de la SPA, ce qui nous a permis de planter des espèces endémiques. L’objectif est de permettre à la faune et à la flore de reprendre ses droits sur ce terrain. Les pierres issues du terrassement ont donc été utilisées à plusieurs endroits : en couche de forme pour égaliser le terrain avant de construire, en remblais pour combler les terrassements exécutés. Enfin, pour la façade, nous avons conservé une grande partie de ces pierres. Pour le premier étage, nous avons exclusivement utilisé des pierres du site, tandis qu’au rez-de-chaussée, nous avons mélangé des pierres du site avec celles provenant d’un terrassement voisin.



