POLITIQUE / La majorité Horizon Monaco du conseil national insiste : le logement des Monégasques doit être une priorité du gouvernement. Union Monégasque et Renaissance ont des doutes sur le nombre d’appartements livrés d’ici 2015.
La couleur a été annoncée le 17 juillet dans les colonnes de Monaco Matin, dans lesquelles se trouvait une interview de Michel Roger, le ministre d’Etat. L’occasion de détailler les dernières avancées et décisions en ce qui concerne le logement des Monégasques et d’annoncer la livraison de « 528 logements d’ici 2015. » Une information corrigée lors de la conférence de presse du gouvernement deux jours plus tard, où Michel Roger a précisé que ces 528 logements comprenaient Testimonio II et le projet immobilier qui sera situé au jardin exotique. Et que du coup la date de livraison annoncée, c’est-à-dire 2015, n’était pas exacte.
Exotique
Mais la principale info reste la construction d’un immeuble du côté du jardin exotique. Environ 110 logements vont ainsi sortir de terre d’ici 2017. Situé dans le prolongement du parcours de santé Vita, cet immeuble sera accompagné de parkings et permettra également la création de nouveaux emplacements de stationnement. Ce qui aura une importance certaine pour le Nouveau musée national de Monaco (NMNM), comme l’a indiqué le ministre d’Etat dans son entretien accordé au quotidien de la principauté.
A l’occasion d’une conférence de presse, toujours au mois de juillet, le président Horizon Monaco (HM) du conseil national, Laurent Nouvion, a salué « la décision du gouvernement princier de construire un nouvel immeuble domanial qui n’empiète pas sur le parcours Vita, mais qui est un immeuble pluri-fonctionnel : il répond à la demande en matière de logements domaniaux, avec des parkings importants, et un réaménagement de la zone avec un rond point qui devrait considérablement améliorer la sortie. »
« Impropres »
A noter qu’« une liaison mécanique afin de faciliter l’accès à la partie haute de l’avenue Hector Otto » est aussi prévue. Un point sur lequel est également revenu Laurent Nouvion, en précisant que cette liaison avait déjà « fait l’objet de nombreuses demandes, y compris auprès de nos prédécesseurs. » Pour occuper le rez-de-chaussée et le premier étage de l’immeuble, considérés comme « impropres à l’habitation » par certains élus, « il y aura des espaces de bureaux de 1 500 m2. Nous réfléchirons également ensemble à la possibilité de mettre des commerces de quartier, parce qu’à cet endroit il y a beaucoup d’habitants », a précisé le président du conseil national.
Hausse
En parallèle, le projet Testimonio II a aussi évolué. Prévu à l’origine avec 100 appartements, le total a finalement été porté à 125 logements. Une annonce faite par le ministre d’Etat, que le président HM de la commission du logement, Jean-Michel Cucchi, a apprécié : « Le gouvernement nous a confirmé sa volonté d’être maître de ce projet, afin de pouvoir réaliser un grand parking et d’augmenter la quantité d’appartements domaniaux construits. » En ce qui concerne la livraison, il patientera jusqu’en 2019-2020, à cause « du sous-sol et du sol qui imposent des contraintes techniques assez complexes afin de pouvoir bâtir de grandes surfaces de parkings. »
Mais si le nouveau projet du jardin exotique et la nouvelle mouture de Testimonio II permettront de gagner des logements domaniaux, d’autres immeubles vont en perdre.
Ré-organisation
Premier bâtiment touché, le bloc C de l’immeuble les Tamaris. Afin d’améliorer les services, notamment des urgences, du Centre hospitalier princesse Grace (CHPG) et en attendant la livraison en 2022, 20 appartements des Tamaris serviront à accueillir des services de consultation. Jean-Michel Cucchi précise d’ailleurs que ce devrait être les « consultations d’orthopédie, à côté des urgences », qui devraient intégrer le bloc C des Tamaris. Le président de la commission du logement, également président de l’ordre des médecins, y voit aussi la possibilité de « ré-organiser les urgences et d’y fournir un meilleur accueil », collant ainsi à la position affichée par Michel Roger. Autre projet : la création d’une unité de soins palliatifs.
