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    ENTRAIDE/Monaco, ce n’est pas seulement la jetset, les bolides et les gros yachts. Les Monégasques se mobilisent pour des actions humanitaires. Focus sur certaines d’entre elles.

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    SOINS/Renate est bénévole à la Croix rouge italienne. Elle anime chaque semaine un atelier « soins » à l’intention des femmes installées sur Camp Roya. © Photo L’Obs’ – Sophie Noachovitch

    Familles et enfants : les migrants les plus fragiles

    ENFANCE/Depuis début septembre, le camp de la Croix-Rouge italienne de Vintimille accueille aussi les familles, les femmes seules avec enfants et les mineurs isolés. Leur situation plus que précaire nécessite une prise en charge toute particulière.

    De petits rires discrets s’élèvent sous la haute toile abritant le réfectoire du camp de la Croix rouge italienne à Vintimille. Situé en périphérie de la ville, le lieu, dit Roya camp ou camp de la Roya, est cerné par les axes routiers et par les bretelles routières perchées sur des viaducs. Le béton est ici maître du temps : toujours gris. Pourtant, à 15 jours de Noël, lorsque L’Observateur de Monaco se rend sur place, les sourires des enfants ont toujours le pouvoir de susciter de la légèreté. Trois petits Afghans, des frères et sœur, âgés de 7 à 11 ans, Amir, Arbaz et leur grande sœur Farishta sont très affairés. Ils ont fabriqué tout l’après-midi des décorations de Noël avec une animatrice de la Croix-Rouge italienne. Ils écrivent désormais leurs prénoms en lettres colorées sur des feuilles à carreaux A4.

    Reconnaissante

    Farishta s’exprime en anglais et a relaté par écrit son histoire. Avec des mots simples d’enfant. « Je suis vraiment reconnaissante à mon dieu parce que notre voyage est terminé. » La fillette de 11 ans précise qu’ils sont arrivés depuis deux jours à Vintimille. Elle ne se souvient pas très bien par où elle est passée avant. Elle remercie les associations pour leur l’accueil, la Croix-Rouge mais aussi Caritas, qui, en centre-ville, distribue vêtements et repas chauds tous les matins. Comme beaucoup de familles terminant leur voyage ici, elle est sans doute passée par la Libye. Là-bas, elle a dû être témoin — si elle ne les a pas subies elle-même — des exactions commises contre les migrants. Emprisonnement, tortures, vente d’esclaves, viols… Mais cette après-midi-là, les sourires sont de retour, et les enfants sont contents.

    Bien-être

    Derrière eux, deux autres petites filles de 2 et 3 ans découpent et collent de jolies images de Noël. Bientôt, les bambins décoreront tous ensemble un arbre de Noël. Pendant ce temps, leurs mamans s’occupent un peu d’elles. Dans une pièce à part dans le grand Algeco qui constitue l’accueil du camp, six femmes de 18 à 30 ans participent à un atelier « soins » avec Renate, bénévole de la Croix rouge italienne. « Chaque semaine, je suis là pour faire mon visage ou mes ongles », explique en anglais Happy. La jeune femme retire avec une serviette le masque qu’elle a laissé poser sur son visage. Dans son dos, son nourrisson accroché par un grand tissu est paisible.

    Questions pratiques

    A ses côtés, les autres femmes profitent de l’instant comme d’une parenthèse de bien-être dans leur semaine au camp de la Roya. « A travers les soins, j’aborde des questions pratiques, comme les serviettes hygiéniques, comment les acheter, etc., insiste Renate. Certaines n’en ont jamais vues. » L’hygiène et le bien-être sont en effet des problématiques importantes pour ces jeunes femmes venues du Nigeria, d’Érythrée ou encore du Soudan. Du 24 au 28 septembre, la princesse Caroline de Hanovre était en déplacement en République démocratique du Congo. Parmi ses visites, elle a présidé à l’inauguration de la première usine de fabrication de protections intimes du pays à Gbadolite, par le biais de l’association Amade-Mondiale, créée en 1963 par la princesse Grace. Ce projet, nommé “Dignité pour les femmes” a pour but de faire bénéficier aux Congolaises de serviettes hygiéniques sans produits chimiques et fabriquées chez elles. L’usine a permis d’embaucher une centaine de femmes.

    Rêves d’adolescents

    La protection des femmes et de leurs enfants est au cœur des missions de l’Amade Mondiale. Si elle rayonne jusqu’en Afrique, il est aussi évident pour l’association à but non lucratif monégasque d’intervenir à proximité. Ainsi, l’association italienne Terre des hommes, spécialisée dans la protection et l’information des mineurs, bénéficie du financement de l’Amade-Mondiale. « Il y a un grand nombre de mineurs non accompagnés, souligne Jérôme Froissart, de l’Amade-Mondiale. Ils peuvent avoir perdu leur mère pendant la traversée, par exemple. Ou il s’agit d’adolescents qui fuient leur pays pour des raisons politiques ou économiques. Ils viennent pour tenter leur chance. »

