jeudi 16 avril 2026
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    « Nous ne sommes pas
    le village de gaulois d’Astérix »

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    POLITIQUE / Les élus de l’opposition Union Monégasque Jean-François Robillon, Bernard Pasquier et Jean-Louis Grinda dressent un premier bilan, 13 mois après les élections.

    La méthode de gestion du conseil national du président Laurent Nouvion ne vous convient pas ?
    Jean-Louis Grinda : Il y a des règles à respecter. Aussi bien lorsqu’il s’agit de la gestion du fonds de réserve constitutionnel (FRC) que de l’organisation du conseil national. Qu’est-ce que c’est que ces gens que l’on engage avec des fonds publics, mais dont on n’a pas les contrats ? Tout ça est fait dans l’opacité la plus complète.

    Mais une commission plénière d’étude a eu lieu à propos du contrat de travail de consultant (voir L’Obs’ n° 128) du conseil national qui vous pose problème ?
    Jean-Louis Grinda : Oui, mais il a fallu attendre le 31 juillet 2013 ! Or, les procès verbaux du conseil national le prouvent : on attend des explications depuis mars 2013.

    Vous avez pu voir ces contrats de travail ?
    Jean-Louis Grinda : Oui. Et cela nous a conduit à faire un signalement au parquet en décembre 2013.

    C’était vraiment la seule solution ?
    Jean-Louis Grinda : Oui. D’ailleurs, on a vu beaucoup de gens pour essayer d’éviter ça. Dont les plus hautes autorités. Avec notamment le ministre d’Etat, Michel Roger.
    Jean-François Robillon : C’est devenu la seule solution parce qu’on a eu des fins de non recevoir aux 6 ou 7 lettres que l’on a envoyées. C’était « circulez, y’a rien à voir ! » Depuis mars, on a quand même attendu 10 mois avant de lancer ce signalement au parquet…

    En fait, vous êtes agressifs ?
    Jean-Louis Grinda : Absolument pas. Si on était agressifs, on aurait agit dès le mois de mars dernier. Donc on n’est pas agressifs. On est raisonnables.

    Pourquoi dire que le conseil national « dysfonctionne » ?
    Jean-François Robillon : Parce que tout « dysfonctionne. » Et notamment le président du Horizon Monaco (HM) du conseil national, Laurent Nouvion. Il ne veut pas d’un cabinet. Et ça pose problème.

    Pourquoi ?
    Jean-François Robillon : Le conseil national a deux activités. D’abord une activité de parlement, avec des réunions, des rédactions de procès verbaux, de lettres… Bref, tout un travail administratif qui est assuré par des fonctionnaires. Or, ces fonctionnaires n’ont aucune raison de rentrer dans un système politicien.

    La deuxième activité du conseil national ?
    Jean-François Robillon : Il s’agit du travail des élus. Et ça, c’est un travail politique qui nécessite l’aide d’un personnel spécifique, lié à la politique.

    Les conséquences ?
    Bernard Pasquier : Le conseil national ne fonctionne plus. Sans cabinet ou sans groupe qui ferait office de cabinet, l’ensemble des fonctionnaires du conseil national devient le cabinet… Du coup, on n’a plus accès aux rapports. Et on ne peut pas parler aux fonctionnaires sans se demander s’ils sont politisés ou non. Alors que ces salariés devraient être considérés comme du personnel administratif qui aide la majorité comme l’opposition. Aujourd’hui, il y a un flou gênant, pour tout le monde.

    A qui profite ce flou ?
    Jean-François Robillon : A personne. C’est « perdant-perdant. » Et on ne sait plus quoi faire.

    Comment en est-on arrivé là ?
    Jean-Louis Grinda : Il y a un an, si Laurent Nouvion avait eu le courage de dire que son directeur de campagne devenait son directeur de cabinet, que se serait-il passé ? On aurait sans doute demandé à Laurent Nouvion pourquoi il engageait un directeur de cabinet qui n’est pas monégasque, alors qu’il prône la préférence nationale. Il y aurait eu un petit débat. Et on en aurait plus jamais parlé.