Le conseiller pour les affaires sociales et la santé, Stéphane Valeri, a précisé que cette unité existe déjà « mais qu’elle est mobile, au CHPG et dans les centres de retraites. » Lors de sa prise de fonction en 2010, « le futur CHPG n’avait pas d’unité de ce type de prévue » et que sa création a été validée en 2011, a rappelé Valeri.
« Palliatifs »
Si la majorité HM est optimiste, le gouvernement est plus prudent. Si « l’espace dégagé au bloc C devrait permettre par un jeu de déplacement de surface, de pouvoir offrir le plus rapidement possible cette unité de soins palliatifs », le conseiller aux affaires sociales et à la santé a ajouté : « Oui, il y a la volonté. Mais je pense qu’il y a quelques annonces un peu prématurées pour le moment, notamment au niveau des délais. L’espace gagné, c’est aussi une de mes idées : il s’agit d’imaginer une ré-organisation interne au centre hospitalier qui nous permettrait de dégager une dizaine de lits dans des délais beaucoup plus proches que le futur hôpital. Mais attention : c’est très complexe. Parce que pour trouver ces lits, il faut déménager d’autres services. Donc je peux comprendre, parce que je partage cette volonté, que certains élus parlent déjà de cela. Mais il faut rappeler que ce n’est pas encore acté dans le temps. Parce qu’on n’a pas encore trouvé de solution satisfaisante. »
Odéon
En plus du bloc C des Tamaris, la tour Odéon va elle aussi perdre quelques logements prévus pour l’Etat. Environ 10 %, selon la majorité HM du conseil national. Selon le ministre d’Etat, « une quinzaine d’appartements » sont impropres à l’habitation. Situés entre les niveaux 0 et 6, ils offrent une « vue sur un mur. » Ce qui a poussé le conseil national à demander « à ce que les appartement perdus soient compensés ailleurs. D’où la modification du projet Testimonio II. » La réaction du gouvernement a été simple : transformer ces surfaces perdues pour le logement en bureaux.
Dans la tour Odéon, « 3 000 m2 de surfaces commerciales, plus les appartements qui deviendront des bureaux vont faire l’objet d’une commission d’attribution », a ajouté Laurent Nouvion. Un projet de loi concernant le désenclavement du quartier est d’ailleurs à l’étude.
Ida
Autre dossier chaud : la villa Ida. Cette opération a été « provisoirement suspendue », a annoncé Michel Roger en conférence de presse le 19 juillet. Les conseillers Castellini et Gramaglia ont rencontré le collectif Grand Ida, présidé par Simone Commandeur, une première fois au mois de juillet. Un deuxième rendez-vous est déjà fixé, mi-septembre.
