lundi 25 mai 2026
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    Des chiens de plus en plus mignons… et mal portants

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    Les chiens sont de plus en plus choisis pour leurs particularités esthétiques, ce qui a doucement conduit à une augmentation alarmante des problèmes de santé chez certaines races, sacrifiées sur l’autel du paraître. Conséquences d’une sélection génétique dévastatrice dont les chiens paient le prix fort. Les revers du culte de la beauté canine…

    Il faut croire que personne n’échappe à la culture du paraître de plus en plus prégnante dans notre société, pas même les chiens. Autrefois sélectionnés selon leur utilité pour la conduite de troupeaux, la garde ou la chasse, c’est aujourd’hui leur esthétique qui importe bien (trop) souvent les propriétaires. Plus il est « cute », original ou Instagrammable, plus il a de chance de trouver un propriétaire et plus il peut se vendre cher… Ce que certains éleveurs peu scrupuleux ont bien compris, opérant une sélection génétique qui accentue certaines caractéristiques qui plaisent, quitte à produire des générations de chiens mal portants.

    Naissance des races et des standards

    Cette obsession de beauté se manifeste notamment chez les chiens de races, une notion apparue en 1873 avec la création du Kennel Club à Londres. C’est dans cette organisation que l’on a commencé à fixer des normes précises pour définir chacune d’elles, en commençant par le bulldog en 1876. Ces définitions, appelées standards, listent les critères morphologiques, originaux et transmissibles représentatifs : forme et taille de la tête, du museau, de la truffe, de l’encolure, nature du poil ou encore couleurs de robe. Le standard appartient au pays d’où est originaire la race. Ainsi, celui du berger allemand appartient au club canin allemand, celui du bulldog français à la société française Centrale Canine, celui du cavalier king charles au Kennel club anglais…

    Pour obtenir un chien bien typé (et le pedigree qui va avec), l’animal doit correspondre aux critères énoncés. Les éleveurs s’efforcent donc de conformer les bêtes à ce dernier par une pratique empirique de la génétique (la sélection).

    Alexandre Balzer Central Canine Chiens Animaux
    Alexandre Balzer, président de la société Centrale Canine. © Photo DR

    Sélection génétique dévastatrice

    Le problème, c’est que certains vont trop loin. Encouragés par une demande croissante des propriétaires qui craquent pour certains traits physiques particuliers, ils sélectionnent, pour la reproduction, les chiens hypertypés. Peu importe si ces caractéristiques, une fois poussées à l’extrême, provoquent des problèmes de santé et des souffrances quotidiennes. Le recours à la consanguinité est aussi monnaie courante et permet de changer la morphologie d’une race en quelques générations, tout en l’affaiblissant… « En France, les éleveurs sont formés depuis plusieurs années à ne plus produire de chiens hypertypés. Mais quand il se vendent 5 000 euros alors que le même bien typé n’en vaut que 2000… Il y a aussi l’appât du gain et certains franchissent le pas… », déplore Alexandre Balzer, président de la société Centrale Canine. « On laisse se reproduire des chiens que l’on devrait écarter pour éviter que leurs caractéristiques génétiques exagérées ne se propagent », poursuit-il.

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    © Photo DR

    Bulldogs et carlins sont particulièrement touchés

    Le phénomène est particulièrement important chez les chiens dits brachycéphales (face aplatie) comme les bulldog français et anglais ou le carlin. Au fil des années, pour plaire aux exigences esthétiques des propriétaires, les éleveurs ont fait en sorte qu’ils aient des museaux de plus en plus raccourcis et retroussés et de plus en plus de plis autour des babines. Ils ont ainsi transformé ce petit chien joueur en insuffisant respiratoire chronique incapable de courir et intolérant à la chaleur, souffrant d’un sommeil de mauvaise qualité et parfois des problèmes dentaires et dermatologiques. Le manque d’oxygène chronique finit souvent par provoquer aussi des problèmes cardiaques, si bien que le bulldog français a une espérance de vie d’environ 4 ans et demi, soit 3 à 4 ans de moins que les autres chiens de sa corpulence.

    Des tekels toujours plus longs, des sharpey toujours plus plissés

    Autre race affligée par l’hypertype : le Cavalier King Charles et son apparence juvénile. Le volume de sa boîte crânienne a été sciemment réduit au fur et à mesure du temps. Conséquences : le cerveau n’a plus assez de place ce qui entraîne des maladies comme la syringomyélie, considérée comme une des maladies les plus pénibles chez l’humain. Citons aussi les tekels, toujours plus longs et courts sur pattes, ceci rendant leurs déplacements difficiles et provoquant des problèmes dorsaux. Les sharpey sont quant à eux de plus en plus plissés et ont donc de plus en plus de maladies de peau.