    Alors pourquoi Laurent Nouvion n’a pas agi ainsi ?
    Jean-Louis Grinda : Je ne le comprends pas. Si des raisons existent, elles se trouveront peut-être dans l’enquête judiciaire que le parquet doit instruire. Mais notre point de vue est partagé par certains élus de la majorité : il faut un chef de cabinet. Si dans tous les pays du monde il y a des cabinets ministériels, pourquoi le président du conseil national de Monaco n’en aurait pas ? On ne va pas réinventer l’eau tiède parce qu’on est en principauté !

    Quels élus HM partagent votre point de vue ?
    Jean-Louis Grinda : Le président de Rassemblement & Enjeux (R&E), Jean-Charles Allavena. Et j’ai aussi l’impression que Jean-Michel Cucchi pense la même chose.

    Comment évoluent les relations entre Laurent Nouvion et Jean-Charles Allavena ?
    Jean-Louis Grinda : On ne peut que souligner la divergence profonde qui existe entre le président du conseil national, Laurent Nouvion, et le président du parti numéro 1 de la majorité HM, Jean-Charles Allavena. Du coup, Laurent Nouvion ne peut désormais survivre qu’en se rapprochant de l’Union pour la Principauté (UP). On voit bien qu’après avoir servi de marchepieds, l’UP sert désormais de béquille à Laurent Nouvion.

    En fait, vous « instrumentalisez » la justice à des fins politiques ?
    Jean-Louis Grinda : Lorsque j’ai demandé des éclaircissements sur ces contrats, je me suis fait écharper par la quasi totalité de la majorité HM. Il n’y a aucun calcul politique de notre part. La justice n’est donc pas « instrumentalisée. »
    Bernard Pasquier : En tant qu’élus, notre responsabilité c’est de nous assurer que l’argent public est dépensé en conformité avec les lois de notre pays. C’est tout.

    Laurent Nouvion estime que cette affaire « ternit l’institution » et son image (1) ?
    Jean-Louis Grinda : Le coupable, c’est celui qui a commis un méfait ou c’est celui qui le dénonce ? Il y a des textes. Respectons-les.

    Mais depuis, Laurent Nouvion n’a pas renouvelé ce contrat ?
    Jean-Louis Grinda : Tout va dépendre de ce qu’il va se passer. On vient de nous dire qu’un juriste fonctionnaire arrive. Mais jusqu’à preuve du contraire, ce n’est donc pas un membre du cabinet. Il viendra épauler le service juridique du conseil national.
    Jean-François Robillon : Si une proposition de loi est rédigée par des fonctionnaires du secrétariat général, il s’agit d’un texte du conseil national et pas seulement des élus de la majorité. Du coup, la signature doit être aussi ouverte à l’opposition. Or, ce n’est toujours pas le cas aujourd’hui.

    Pourquoi ce fonctionnement ?
    Jean-Louis Grinda : Avec les meilleures intentions du monde, Laurent Nouvion a décidé de faire du conseil national sa « chose. » En disant « ça doit fonctionner comme j’ai décidé. »

    Comment vous jugez la politique sur le logement ?
    Jean-Louis Grinda : 13 mois après, le bilan de la majorité HM, c’est -37 appartements. Soit une centaine de personnes pas logées. C’est un fait. Un bloc complet des Tamaris pour l’hôpital, c’est 20 logements de perdus. Et 17 appartements de la tour Odéon transformés en bureaux, ça fait bien 37 logements en moins.

    Mais pour HM, ces 17 appartements sont « inappropriés à l’habitation » (2) ?
    Jean-Louis Grinda : Il faut présenter les appartements de la tour Odéon aux Monégasques. Laissons-les choisir ! S’ils sont refusés plusieurs fois, on en fera autre chose.
    Jean-François Robillon : Je ne dis pas qu’un appartement à Odéon face au mur c’est l’idéal. Mais j’ai le cas d’un divorcé avec trois enfants qui va aller vivre chez sa grand-mère. Peut-être qu’il aurait été heureux de vivre à l’Odéon pendant un ou deux ans…

    Laurent Nouvion a parlé de vendre des appartements domaniaux dans la tour Odéon ?
    Jean-Louis Grinda : L’idée était de vendre les appartements en étages élevés pour financer un projet ailleurs. Or, ce n’est pas parce qu’on gagne 100 millions d’un côté que l’on peut l’affecter comme ça ailleurs. En finances publiques, ce n’est pas possible, ça n’existe pas. Comme pour le reste, Laurent Nouvion prend ses désirs pour la réalité !