Au conseil national, l’élu HM, Jean-Charles Allavena, a souligné qu’il était « satisfaisant et intéressant de voir que d’une position figée, le gouvernement a accepté de ré-ouvrir un dialogue. » Alors que Jean-Michel Cucchi relativisait le possible retard de l’opération : « Au pire, cette opération aura été retardée de 6 mois », dans le cas où rien ne serait finalement changé par rapport au projet de départ qui prévoit la construction de 32 appartements pour loger des enfants du pays. Au mois de juin, Cucchi avait été clair : « Je considère que l’idée du projet est excellente, sa finalité aussi. Mais la réalisation est catastrophique. »
Inquiétudes
Du côté de l’opposition Union Monégasque (UM), on reste prudent. Car les annonces du gouvernement n’ont pas tout à fait calmé les inquiétudes de l’élu Jean-Louis Grinda qui estime que les 528 appartements annoncés par le gouvernement sont à réévaluer au filtre de plusieurs inconnues : « La perte de 20 appartements sur le bloc est des Tamaris est grave parce que ce sont surtout des deux pièces. Or, ce sont les surfaces les plus recherchées par les jeunes Monégasques. » Pour Renaissance, son président, Claude Savoca se demande si ces 528 logements répondent vraiment « aux besoins des familles, en termes de quantité, mais également en termes de type d’appartement. Est-ce que toutes les familles, familles recomposées incluses, disposent bien d’une chambre par enfant ? »
La relance du projet Testimonio II soulève aussi quelques réserves dans la mesure où il n’est pas « finalisé bien que le gouvernement se soit engagé au budget primitif 2013 à le mettre en chantier rapidement. Et ce d’autant plus qu’une diminution drastique des crédits d’étude vient d’être proposée au budget rectificatif 2013 », estime Grinda. Même le passage annoncé de 100 à 125 appartements sur ce chantier ne convainc pas complètement cet élu d’opposition : « Quand vont débuter les travaux si on retarde systématiquement les études ? Avant de dire 100 ou 125, et pourquoi pas 200 appartements, il faudrait avant tout réaliser les études et passer à la construction. »
« Anormal »
Après avoir rappelé que le projet des Agaves II était actuellement « au point mort », Jean-Louis Grinda souligne que le projet du boulevard du jardin exotique est « reproposé après une première présentation en 2003-2004. De toute façon, sa construction ne pourra pas commencer avant un an au moins. Donc on sera hors délais pour 2015. Le compte des 528 appartements pour 2014-2015 risque fort de ne pas être atteint. C’était pourtant un engagement clair du gouvernement lors du vote du budget primitif 2013… »
Quant aux Tamaris et à la tour Odéon, avec moins d’appartements domaniaux que prévus au départ, ce n’était pas une fatalité pour UM et Grinda qui réclament d’ailleurs des « compensations en surfaces habitables pour répondre aux engagements des promoteurs » parce qu’il est « anormal que des surfaces inhabitables aient été construites pour constituer le quota des 117 appartements domaniaux. » Claude Savoca tempère : « L’architecture de la tour Odéon rendait certains locaux impropres à un usage d’habitation. Il a donc été décidé de les destiner à un usage commercial. On ne peut donc pas blâmer ce choix. Quant aux Tamaris, il semblerait qu’il s’est avéré indispensable de récupérer de l’espace pour les services d’urgence du CHPG. Cela est-il critiquable ? Je pense néanmoins que ce point aurait pu être anticipé. »
« Mixte »
Quant au remembrement du quartier situé autour de la villa Ida, Jean-Louis Grinda rappelle que ce projet proposé à l’époque par le ministre d’Etat Jean-Paul Proust, avait été dénoncé par Jean-François Robillon, devenu aujourd’hui élu d’opposition UM : « Un remembrement incluant les immeubles adjacents, jusqu’à et y compris le FAR, a été proposé alors et tout de suite balayé d’un revers de la main par le gouvernement de l’époque. Le président Robillon avait d’ailleurs alerté le gouvernement actuel sur le souhait de certains propriétaires de mettre à disposition leurs surfaces dans une opération mixte l’an passé. » Du coup, pas question de critiquer aujourd’hui l’éventualité d’une relance du projet de remembrement complet de ce quartier. L’opération serait alors gagnante pour tout le monde, estime Grinda : « L’Etat qui construira des appartements domaniaux pour les Monégasques, les propriétaires qui retrouveront leurs surfaces neuves et les enfants du pays qui pourront bénéficier de surfaces nouvelles sur les extensions de droits à bâtir. » Pas convaincus par les engagements pris par le gouvernement jusqu’en 2015, UM reste encore plus sceptique pour la période 2013-2023 : « Dans 10 ans, on risque d’être dans le rouge… » prédit Jean-Louis Grinda.
« Compliqué »
Du côté de Renaissance, on estime aussi que le projet Ida n’est pas assez ambitieux et doit être revu à la hausse : « Dans ce projet, la construction de 32 logements semble insuffisante par rapport à l’investissement réalisé. Autant remembrer tout le quartier pour envisager une construction plus ambitieuse », lance Claude Savoca.