    Envoyer de l’argent

    Le peu de perspectives dans leur pays où la faim domine pousse les familles à réunir des sommes importantes pour payer des passeurs afin d’emmener ces adolescents en Europe. « Ils sont très jeunes. Entre 13 et 16 ans le plus souvent, insiste Elena Prestt, coordinatrice de Terre des Hommes à Vintimille. Ils viennent d’Érythrée, de Somalie, du Soudan, du Darfour. Il y en a vraiment beaucoup qui viennent de Côte d’Ivoire. » Ils ont emprunté la même route pour venir, par la Libye. Mais ils ont tous le même rêve. « La motivation est principalement économique, précise Claude Fabbretti, de la section humanitaire international de la Croix-Rouge monégasque, rappelant que ces jeunes cherchent une vie meilleure. Ils subissent la pression de leur famille qui a investi pour le voyage, et qui a fondé un réel espoir en eux. » Car ce dernier devra leur envoyer de l’argent pour améliorer leur quotidien.

    SECURITE/Certaines femmes se trouvent isolées, avec de tous jeunes enfants. L’association Terres des Hommes a pour principal objectif de les mettre en sécurité. © Photo L’Obs’ - Sophie Noachovitch
    SECURITE/Certaines femmes se trouvent isolées, avec de tous jeunes enfants. L’association Terres des Hommes a pour principal objectif de les mettre en sécurité. © Photo L’Obs’ – Sophie Noachovitch
    HEBERGEMENT/Ici, 58 familles, dont des femmes seules avec enfants, sont installées dans un espace qui leur est dédié sur le camp. © Photo L’Obs’ - Sophie Noachovitch
    HEBERGEMENT/Ici, 58 familles, dont des femmes seules avec enfants, sont installées dans un espace qui leur est dédié sur le camp. © Photo L’Obs’ – Sophie Noachovitch

    Peur de la police

    Mais avant d’y parvenir, ils doivent affronter des situations terribles. « Certains de ces jeunes sont utilisés comme mulets par les réseaux de la drogue qui sévissent sur leurs zones de passage, il y a aussi les réseaux pédophiles qui les exploitent, décrit encore le membre de la Croix rouge monégasque. Ces trafics humains n’ont pas lieu exclusivement en Libye, on les trouve aussi dans les pays africains. » Au final, lorsqu’ils arrivent en Europe, ils ont souvent vécu l’enfer. « Ils ont très peur et sont fragilisés par leur voyage, insiste Elena Prestt. Ils ont peur de la police, d’être fichés. Ils ont un énorme besoin d’informations. » Ces adolescents ne connaissent bien souvent pas leurs droits. Et les informations qui circulent entre eux, largement véhiculées par des passeurs qui se trouvent sur le territoire italien espérant grappiller encore quelques centaines d’euros, ne les rassurent pas.

    Soutien psychologique

    Alors les bénévoles des différentes associations actives à Vintimille doivent aller à la rencontre de ces jeunes, défaire les fausses informations et leur en donner de nouvelles. « Lorsqu’ils sont arrivés en Italie, le plus souvent par l’un des trois hotspots (points chauds en anglais, N.D.L.R.), Terre des Hommes leur propose un accompagnement psychologique », ajoute Elena Prestt. Sur le camp de la Croix rouge à Vintimille, un avocat et un psychologue viennent régulièrement informer et écouter familles, mères seules et enfants. 58 familles et 27 mineurs seuls occupent ainsi des containers qui leur sont spécialement dédiés. Ils sont au nombre de deux, leurs entrées sont placées en face à face, et des barrières matérialisent l’espace. Au centre des deux containers découpés en chambres, une tonnelle soutient du linge en train de sécher. Ici, c’est une petite communauté qui s’est reformée depuis le mois de septembre. Auparavant, familles et enfants étaient pris en charge à l’église Sant’Antonio au cœur de Vintimille. Mais par arrêté préfectoral, elle leur a été fermée. Dorénavant, Roya Camp accueille tous les migrants quelle que soit leur nationalité ou leur sexe.

    LOISIRS/Ces enfants qui s’activent sur des activités ludiques ont souvent vécu un parcours terrifiant pour rejoindre l’Italie. © Photo L’Obs’ - Sophie Noachovitch
    LOISIRS/Ces enfants qui s’activent sur des activités ludiques ont souvent vécu un parcours terrifiant pour rejoindre l’Italie. © Photo L’Obs’ – Sophie Noachovitch

    Lieu dédié aux enfants

    « La présence des enfants a transformé l’ambiance du camp, même pour les adultes, cela apporte un peu de gaieté de les voir jouer », décrit Elena Prestt. Pour eux, les bénévoles tentent de faire accélérer les procédures mais aussi de leur apporter plus de confort. Fin décembre, grâce à l’Amade-Mondiale, deux nouveaux containers sont arrivés sur le camp. « Ils sont assemblés et forment un espace réservé aux enfants dans le but d’organiser des activités », précise Jérôme Froissart. Dans ce lieu privilégié, les animateurs et bénévoles pourront occuper les enfants par des jeux, mais aussi leur expliquer leur situation. Car tous l’espèrent : le passage par ce camp ne peut qu’être temporaire.

    _Sophie Noachovitch

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