    Selon Laurent Nouvion, ces appartements à Odéon « ne remplissent pas complètement leur fonction sociale » ?
    Jean-Louis Grinda : Pour le moment, personne ne connait les loyers et les charges de ces appartements. Laurent Nouvion essaie d’effrayer tout le monde avec ça pour obtenir gain de cause. Dire « vendons ces appartements », c’est considérer qu’ils sont trop beaux pour les Monégasques.
    Bernard Pasquier : Le gouvernement a dit que les loyers seraient proches de ceux des Jardins d’Apolline. Or, personne n’a refusé des appartements aux Jardins d’Apolline…

    Et pour les 20 logements des Tamaris ?
    Jean-Louis Grinda : Si on refuse de vivre dans un appartement parce qu’il est proche d’un chantier, alors il faut faire déménager la moitié de Monaco qui est ou qui risque d’être concerné… En fait, l’objectif était de récupérer le bloc C des Tamaris pour en faire une annexe de l’hôpital. Mais au lieu de dire ça franchement, on préfère dire que les gens vont souffrir à cause du bruit.
    Jean-François Robillon : C’est 3 à 4 millions d’euros de gaspillés. Alors que ces appartements étaient habitables, on va tout casser pour faire de la consultation hospitalière. C’est aberrant.

    Sur l’opération L’Engelin, Laurent Nouvion annonce 22 % de logements supplémentaires, soit entre 135 et 140 appartements ?
    Jean-François Robillon : Mais L’Engelin n’est pas encore construit… On m’accuse de ne rien avoir fait lorsque j’étais dans la majorité. Or, il faut rappeler qu’en novembre 2012 j’ai poussé pour que le gouvernement s’engage à construire Testimonio 2. Et ça a été voté en décembre 2012. Aux Tamaris, on avait obtenu 60 appartements et ils nous en enlèvent 20. Résultat, aujourd’hui, je doute que les Monégasques aient des appartements avant 2019 ou 2020…

    Il manque combien d’appartements ?
    Bernard Pasquier : Il existe un manque. Mais ce manque est difficile à chiffrer avec précision. Les nouvelles familles monégasques, les divorces, les mariages… Tout ça crée une demande d’appartements nouveaux. A cette demande, il faut ajouter ceux qui habitent déjà dans des logements domaniaux. Et puis, il faut savoir que l’offre crée la demande. On s’arrête où ? Dire qu’il faut 250 nouveaux logements chaque année, c’est malhonnête. Parce que si on en propose 500 par an, ils partiront aussi. C’est normal. C’est humain. Donc c’est aux services publics de trouver un juste milieu, sans créer de surenchère permanente.
    Jean-François Robillon : L’Institut Monégasque de la Statistique et des Études Économiques (Imsee) estime qu’il faut environ 70 appartements par an. Or, le territoire n’est pas extensible. Testimonio 2 c’est 100-120 logements, L’Engelin c’est à peu près pareil. Et après ?
    Jean-Louis Grinda : En tout cas, politiquement, la majorité ne peut pas dire « il manque des logements » et en sacrifier 37. Cette position est absurde.

    Que faire ?
    Jean-François Robillon : Il faut reconstruire les vieux immeubles domaniaux en commençant par exemple par l’Herculis et le Bel Air. Ce qui permettra de loger plusieurs centaines de Monégasques. Mais attention : il faudra utiliser quasi exclusivement L’Engelin et Testimonio pour reloger les 200 familles de l’Herculis et du Bel Air pendant les travaux.