Pourtant, même si les chiffres donnés par le gouvernement se veulent rassurants, Renaissance affiche quelques doutes : « La projection du gouvernement fait apparaître un excédent d’appartements pour les années à venir, mais elle date déjà de 2011… Je reste sceptique sur la certitude de loger tous les ménages dans les domaines dans les années à venir. » En évoquant une « société en pleine mutation » et la crise, le président de Renaissance estime que la projection mathématique du gouvernement doit donc être prise avec des pincettes : « Il faut aussi penser aux Monégasques qui décident de revenir en principauté ou qui sont victimes de difficultés financières. » Mais ce sont les critères d’attribution de ces logements domaniaux qui sont pointés du doigt par Savoca : « La plupart des Monégasques qui se voient refuser un appartement dans le secteur domanial ne comprennent pas. Ce système est compliqué et noie bien souvent la prise de position de la Commission d’attribution. Ce qui met en cause sa crédibilité auprès des Monégasques. Je souhaite que les attributions soient transparentes, qu’il soit expliqué clairement aux Monégasques la raison du refus sans se cacher derrière l’insuffisance du nombre de points. »
_Raphaël Brun et Romain Chardan
« A Monaco, aucun bâtiment n’est protégé »
POLITIQUE / La liste Renaissance réclame une consultation publique pour demander aux Monégasques et aux résidents s’ils souhaitent le vote d’une loi pour davantage protéger le patrimoine de la principauté. Interview du président de Renaissance, Claude Savoca.
La protection du patrimoine, c’est un sujet politique ?
Pas du tout. La culture n’est pas un sujet politique. Or, il serait temps de protéger certains bâtiments remarquables car ils font partie du patrimoine monégasque. Renaissance est un peu le seul groupe politique à se mobiliser sur ce sujet.
Union Monégasque et Horizon Monaco parlent moins de ce sujet ?
Oui, parce que le mercantilisme écrase la culture. Mais certains élus, comme par exemple Jean-Louis Grinda pour UM, partagent notre point de vue. Je regrette que pendant la campagne, UM et HM aient passé leur temps à s’égratigner plutôt qu’à aborder les véritables sujets de fond. Parce que la destruction de certains bâtiments est un sujet important. Mais le lynchage médiatique a été préféré à la réflexion.
Le patrimoine n’est pas protégé en principauté ?
Non. A Monaco, aucun bâtiment n’est protégé. Pas plus le palais, que le Sporting ou le musée océanographique. Il devient urgent de faire quelque chose.
Pourquoi ?
Avant le Sporting, il y avait à sa place le palais des Beaux-Arts. Un magnifique bâtiment construit en 1891 qui a finalement été rasé en 1930 parce qu’à l’époque, on cherchait à attirer une nouvelle clientèle composée notamment de Russes et d’Anglo-Saxons. Du coup, on a construit le Sporting d’hiver et créé à l’intérieur un cercle privé sur le modèle de ce qui se faisait à Londres.
Mais certains trouvent que le Sporting d’hiver est un bâtiment moche !
Sa couleur d’origine, c’est blanc. Or, depuis 1980, le Sporting d’hiver est le seul bâtiment qui n’a jamais été rénové. Il n’y a rien eu. Pas de travaux, aucune rénovation. Voilà pourquoi aujourd’hui ce bâtiment n’est plus blanc, mais gris ! Et puis, il y a aussi le problème des jardins.
Leur particularité ?
Des jardins comme ceux du casino sont le poumon de Monaco. D’ailleurs, lorsque des touristes viennent à Monaco, la première chose qu’il font, c’est venir sur la place du casino pour faire des photos. Mais lorsqu’à la place de ces jardins il y a aura quatre tours en verre, est-ce que ça sera vraiment la même chose ?
Mais les arbres seront tous replantés ?