    Les gros chiens ne sont pas non plus épargnés. Prenons l’exemple du berger allemand, dont le dos doit être, selon le standard, légèrement incliné vers l’arrière. Les hypertypés ont pratiquement les fesses par terre et cela s’est traduit par une explosion des paralysies dégénératives du train arrière chez cette race.

    Maltraitance programmée

    Toutes les prédispositions liées aux différentes formes d’hypertypes « entraînent des traitements médicaux à vie ou des corrections chirurgicales parfois complexes », souligne l’Association Française des Vétérinaires pour Animaux de Compagnie (AFVAC). « Le préjudice subi, la répétition des dépenses médicales ou chirurgicales tant programmées qu’imprévues, sont des charges difficilement supportables », poursuit-elle. Le phénomène d’hypertype concernerait entre un tiers et la moitié des chiens dans certaines races. Au début, et avec l’habituation, cela se remarque difficilement, mais après plusieurs générations, le changement morphologique est irréversible. Si l’extrême est sélectionné et se reproduit plus que le standard, génétiquement, la population change d’aspect. L’Académie Vétérinaire de France, dans son avis publié en 2018, souligne que les problèmes de santé associés aux hypertypes peuvent être assimilés à de la maltraitance programmée.

    Chiens mal portants animaux revers culte beauté canine Hypertype

    Sensibiliser le grand public

    Pour endiguer le problème, la première possibilité est de modifier les standards, qui peuvent être révisés (uniquement par le pays d’origine de la race) lorsque l’on remarque une évolution significative de celle-ci ou lorsqu’elle a tendance à devenir hypertypée et que cela entraîne de la gêne ou des souffrances pour l’animal. Ainsi, il y a quelques années, le standard du bulldog français a changé « un nez très court » en « un nez court ». « Lors des expositions canines, par le passé, les juges ont pu mettre en avant certains chiens hypertypés. Aujourd’hui, ils sont formés pour ne surtout pas le faire », ajoute Alexandre Balzer. Certains pays ont pris des mesures plus radicales à l’instar des Pays-Bas. Depuis mars 2019, il est interdit d’y élever des chiens dont le museau est inférieur à la moitié de la taille du crâne. La Norvège a quant à elle carrément interdit l’élevage des très populaires cavalier king charles et bulldog français. « Ils ont interdit l’élevage mais pas la possession, donc ils ont surtout ouvert les vannes de l’importation de chiens que l’on ne peut absolument pas contrôler », considère le président de la Centrale Canine. Cette importation proviendrait pour beaucoup des pays de l’est, notamment d’Ukraine (moins aujourd’hui) et de Russie, qui sont justement « de très grands pourvoyeurs de chiens hypertypés ». « S’il n’y avait pas de demande les éleveurs ne le feraient pas. Moi je pense que le principal effort à faire c’est d’expliquer au grand public ce qu’est un hypertype et de le sensibiliser aux dangers que ça représente pour les chiens », a-t-il poursuivi.

    Tendance : chiens ou accessoires de mode ?

    Sur Instagram ou Tik-Tok, on voit de plus en plus de chiens ultra soignés, taillés comme des nounours ou habillés comme des poupées… Et on peut se demander si transformer nos compagnons à quatre pattes en accessoires tendances leur convient et leur procure du bien-être. Selon Alexandre Balzer, la coupe n’est pas problématique à condition que les chiens ne soient pas sur la table du toiletteur trop souvent et trop longtemps, que ça reste dans leur intérêt. Quant aux vêtements, « au Japon ils adorent ça et ça se développe aussi en Europe dans certains milieux. Là encore, ce n’est pas mauvais en soi si ce n’est pas excessif. Si c’est pour le couvrir de la pluie ou qu’il en a besoin au vu de la température ce n’est pas un problème, en revanche si le chien n’a plus le droit de mettre les pattes dans l’herbe pour ne pas salir son manteau… c’est de la cruauté », explique-t-il. Le président de la centrale canine tient aussi à alerter contre une nouvelle lubie qui vient des Etats-Unis : les concours de peinture sur chien. Ces événements appelés « dog grooming competitions » consistent à transformer les toutous en œuvres d’art vivantes en utilisant des teintures, des accessoires et des techniques de toilettage pour créer des scènes thématiques sur leur pelage. « Ça pour moi, c’est de la maltraitance animale », prévient-il.

    Société Monégasque d'Assainissement SMA

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