    Vous êtes pour le remembrement complet du quartier de la villa Ida ?
    Jean-Louis Grinda : C’est une bonne idée. Mais pour reconstruire une centaine d’appartements, les gens vont devoir quitter leur logement : pendant les travaux, on les met où ? Aujourd’hui, personne n’a de solution.
    Jean-François Robillon : Poser ces questions, ce n’est pas très vendeur. Mais parfois, il faut savoir ne pas être sexy lorsqu’on fait de la politique. Là, on a une majorité hyper sexy. Mais pour faire quoi ?

    Ca va mieux avec la Société des bains de mer ?
    Bernard Pasquier : La majorité HM est passée d’une période où elle s’est beaucoup plaint de la Société des bains de mer (SBM), à une vision plus apaisée. Et je crois que nous n’y sommes pas pour rien. Désormais, on sait que les travaux du Sporting d’hiver auront lieu. Mais on peut se battre sur le projet immobilier et sur la rénovation des plus de 300 chambres de l’hôtel de Paris. Pour financer, il y aura une ouverture de capital de la SBM. Mais l’Etat devrait conserver 60 % contre 54 ou 55 % envisagés au départ. Un peu grâce à nous aussi.

    C’est un énorme chantier ?
    Bernard Pasquier : Pour le Sporting d’hiver, on va dépenser 300 millions d’euros pour réaliser 16 000 m2. En comptant le prix du m2 à 50 000 euros, on arrive à 800 millions. Avec un prix du m2 à 100 000 euros, on arrive à 1,6 milliard. Bref, il y aura donc une très grosse plus-value. Or, si un investisseur entre avant, il prendra une part de cette plus-value. S’il entre après, il ne la prendra pas. Sauf si cet investisseur amène non seulement de l’argent, mais aussi des compétences qui permettront à la SBM de sortir de ce nombrilisme dans lequel elle se complait depuis des dizaines d’années. C’est-à-dire une entreprise qui ne se projette pas à l’extérieur de Monaco. Avec 2 000 chambres, la SBM a du mal à entrer en compétition avec des entreprises qui en gèrent 20 000, 50 000, 200 000 ou 2 millions de chambres.

    La SBM doit changer de stratégie ?
    Bernard Pasquier : Si après les travaux à l’hôtel de Paris on parvient à faire le meilleur hôtel du monde, il faudra s’en servir comme d’un drapeau. Et multiplier ces hôtels dans le monde entier. Ce qui permettra de faire baisser les frais fixes et de donner de l’emploi aux Monégasques. Il faut s’entourer d’experts qui savent comment décliner une marque, comment la vendre…
    Jean-Louis Grinda : La SBM a besoin d’experts avec des compétences dans le luxe et dans les jeux. On fait confiance au prince et à Jean-Luc Biamonti pour faire les bons choix.

    Vous voterez la loi de désaffectation nécessaire aux travaux du Sporting d’hiver ?
    Jean-François Robillon : La loi de désaffectation n’évoque pas seulement la parcelle qui va être désaffectée sur l’avenue princesse Alice. Cette loi contient aussi les conditions financières et les contreparties. L’hôtel de Paris va fermer en octobre. Or, on ne connait toujours pas les termes de cette transaction et notamment ces fameuses contreparties. A priori, on est pour. Mais avant, il faut voir quelles sont les conditions.

    Il faut ouvrir certains casinos 24h/24 comme le propose le directeur des jeux de la SBM, John Galvani ?
    Jean-Louis Grinda : Faisons un test et on verra bien.
    Jean-François Robillon : Si Jean-Luc Biamonti et John Galvani estiment qu’il faut tester cette solution, pourquoi pas ? Que risque-t-on à essayer ? Tant qu’on n’a pas essayé, on ne peut pas dire que ça ne marche pas.

    Mais les salariés ne semblent pas très chauds…
    Jean-Louis Grinda : La SBM est en difficulté. On ne peut pas empêcher cette entreprise de faire des tentatives. Ce n’est pas au conseil national de se mêler de ça. Sinon, on va bientôt nous demander si on est satisfait du menu servi au Café de Paris ! C’est absurde. Laissons les dirigeants faire leur travail et convaincre leurs salariés.