Dans 4 ou 5 ans, les arbres centenaires qui auront été enlevés pour un coût d’environ 500 000 euros seront replantés. Mais environ 15 % ne survivront pas. Bref, ce n’est pas très écolo… De plus, cette réduction des espaces verts est en pleine contradiction avec le discours environnemental de la principauté. Je rappelle que Monaco a financé des zones de reboisement à l’extérieur de son territoire.
Les espaces verts monégasques sont vraiment en danger ?
Comment peut-on supprimer les ¾ des jardins du Casino qui sont les poumons de Monte-Carlo, voire de la principauté ? Au milieu des buildings, c’est encore, certes pour très peu de temps, le seul espace où on peut encore respirer. Bientôt, les serres du jardin exotique vont laisser la place au tunnel descendant. Que restera-t-il de notre patrimoine en espaces verts ? Le jardin princesse Antoinette et les jardins Saint-Martin. C’est tout.
L’ouverture du capital de la SBM et l’endettement pour financer les chantiers du Sporting et de l’hôtel de Paris à hauteur de 680 millions, c’est la bonne solution ?
A ce jour, le 24 juillet 2013, c’est la solution qui semble la moins mauvaise bien qu’elle semble insuffisante. Sous réserve, bien entendu que l’Etat reste majoritaire à 55 % au minimum.
La presse économique annonce l’éventuelle entrée de Dmitry Rybolovlev au capital de la SBM ?
On n’est pas au courant. Mais c’est une piste. Pourquoi pas ? Tout est possible.
L’exemple du Balmoral démontre que l’immobilier, ça rapporte de l’argent à la SBM ?
Au départ, le conseil d’administration était contre l’achat du Balmoral qui a finalement été bouclé pour 38 millions d’euros. Après 50 millions de travaux, la SBM a construit une quinzaine d’appartements, dont le plus petit fait environ 350 m2. Aujourd’hui, ces résidences hôtelières rapportent environ 15 millions par an. Du coup, aujourd’hui, on s’écarte de plus en plus des métiers d’origine de la SBM qui sont l’hôtellerie et les jeux pour se lancer dans l’immobilier. Si la SBM vendait le Balmoral, elle encaisserait environ 250 millions.
Quand le président délégué de la SBM, Jean-Luc Biamonti, indique qu’il peut lancer les travaux sans passer par le conseil national, comment vous réagissez ?
La guerre entre le président du conseil national, Laurent Nouvion et Jean-Luc Biamonti est inacceptable. C’est une querelle personnelle. Mais la position de notre président délégué démontre le peu de pouvoir qu’a le conseil national aujourd’hui. Ca montre aussi combien, dans l’esprit de certains, le conseil national est négligé. C’est un manque de considération. Or, le conseil national c’est quand même la représentation des Monégasques. Au fond, ce sont les Monégasques qui doivent être consultés. Le Sporting et la place du casino appartiennent à tous les Monégasques. Parce qu’il ne faut pas oublier que la SBM est une entreprise nationalisée. Ce n’est pas une entreprise privée.
Le conseil national peut vraiment peser sur les grandes décisions ?
Le conseil national peut mobiliser. C’est son rôle.
Votre opinion sur le projet de rénovation de l’hôtel de Paris ?
On ne sait pas avec exactitude ce qui va être fait. Mais il semblerait que la façade de l’hôtel de Paris soit conservée. Il a été possible de sauver la façade du palais de la Méditerranée à Nice. Du coup, la même chose sera réalisable en principauté. Le problème, c’est que les fondations de l’hôtel de Paris qui datent de 1864 ne permettent plus de supporter la charge actuelle. Donc on nous dit que pour des raisons de sécurité, il n’y a plus le choix : il faut lancer des travaux dans cet hôtel.
Ce que vous réclamez aujourd’hui ?
On souhaite la création d’une loi sur le patrimoine historique, qui permettrait de classer certains monuments ou bâtiments. Car aujourd’hui, aussi incroyable que ça puisse paraitre en 2013, le casino de Monte-Carlo n’est pas classé, puisque ça n’existe pas à Monaco !
