Catherine Sitalapresard nous a ouvert les portes des Boutiques du Rocher, boutiques officielles de la Fondation Princesse Grace. Le concept ? Vendre des pièces uniques confectionnées par des créatrices locales au profit de la fondation qui œuvre auprès des enfants malades.
C’est dans une petite échoppe à deux pas de la place du Casino de Monte-Carlo que Catherine, la directrice des Boutiques du Rocher passe la plupart de son temps. La couture, ce n’est pas vraiment son truc, mais ça ne l’empêche pas de gérer d’une main de maître les 150 créatrices qui donnent vie au concept. Toutes confectionnent des vêtements et accessoires pour bébé pour le magasin avenue de la Madone à Monte-Carlo, et du linge de maison pour celui de Monaco-Ville. « C’est la Princesse Grace en personne qui a eu l’idée de créer ces boutiques pour soutenir les artisans monégasques », confirme la gérante qui précise que la plupart sont des femmes. « Il faut se remémorer le contexte. Dans les années 70, les femmes ne travaillaient pas beaucoup. Avec les boutiques, elles pouvaient acquérir un peu d’indépendance. Le but était aussi d’aider les personnes handicapées, les retraités et surtout des artisans qui n’avaient pas la possibilité d’ouvrir leur propre enseigne. » Aujourd’hui encore, on vient pour ces causes-là.

« C’est la Princesse Grace en personne qui a eu l’idée de créer ces boutiques pour soutenir les artisans monégasques »
Des Ukrainiennes parmi les créatrices
Les Boutiques du Rocher peuvent encore être un véritable tremplin pour les femmes en difficultés. « Il y a quelques jours, trois dames ukrainiennes m’ont apporté des couvertures qu’elles avaient confectionnées. Elles sont arrivées ici après avoir fui la guerre et n’ont plus rien. En revanche, elles ont leurs mains et elles travaillent très bien. Si on peut les aider de cette manière c’est avec grand plaisir. » Catherine manage, vend, et par la force des choses, fait aussi preuve d’empathie et de psychologie. « Je connais la vie de mes créatrices et de mes clients par cœur. C’est plein de petites histoires au quotidien. J’ai travaillé pour Cartier et Montblanc, et dans ces grosses sociétés, c’est le business et l’argent qui compte. Ici, il y a le côté humain qu’on ne retrouve pas ailleurs. » La directrice prend soin d’intégrer tout le monde. « J’ai une petite mamie qui fait des couvertures. Elles ne sont pas parfaites, mais je ne lui refuse pas. Je les mets en promotion. Cette dame n’a pas besoin d’argent, mais elle s’ennuie. Elle est à la retraite et a perdu son mari. Quand je vends son article, elle va immédiatement racheter de la laine ! Elle se sent importante et utile avec les couvertures qu’elle nous fait de temps en temps. Finalement, ce sont tous ces gens oubliés qui se retrouvent ici. Des étudiantes qui veulent arrondir leurs fins de mois, jusqu’à des dames de 90 ans », confie Catherine. De fil en aiguille, des liens se tissent… Certaines créatrices ont même eu droit à un anniversaire surprise dans l’une des boutiques !

« Il y a quelques jours, trois dames ukrainiennes m’ont apporté des couvertures qu’elles avaient confectionnées »
Du cousu main et même du sur-mesure
La dirigeante donne les tendances, et les créatrices peuvent laisser libre court à leur imagination. Des petits bloomers en lin, des nounours tout doux en forme de renard, de chat et de souris… Dans le magasin de Monte-Carlo, tout est soigneusement présenté dans de grandes armoires de bois peintes en blanc. On se sent comme dans une chambre d’enfant. Des paniers de doudous sont disposés dans les quatre coins de la boutique, et les tiroirs sont remplis de petits chaussons tricotés. Tout est pensé dans le détail : la broderie, les boutons en nacre, les nœuds. Le cœur des créatrices transparaît dans chaque objet. « Pour pouvoir faire des vitrines harmonieuses, nous faisons des collections auxquelles les créatrices se raccordent. Nous proposons la collection pour Noël, pour Pâques, pour l’été ou encore pour la Fête du Prince. On a aussi des collections intemporelles. Là par exemple, on a une gamme en toile de jouy », nous dévoile la directrice. Un travail minutieux qui demande parfois des heures de travail. Deux couturières travaillent à temps plein à l’étage, notamment pour les commandes. « On fait des chambres d’enfants entièrement. Du tour de lit à la gigoteuse en passant par les couvertures. Il m’est arrivé aussi de faire des housses sur-mesure pour cacher les robots de cuisines d’une cliente et éviter aussi qu’ils prennent la poussière. Il fallait mesurer chaque appareil. Nous nous sommes également chargées des bonbonnières pour les baptêmes du Palais et des cadeaux pour le Noël du personnel », fait remarquer fièrement la gérante.
« Dans les années 70, les femmes ne travaillaient pas beaucoup. Avec les boutiques, elles pouvaient acquérir un peu d’indépendance. Le but était aussi d’aider les personnes handicapées, les retraités et surtout des artisans qui n’avaient pas la possibilité d’ouvrir leur propre enseigne »
La marge reversée à la Fondation Princesse Grace
Les pièces uniques des Boutiques du Rocher attirent beaucoup les résidents monégasques et les touristes. « Nos clients ont vraiment en tête qu’ils vont apporter une contribution à la Fondation Princesse Grace et donc aider les enfants et adolescents malades ou dans le besoin. On fait une bonne action et on soutient le commerce local. Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui tout est importé. Les Boutiques du Rocher apportent une garantie d’artisanat monégasque et régional », insiste la patronne.

Des opérations médiatisées
À chaque printemps, à l’occasion de la fête des mères, Catherine Sitalapresard a droit à plusieurs articles dans la presse. Et pour cause, les Boutiques du Rocher ont le plaisir de fournir les cadeaux offerts aux mamans tous les ans par l’une des Princesses, via la Croix-Rouge monégasque. « Je viens de recevoir le message qui confirme le renouvellement de l’opération en 2022. Une des Princesses se déplacera en maternité pour distribuer les petits présents. On peut nous prendre la sortie-de-bain avec un coussin ou un sac à langer par exemple. » Par ailleurs, les Boutiques du Rocher se sont mobilisées pendant la crise sanitaire. « Nous avons cousu plus de 1 000 masques car il n’y en avait pas suffisamment. Ils ont été envoyés dans le monde entier. » Autre opération relayée massivement, les Boutiques du Rocher ont recyclé les nappes du Bal de la Rose. Elles ont été transformées en sets de table ou panières à pain. Cette année l’événement est prévu en juillet, et Catherine est prête à remettre le couvert !