    Votre vision de l’Europe ?
    Jean-François Robillon : Sur le rôle du conseil national à l’étranger, Stéphane Valeri puis moi-même, on a travaillé pour prendre une place à l’extérieur. A leur niveau, les représentants du conseil national ont une place à occuper à l’extérieur de la principauté. Je ne parle pas seulement du Conseil de l’Europe, mais aussi de toutes les assemblées parlementaires. Les élus doivent prendre la parole pour rappeler des vérités sur Monaco et montrer que même si on est un petit pays, on existe.

    Un exemple ?
    Jean-François Robillon : L’Union pour la Méditerranée (UPM) car Monaco est un pays méditerranéen. Plutôt que de jouer la politique de la chaise vide comme c’est le cas depuis que Laurent Nouvion est président du conseil national, on a un rôle à jouer. Car une voix est une voix. De plus, cela permet de former nos conseillers nationaux qui doivent pouvoir discuter avec leurs homologues étrangers. Tout ça à leur niveau. Car on n’est évidemment pas là pour prendre des décisions sur la politique étrangère du pays. Il y a une constitution et on la respecte.
    Bernard Pasquier : Monaco est membre d’une demi-douzaine d’organisations : l’UPM, le Conseil de l’Europe, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), l’Union Interparlementaire (UIP)… Pourquoi entrer dans ces organisations si c’est pour laisser une chaise vide ? C’est une politique « petit bras » qui ne fait pas honneur à notre pays.

    Toute la majorité HM est concernée ?
    Bernard Pasquier : Une partie de la majorité estime qu’être présent dans ces organisations internationales ne sert à rien. D’ailleurs, ils ont empêché Nathalie Amoratti-Blanc de se rendre à New York voir le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon. Alors que cette élue de la majorité est vice-présidente de la commission des relations extérieures et déléguée pour l’UPM. Elle était furieuse ! Tout ça ne les intéresse pas. Ils pensent que c’est du tourisme parlementaire.

    Vous êtes surpris ?
    Jean-Louis Grinda : Non. Parce que tout ça, c’est la mise en pratique de ce que HM a dit pendant la campagne électorale : « On veut rester entre nous, avec nos sous. » Or, c’est une politique du passé qui nous amènera droit dans le mur. Aujourd’hui, l’attitude anti-européenne de la majorité HM est telle, que Monaco est représenté à la commission de suivi de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) par Bernard Pasquier, c’est-à-dire par un élu de l’opposition ! Il a été élu fin janvier trésorier et membre du bureau du groupe politique de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE).
    Bernard Pasquier : Jean-Charles Allavena est membre de droit de cette commission. Mais il ne vient pas.

    Comment expliquer cette position de HM sur l’Europe ?
    Bernard Pasquier : Malheureusement, la position de HM est en train de gagner du terrain dans beaucoup de pays européens. Si on compare la position de Laurent Nouvion et de son équipe sur l’Europe avec celle de Marine Le Pen, on peut voir énormément de points communs. Si on la compare avec le député néerlandais d’extrême droite Geert Wilders, chef de file du Parti pour la liberté (PVV), on voit que c’est aussi assez proche. Ce que je constate, c’est qu’au Conseil de l’Europe, nous, c’est-à-dire Monaco, on est aligné avec ces gens-là.

    Les conséquences ?
    Bernard Pasquier : Quand il faut voter contre le premier ministre conservateur hongrois Viktor Orbán qui est en train de faire des ratonades contre les juifs et voter des sanctions, on vote contre. D’un côté, on a un prince humaniste qui se bat pour projeter une image ouverte de Monaco, un pays écologique, qui respecte les droits de l’homme et qui se bat contre la pauvreté. Et de l’autre, il y a ça…
    Jean-François Robillon : Surfer sur la peur des gens, c’est dangereux. La peur fait toujours réagir les gens de manière trop brutale.
    Jean-Louis Grinda : La majorité HM répète que Monaco va être broyé par le « rouleau compresseur » européen. C’est une vision terriblement rétrograde qui est en plus en contradiction totale avec l’histoire des souverains de la principauté. Et même avec l’histoire de l’économie de notre pays.