De quoi manque la SBM ?
Une entreprise d’envergure internationale comme la SBM doit avoir une vision sur l’avenir. Notamment en termes d’investissements. Or, on est obligé de constater que la SBM agit souvent en réaction, sans aucune vision. En réagissant à chaud, on n’a pas toujours la lucidité nécessaire pour prendre les bonnes décisions. De plus, je me demande si Jean-Luc Biamonti a conscience qu’il gère le patrimoine de la SBM et que ce patrimoine appartient à Monaco. Parce qu’on est en train d’agrandir la principauté sans respecter son ADN. Voilà pourquoi une loi sur le patrimoine est nécessaire : elle permettrait de mettre des garde-fous.
Vous craignez un énorme gâchis architectural ?
Tout le patrimoine de Monaco qui remonte aux années 1940 est en train d’être détruit. On pourrait aussi réagir suite à la destruction des 6 villas de la rue des Giroflées. Ou encore les villas qui sont détruites juste en dessous de l’école des Franciscains.
Il manque une volonté politique ?
On réclame une consultation publique de tous les Monégasques et de tous les résidents de la principauté. Il faut leur demander si, oui ou non, ils souhaitent une loi sur le patrimoine et un classement historique. Dans la mesure où l’Etat possède plus de 50 % du capital, la SBM est une entreprise nationalisée. Du coup, il est légitime que les Monégasques et les résidents soient consultés.
Qui va organiser cette consultation ?
On aimerait sensibiliser tous les élus du conseil national mais aussi le gouvernement. Sans oublier la mairie qui pourrait organiser cette consultation.
_Propos recueillis par Raphaël Brun
Patrimoine/
Le conseil national vote une motion
Le 25 juillet, la commission de la culture et du patrimoine du conseil national a voté à l’unanimité une motion concernant le projet immobilier de la Société des bains de mer (SBM). Un projet qui inclut la destruction du Sporting d’hiver. Etonnée par « l’urgence » de ce chantier, la commission s’interroge aussi sur « les conséquences directes et indirectes de ce projet », tout en notant que « les travaux préparatoires ont débuté alors que la haute assemblée n’a été saisie d’aucun projet de loi de désaffectation à ce sujet. » Du coup, cette commission réclame « une réflexion complémentaire » en attendant « les signes tangibles d’une amélioration de la santé économique, financière et sociale de la SBM. » Après avoir enregistré 28,4 millions de pertes en 2010-2011, puis -33,2 millions en 2011-2012, la SBM a publié en juin un nouveau résultat négatif à -51,4 millions. Interrogé par L’Obs’ le 23 juillet, le prince Albert a été clair : « J’ai écouté les arguments de ceux qui considèrent que le Sporting d’hiver est un bâtiment important de l’époque art déco en principauté. Les études d’architectes et les consultations d’historiens n’ont pas permis de trancher dans ce sens. Ce bâtiment présente des signes de fatigue. A un moment donné, il faut prendre une décision et le projet retenu est le moins impactant visuellement. D’autres projets plus avant-gardistes existaient, mais ils n’avaient pas leur place si près du casino. »_R.B.
« Eviter la mise en place de mesures trop contraignantes »
POLITIQUE/Le conseiller pour l’équipement, Marie-Pierre Gramaglia détaille à L’Obs’ les mécanismes qui protègent le patrimoine monégasque. Et évoque un projet de loi en cours d’examen au conseil national.
A Monaco, quels sont les textes qui protègent le patrimoine local ?
Aujourd’hui, les éléments de patrimoine sont recensés au travers des plans et des dispositions réglementaires des quartiers ordonnancés. Ces dispositions visent soit à conserver un élément bâti, sans en empêcher les légitimes évolutions, notamment lorsqu’elles ne portent pas atteinte à l’intégrité de l’objet, soit à maintenir l’esprit d’un îlot, d’une rue ou d’un quartier qu’il est souhaitable de préserver.
Ces dispositions concernent quoi concrètement ?
