vendredi 10 avril 2026
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    Aide Publique au Développement :
    « Monaco participe à cette solidarité internationale »

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    Depuis 15 ans, la Direction de la Coopération Internationale (DCI) de Monaco se mobilise pour aider sur le terrain les plus défavorisés, essentiellement sur le continent africain. Des aides d’urgence sont également destinées aux victimes de guerres et de catastrophes naturelles. Quelles sont les différentes actions menées sur le terrain ? Dans quelles zones ? Et pour quels objectifs concrets ? Les explications des deux directrices adjointes de la Coopération : Anne Poyard-Vatrican et Yordanos Pasquier.

    La politique d’aide publique au développement (APD) est apparue dans les années 2000 en Principauté. Cette aide financière permet à Monaco de soutenir de nombreux pays en développement, majoritairement sur le continent africain. Grâce à cette aide, de nombreux projets de développement sont concrétisés sur le terrain. Quel est le budget consacré par la Principauté pour aider ces pays en difficulté ?

    L’aide publique au développement est en effet versée sous forme de subventions par la Principauté pour favoriser le développement économique et l’amélioration du niveau de vie des personnes vivant dans ces pays en difficulté (1). Monaco participe à cette solidarité internationale et prend sa part pour améliorer les conditions de vie des plus vulnérables. Sur un cumul de trois ans, de 2018 à 2020, 58,3 millions d’euros ont été alloués à nos pays partenaires (2). Ces sommes sont ventilées sur différents projets de développement autour de la santé, la sécurité alimentaire, l’éducation ou encore l’insertion socio-économique. Le but premier que nous avons en ligne de mire est la lutte contre la pauvreté, en lien avec l’agenda 2030 des Nations Unies.

    Avez-vous une idée précise du nombre de personnes que vous avez pu aider sur le terrain ? Le nombre de bénéficiaires ?

    Sur ces trois années, nous avons pu quantifier que la Coopération monégasque a apporté de manière concrète de l’aide — développement et urgence — à plus de 2,4 millions de personnes, pour 150 projets menés chaque année entre 2018 et 2020. Il s’agit de femmes, d’enfants, de réfugiés, de personnes en recherche d’emploi, de personnes en situation de handicap, mais aussi de professionnels de santé par exemple.

    Quels sont les pays que la Principauté a décidé d’aider ?

    La priorité a été donnée aux pays africains, et à la zone méditerranéenne. Dans trois zones essentiellement : l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique de l’Est et Australe, et enfin l’Afrique du Nord et la Méditerranée. Cela représente au total 11 pays, à savoir l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, le Burundi, le Liban, Madagascar, Mali, le Maroc, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et la Tunisie. Sur ces 11 pays, 7 font partie des Pays les Moins Avancés (PMA), pays dont l’Indice de Développement Humain est parmi les plus faibles au monde. Sur la période 2018-2020, près de 70 % de l’aide a été allouée à ces PMA

    « L’aide financière que Monaco apporte à ces pays est sans contrepartie, que ce soit d’un point de vue économique ou politique, et ce, du fait de la neutralité de la Principauté. Ce sont uniquement des subventions ou assistances techniques, et non des prêts à rembourser avec intérêts. Nous n’ajoutons donc pas de dettes aux pays que l’on aide »

    Pour quelles raisons avez-vous choisi très spécifiquement ces zones ?

    Nous circonscrivons effectivement nos aides au continent africain et au Liban. Plusieurs raisons expliquent cela. Avant que la Coopération internationale ne devienne ce qu’elle est aujourd’hui, il y avait déjà des liens historiques entre la Principauté et bon nombre de ces pays. Des consuls, par exemple, étaient nommés depuis très longtemps à Madagascar ou encore en Tunisie et au Maroc. Ou bien des ONG monégasques intervenaient déjà aussi dans certains de ces pays. La Coopération monégasque a donc concentré son action sur un nombre limité de pays partenaires, pour ne pas fragmenter l’aide et augmenter l’impact des actions. Le but est de ne pas s’éparpiller. Il faut faire des choix. Ce sont des projets à court, moyen ou long terme que nous menons avec nos partenaires sur le terrain, et il est donc nécessaire d’avoir de la stabilité et de bien connaître les pays.

