SOCIETE / A Monaco, le métier d’architecte possède des spécificités par rapport aux autres pays qui lui donnent un autre visage. Explications.
« Architecte, c’est un peu comme être un chef d’orchestre. » C’est comme ça que Patrick Raymond, président du conseil de l’ordre des architectes de Monaco définit sa profession. Car en plus du dessin, plusieurs corps de métier et d’ingénierie entrent en ligne de compte. « Toute la partie autour des études est pluridisciplinaire », souffle Jean-Michel Ughes, vice-président du conseil de l’ordre des architectes de Monaco. « Il faut avoir la capacité de comprendre tout ce qui concerne l’acte de construire en s’appuyant sur les gens autour de nous, afin de pouvoir aiguiller l’acte de construire stratégiquement », explique Patrick Raymond. Un métier complexe avec des spécificités liées à Monaco.
Assurance
« En principauté, le métier d’architecte ne peut être pratiqué qu’en nom propre. Alors qu’en France, par exemple, on peut créer une société d’architecture », précise Raymond. Ce qui implique aussi la souscription d’une assurance. Car à Monaco la loi fait de l’architecte en personne le responsable de l’acte de construire. Il est aussi le seul habilité à s’exprimer en cas de problème. Et comme le précise le secrétaire de l’ordre Alexis Blanchi, « le contexte juridique à Monaco nous oblige à une implication du début à la fin d’un projet. C’est très enrichissant, parce que les architectes monégasques acquièrent un niveau de compétences techniques très important. »
HQE
À Monaco, l’exiguïté du territoire impose des contraintes que l’on ne voit que rarement ailleurs. « Le terrain est difficile. De plus, il faut régulièrement créer des sous-sols. Ce qui pose des problèmes de stabilité qui peuvent aussi s’étendre aux voisins, » ajoute Raymond. Et puis, il y aussi les normes liées à l’environnement.
L’engagement du prince Albert dans cette voie pousse les nouvelles constructions à adopter la norme Haute Qualité Environnementale (HQE). Le bâtiment du conseil national, conçu par Jean-Michel Ughes, a été conçu selon cette norme HQE. Autre point important, la mixité des programmes, comme l’explique Patrick Raymond : « Dans le cadre d’une construction, on doit souvent faire face à 2, 3 voire 4 programmes différents à insérer dans le même bâtiment, qui s’empilent les uns sur les autres à la verticale. » Même chose pour le nouveau lycée technique « où on trouve un parking, un gymnase, un auditorium et des salles de cours » ajoute Blanchi.
Collaboration
Les architectes étrangers peuvent venir travailler en principauté, mais uniquement en collaboration avec un confrère inscrit à l’ordre des architectes de Monaco (voir encadré). « Un contrat d’architecte s’étend de la conception jusqu’à la fin des travaux. Il régit des tâches et des missions. Dans le cadre d’une collaboration avec un confrère étranger, la demande d’association est envoyée au ministre d’Etat qui l’envoie pour avis au conseil de l’ordre des architectes, » explique le président du conseil. L’association entre les deux architectes doit se faire sur une répartition des tâches, avec un minimum de 50 % réalisée par l’architecte monégasque.
« Fiscal »
Si beaucoup d’architectes internationaux viennent travailler en principauté, à l’image du cabinet Foster, en association avec Alexandre Giraldi, sur le Yacht Club, la réciproque est possible. Mais pas spécialement avantageuse, comme le souligne Patrick Raymond : « Si on veut travailler en France, on doit s’associer avec un confrère français. Par contre on n’est pas régi selon le même système fiscal, puisque cela fonctionne sur la retenue à la source. C’est une retenue de 33 % sur le chiffre d’affaires. Du coup, travailler en France est assez prohibitif pour nous… »
Travail
Problèmes de rentabilité lorsqu’ils travaillent en France, manque de chantiers d’envergures à Monaco… Rien n’est simple selon Jean-Michel Ughes : « Le métier d’architecte est un métier avec une activité en dents de scie. On n’a pas toujours de grosse opérations. Alors heureusement qu’il y a du travail avec des opérations de moindre envergure pour compenser un peu. Mais le territoire est petit. Et il est de plus en plus difficile d’avoir un travail régulier sur le long terme. »
Autre problème : les architectes n’ont pas le droit de faire de publicité. « Le conseil de l’ordre et son règlement intérieur nous obligent à ne pas nous faire concurrence sur le plan financier. Du coup, on ne peut faire de publicité », explique le président de l’ordre. Voilà pourquoi il devient obligatoire de miser sur la diversification en misant par exemple sur l’architecture d’intérieur. Un statut qui n’existe pas à Monaco, où il est simplement question de « décorateur d’intérieur. » Mais les architectes inscrits à l’ordre en font de plus en plus, n’hésitant pas à dessiner des meubles ou autres. Un signe des temps.
_Romain Chardan
Conseil de l’ordre /
Comment ça marche ?
Pour être architecte en principauté, il faut adhérer au conseil de l’ordre des architectes de Monaco. Ce conseil est organisé autour d’un président (Patrick Raymond), d’un vice-président (Jean-Michel Ughes), d’un secrétaire (Alexis Blanchi) et d’un trésorier (Natacha Morin-Innocenti). Pour y adhérer, trois conditions sont nécessaires : être titulaire d’un diplôme d’architecte reconnu à Monaco, être Monégasque et disposer d’une adresse professionnelle à Monaco. Actuellement, 16 architectes sont membres et deux sont sur le point de rejoindre le conseil de l’ordre. L’équipe dirigeante est élue pour 3 ans. Chaque dirigeant est élu individuellement par un vote à la majorité. Un cinquième vote est nécessaire pour élire un représentant (en plus du président) au Comité Consultatif pour la Construction (CCC). La mission du bureau est « de défendre la profession, en étant le représentant de chaque confrère et consœur devant les institutions auxquelles la profession est liée. L’ordre des architectes est également un organe administratif qui a le pouvoir de représenter l’architecte concerné vis-à-vis de la justice en cas de différend, » explique Patrick Raymond. _R.C.
Trombi /
Who’s who
Patrick Raymond, président du conseil de l’ordre
Ce fils d’architecte né en 1971 est inscrit à l’ordre depuis 1998, année où il a décroché son diplôme. Après quelques petites opérations en 1998 et 2002, il a ensuite travaillé sur le centre de gérontologie, un chantier qui a duré jusqu’en 2013.
Jean-Michel Ughes, vice-président du conseil de l’ordre
Déjà membre de l’ancien bureau, Jean-Michel Ughes a obtenu son diplôme en novembre 2001 et a commencé à travailler en avril 2002. Profitant d’associations « junior/senior » sur des opérations publiques comme la construction de logements domaniaux, Ughes a pu s’imprégner rapidement des spécificités locales. Il a réalisé le nouveau bâtiment du conseil national et a aussi participé à l’opération sur le Balmoral en collaboration avec le français Alain-Charles Perrot.
Alexis Blanchi, secrétaire du conseil de l’ordre
Le benjamin du groupe. Né en 1976 et en activité depuis fin 2003, il a commencé par effectuer des stages au sein d’institutions comme les Travaux Publics (TP) afin d’en comprendre le fonctionnement. Après avoir travaillé sur le remembrement et la conception du chantier du Monte-Carlo View, Alexis Blanchi a participé à la création du nouveau lycée technique avec Rainier Boisson, un autre architecte monégasque. Il s’intéresse aussi à l’architecture d’intérieur.