    Mais il y a des risques pour Monaco ?
    Jean-François Robillon : Le supposé « rouleau compresseur » sera bien pire si Monaco n’est pas associé à l’Union Européenne (UE). Je dis bien « associé. » Je ne dis pas « membre. » C’est en s’ouvrant que la principauté s’en sortira. Pas en se refermant.
    Jean-Louis Grinda : Nous ne sommes pas le village de gaulois d’Astérix. Nous devons évoluer, comme l’a voulu le prince Rainier en 2002. Pendant la campagne électorale, les attaques de HM (3) contre les élus qui siégeaient au Conseil de l’Europe ont été indignes. Ils ont parlé de « haute trahison » : ce mot-là nous ne le pardonnerons jamais tant qu’il n’aura pas été suivi d’excuses. C’est une flétrissure sur la principauté.

    Le conseiller pour les relations extérieures, José Badia, a évoqué un « accord spécial » pour Monaco face à l’UE ?
    Jean-François Robillon : Monaco a répondu à une demande de la commission européenne. Un statut spécial doit être trouvé pour Monaco. Il faut donc attendre la proposition de l’UE. Car la principauté a besoin de pouvoir vendre en Europe les produits fabriqués sur son sol. Il est plus risqué de rester à l’écart du mouvement européen, que d’y être associé.
    Bernard Pasquier : L’Europe, c’est 500 millions de personnes. Monaco c’est 35 000 personnes, dont 8 000 Monégasques. Bien sûr, il faut faire attention et rester vigilant. Mais dire que l’Europe va nous bouffer, c’est faux.

    Comment préserver la « préférence nationale » ?
    Bernard Pasquier : Il existe des solutions. Comme par exemple en utilisant des conventions d’agrément. Ce qui existe d’ailleurs déjà en France. Par exemple, un Allemand ne peut pas être notaire en France.

    Pourquoi vous protestez à propos de la loi sur le handicap ?
    Jean-Louis Grinda : On est contre la scission en deux de la loi sur le handicap. C’est quelque chose qui a été voulu par la majorité et par Laurent Nouvion. Ce retard est honteux ! Cette loi sur le handicap est prête depuis 2012. Il s’agit d’une manœuvre dilatoire, peut-être pour faire passer des intérêts que nous ne connaissons pas encore. Nous verrons bien. Heureusement qu’on est intervenu en séance publique pour protester. On nous a indiqué que la deuxième partie de ce texte sera prête dans 8 ou 10 mois.

    C’est vrai que vous êtes peu présents en commissions ?
    Jean-Louis Grinda : Avec 3 élus, on ne peut pas être partout. Mais on est présent à l’environnement, aux finances, aux relations extérieures, en commission des intérêts sociaux et des affaires diverses (Cisad), à la famille, au logement, à l’éducation, au placement des fonds… La seule commission où on n’est pas, c’est la législation.
    _Propos recueillis par Raphaël Brun

    (1) Voir l’interview du président Horizon Monaco (HM) du conseil national, Laurent Nouvion, publiée dans L’Obs’ n° 129.
    (2) Voir l’interview de l’élu HM et président de la commission du logement Jean-Michel Cucchi et du président de l’UP, Patrick Rinaldi dans Nice-Matin le 24 février 2014.
    (3) En meeting, le 22 novembre 2012, Jean-Charles Allavena a visé Jean-Charles Gardetto et Bernard Marquet dans le cadre de l’affaire de la commission de Venise (voir L’Obs’ n° 115)  : « Est-il possible, lorsque l’honneur et l’intérêt de son pays sont en cause, de prétendre être tenu par le secret d’une délibération ? N’est-ce pas ça que l’on appelle la haute trahison ? On peut tolérer l’incompétence, mais pas la trahison. Alors puisqu’ils n’ont pas eu la décence de présenter leur démission, c’est à vous, électeurs monégasques, qu’il reviendra le 10 février prochain de les éconduire de ce conseil national dont ils ne sont pas dignes. »

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