    Monaco Aide au développement pays
    ZONES D’ACTION — « La priorité a été donnée à trois zones essentiellement : l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique de l’Est et Australe, et enfin l’Afrique du Nord et la Méditerranée. Cela représente au total 11 pays, à savoir l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, le Burundi, le Liban, Madagascar, Mali, le Maroc, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et la Tunisie. » © Sabrina Bonarrigo

    Il est mentionné dans une étude récemment publiée par l’IMSEE concernant les actions de la Coopération internationale, que Monaco aide ces pays « sans contrepartie, leur évitant ainsi un surendettement. » Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

    L’aide financière que Monaco apporte à ces pays est sans contrepartie, que ce soit d’un point de vue économique ou politique, et ce, du fait de la neutralité de la Principauté. Ce sont uniquement des subventions ou assistances techniques, et non des prêts à rembourser avec intérêts. Nous n’ajoutons donc pas de dettes aux pays que l’on aide.

    Les subventions monégasques sont-elles directement distribuées à des associations présentes sur le terrain ?

    C’est très variable selon les pays et les projets. Dans tous les cas, la finalité est que les fonds bénéficient bien sûr aux personnes dans le besoin. Nous travaillons donc soit avec des partenaires étatiques, soit avec des grandes organisations internationales (des agences des Nations Unies comme le Programme alimentaire mondial ou le Haut-commissariat aux réfugiés). Cela peut aussi être des ONG internationales comme SOS Villages d’Enfants ou Handicap International / Humanité & Inclusion qui ont du personnel local sur le terrain ainsi que des ONG locales de la société civile ancrées dans le pays, ou encore, bien entendu, des Organismes de Solidarité Internationale de la Principauté. Tout un écosystème est en place.

    « Sur ces trois années, la Coopération monégasque a apporté de manière concrète de l’aide à plus de 2,4 millions de personnes […] Il s’agit de femmes, d’enfants, de réfugiés, de personnes en recherche d’emploi, de personnes en situation de handicap, mais aussi de professionnels de santé par exemple »

    Avez-vous la garantie que les subventions sont utilisées à bon escient et pas détournées à des fins moins louables ?

    Dans la recherche de nos partenaires, nous apportons beaucoup d’attention pour nous assurer effectivement que les fonds que l’on donne vont aller aux personnes les plus vulnérables que nous voulons aider. C’est pour cette raison que tous les projets sont très étroitement construits avec les partenaires. Nous passons beaucoup de temps à prendre des renseignements sur eux : qui sont-ils, quels types d’actions ont-ils déjà mené sur le terrain ? Tout ceci pour s’assurer qu’il s’agit bien d’un partenaire fiable. Une fois le partenariat établi, celui-ci va alors soumettre un projet qui rentre dans le cadre de nos domaines d’intervention. Nous l’étudions ensuite au sein de la Coopération monégasque pour vérifier qu’il remplit nos critères de sélection, et qu’il corresponde bien à la politique et à la stratégie du pays concerné. Nous analysons les objectifs que le partenaire propose d’atteindre, et les bénéficiaires qu’ils proposent d’accompagner. Ici, il est bon de souligner qu’une de nos priorités, consiste à travailler avec les partenaires et acteurs locaux dans un but de « localisation de l’aide » et de renforcement des capacités des acteurs locaux.

    Allez-vous vérifier sur place que le projet est bien mené ?

    Nous nous déplaçons effectivement régulièrement en mission sur le terrain pour nous en assurer, et avons aussi dans nos pays partenaires des coordinateurs en charge du suivi et du bon déroulement des projets sur place. Ces missions permettent de visiter le lieu du projet, rencontrer les partenaires de mise en œuvre des projets, les bénéficiaires, mais aussi les autorités du pays et les acteurs dans le domaine. De plus, des audits financiers et des évaluations externes sont de plus en plus souvent effectués pour vérifier que les fonds sont bel et bien utilisés de la façon dont nous avions convenu.

    Combien de temps en moyenne suivez-vous un projet ?

    En moyenne, un projet s’étend sur trois ans, entre son lancement et sa concrétisation. Parfois, cela peut être plus long, si le projet a besoin d’être poursuivi lors d’une deuxième, voire d’une troisième phase, c’est-à-dire 6 voire 9 ans. Nous essayons d’accompagner nos partenaires jusqu’à ce qu’ils deviennent autonomes. En cela, nous sommes un bailleur fidèle.

    « Les besoins sont énormes. La pandémie a refait basculer certains pays presque 10 ans en arrière par rapport aux progrès qui avaient été accomplis. La crise sanitaire a également appauvri et affamé les populations. Il est donc plus que jamais important de se mobiliser »

    Le budget de l’aide au développement a-t-il baissé en raison de la pandémie ?