Des dispositions particulières concernent certains éléments bâtis au titre de bâtiments conservés, de façades à conserver ou des éléments de paysage (falaise, rocher, mur de soutènement, etc.). Ces éléments font l’objet de prescriptions générales et particulières. L’essentiel de ces prescriptions figure aux articles 8 et 9 des règlements d’îlots ou de zones des quartiers ordonnancés.
Impossible de modifier ces bâtiments alors ?
Non car ces dispositions ne figent pas nécessairement un élément bâti. Des travaux correctifs peuvent être autorisés, ainsi que des modifications de façades ou de toitures. Des surélévations peuvent être tolérées, sous certaines conditions.
Selon quelle logique Monaco se construit ?
L’urbanisation de la principauté repose sur quatre axes : le développement des programmes sur les réserves foncières, la reconstruction de la ville sur la ville par la démolition puis la reconstruction, la surélévation de certaines opérations par l’octroi de droits à bâtir supplémentaires en fonction des programmes et des quartiers et enfin l’extension du territoire sur la mer.
Selon quels critères précis prend-on la décision de raser un bâtiment ?
Concernant la démolition et la reconstruction des immeubles, elle s’inscrit dans le cadre réglementaire des quartiers ordonnancés et touche souvent des immeubles vieillissants, voire vétustes et qui ne portent pas de caractère patrimonial, même si, comme je l’indiquais précédemment, il est délicat de figer un bâtiment ad vitam. Car les évolutions légitimes, notamment en termes de sécurité, sont inévitables.
Des bâtiments historiques ont donc déjà été modifiés ?
En dehors des surélévations d’après-guerre, de nombreuses villas Belle Epoque de Monaco ont fait l’objet de transformations et d’ajouts, y compris à la Belle Epoque(1) et ensuite dans les années 1920-1930. Surélévations, décors, rajouts d’une aile de bâtiment, création de bow-windows, placage de colonnes… Le tout en fonction des évolutions des techniques de construction, des propriétaires successifs et de leurs moyens financiers, de leur goût et des styles à la mode. De même, des bâtiments emblématiques comme le casino, l’Hermitage ou l’hôtel de Paris ont aussi subi de nombreuses transformations.
Une loi spécifique sur la protection du patrimoine monégasque est nécessaire ?
Le domaine de la préservation du patrimoine national est actuellement régi, dans sa dimension internationale, par un ensemble de dispositions conventionnelles adoptées par la principauté. Jusqu’à présent, la question patrimoniale à Monaco a fait l’objet de dispositifs multiples, visant à assurer la préservation de tel ou tel élément du patrimoine national. Le projet de loi n° 891, déposé au conseil national, doit instaurer un régime de conservation et de protection du patrimoine national, permettant la promotion de l’identité monégasque, au travers de la mise en cohérence de la notion de patrimoine national, appréhendé en toutes ses composantes : immatériel, mobilier, immobilier ou naturel.
L’objectif de ce texte ?
Ce texte a été élaboré en tenant compte des contraintes liées au développement économique et à la gestion du territoire de la principauté. Tout en évitant la mise en place de mesures trop contraignantes pour une gestion optimale de l’espace dans la principauté. Ce projet de loi est en cours d’examen par le conseil national.
Des bâtiments sont déjà protégés à Monaco ?
Aujourd’hui, ce sont environ 80 éléments bâtis qui font l’objet d’une protection au titre du patrimoine. Il s’agit essentiellement d’éléments isolés ou d’ensembles bâtis de la Belle Epoque : immeubles, villas et bâtiments emblématiques. Des compléments dans ce domaine seront apportés dans le cadre de la réflexion menée sur la Condamine Nord. D’autres constructions font l’objet d’une réflexion et sont en cours de classement. Ces bâtiments représentent essentiellement le patrimoine des années 1930 : l’Observatoire, le palais Zig-Zag… Un patrimoine moins présent en principauté que celui de la Belle Epoque.
_Propos recueillis par Raphaël Brun