    Sous l’impulsion du Prince Albert II, la Principauté est l’un des seuls pays au monde à ne pas avoir baissé son aide publique au développement malgré la crise sanitaire. En 2021, le budget n’a pas été en hausse, mais maintenu. Il n’était pas question d’abandonner les projets en cours, bien que la pandémie ait malheureusement ralenti l’aboutissement de certains d’entre eux.

    Qu’en est-il du budget pour l’année 2022 ?

    En 2022, le budget de l’aide publique au développement repart de nouveau à la hausse. C’est une bonne chose car les besoins sont énormes. La pandémie a refait basculer certains pays presque 10 ans en arrière par rapport aux progrès qui avaient été accomplis. La crise sanitaire a également appauvri et affamé les populations. Il est donc plus que jamais important de se mobiliser.

    Monaco Aide au développement pays
    AIDES D’URGENCE — « De 2018 à 2020, sur ces trois années, les aides d’urgence représentent un total de 5,6 millions d’euros affectés à 96 crises. Pour la seule année 2020, 2,9 millions d’euros ont été consacrés à la lutte contre la pandémie, à destination de 82 partenaires. » © Sabrina Bonarrigo

    « La Principauté est l’un des seuls pays au monde à ne pas avoir baissé son aide publique au développement malgré la crise sanitaire »

    Outre l’Aide Publique au Développement, Monaco se mobilise également face aux crises mondiales au travers d’aides d’urgence. De quels types d’urgence s’agit-il ?

    Ce sont des aides financières allouées à des pays confrontés à des famines, des catastrophes naturelles, ou encore des conflits. Nous versons en priorité ces fonds pour les crises qui sont sous-financées, oubliées ou moins médiatisées et donc moins connues. Là encore, ces aides sont envoyées en réponse à des appels d’urgence internationaux à des partenaires internationaux comme le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) ou encore les agences onusiennes (PAM, HCR, Unicef), des acteurs étatiques ou des acteurs humanitaires internationaux et nationaux.

    Quel est le budget alloué par la Principauté à ces aides d’urgences ?

    De 2018 à 2020, sur ces trois années, les aides d’urgence représentent un total de 5,6 millions d’euros affectés à 96 crises. Pour la seule année 2020, 2,9 millions d’euros (soit 95,5 % du montant total) ont été consacrés à la lutte contre la pandémie, à destination de 82 partenaires.

    « Des aides financières sont allouées à des pays confrontés à des famines, des catastrophes naturelles, ou encore des conflits. Nous versons en priorité ces fonds pour les crises qui sont sous-financées, oubliées ou moins médiatisées et donc moins connues »

    La Coopération monégasque a-t-elle participé à l’appel de l’OMS sur le programme Covax dont le but est de garantir un accès équitable aux vaccins à l’échelle mondiale ?

    Nous avons bien sûr répondu à cet appel international, sous l’impulsion du souverain. La Principauté a participé à hauteur d’un million d’euros au plan Covax, suite à l’appel de la Commission Européenne sur la réponse mondiale au coronavirus en faveur du GAVI (Global Alliance for Vaccine) et de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Et dans la quasi-totalité des projets que nous soutenons, nous avons également accompagné nos partenaires dans la gestion de la crise sanitaire en fournissant par exemple des kits d’hygiène, de protection, ou des aides alimentaires.

    La Coopération et ses partenaires internationaux

    La Principauté est devenue en 1993 le 183ème membre de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Comme les autres États membres de l’ONU, la Coopération monégasque s’inscrit dans les objectifs de développement durable à horizon 2030. Dans le cadre de sa coopération internationale, Monaco met en place des partenariats avec des acteurs clés du développement tels que le PAM (Programme Alimentaire Mondial) ou le HCR (Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés), mais également avec les coopérations française et italienne. Au global, ce sont 90 partenaires qui sont en lien avec la Direction de la Coopération Internationale.

    (1) L’aide publique au développement est gérée par le Département des Relations Extérieures et de la Coopération (DREC). La Direction de la Coopération Internationale (DCI) applique la partie opérationnelle de cette politique avec le développement de projets dans les pays partenaires.

    (2) 16,8 millions d’euros en 2018, 19,3 millions d’euros en 2019 et 22,2 millions d’euros en 2020.

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