Monaco n’est pas épargné par les problématiques liées à la santé mentale. Comme en France, le service psychiatrique du CHPG a constaté une explosion des troubles psychiques depuis la crise sanitaire. Pour améliorer la prise en charge de ces maladies, aussi bien chez les adultes, les adolescents, que les enfants, les autorités sanitaires monégasques ont lancé un plan d’action sur 5 ans. Focus sur les actions les plus marquantes qui seront menées.
«Les personnes schizophrènes sont dangereuses et violentes » . « Les personnes souffrant de dépression manquent de volonté et ne font pas suffisamment d’efforts pour s’en sortir ». « Les personnes qui souffrent de troubles bipolaires sont imprévisibles, non fiables, manipulatrices, et même dangereuses. » Les maladies psychiatriques sont associées à de fausses croyances et à des préjugées tenaces. Le tout associé à une représentation très négative d’étrangeté, de peur, et de dangerosité. Des idées préconçues qui témoignent généralement d’un manque d’information et de connaissance sur ces maladies. Souvent, ceux qui en sont victimes éprouvent de surcroît de la honte. Une honte qui les empêche, trop fréquemment encore, de demander de l’aide et de consulter des médecins. Cette réalité est d’autant plus prégnante dans le microcosme monégasque où l’anonymat est plus difficile à conserver que dans une grande ville.
« De très nombreux patients qui viennent nous voir au CHPG pour une dépression ou un trouble anxieux, vont refuser que ce soit le psychiatre qui fasse l’arrêt de travail. Ils ne veulent pas être identifiés comme étant soignés en psychiatrie. C’est encore tabou »
« Les patients ne veulent pas être identifiés comme étant soignés en psychiatrie »
Ce sentiment de honte que ressentent souvent les malades atteints de troubles psychiques, les médecins du CHPG en sont les premiers témoins. « De très nombreux patients qui viennent nous voir pour une dépression ou un trouble anxieux, vont effectivement refuser que ce soit le psychiatre qui fasse l’arrêt de travail. Ils ne veulent pas être identifiés comme étant soignés en psychiatrie car c’est encore tabou, constate Valérie Aubin, chef du service psychiatrique du CHPG. Il y a encore du jugement et de la stigmatisation autour de ces maladies. On se retrouve comme 30 ans en arrière. À l’époque, on ne pouvait pas dire que l’on avait un cancer. C’était alors une maladie honteuse. »
« Déstigmatiser la maladie mentale et ceux qui en sont atteints »
Pour les autorités monégasques, il est donc primordial qu’un premier travail de sensibilisation soit mené auprès de la population : « Il est absolument nécessaire de déstigmatiser la maladie mentale et ceux qui en sont atteints. Les représentations négatives attachées à ces maladies, aux professionnels et aux structures d’accueil, constituent un frein à la démarche de recours aux soins », affirment les acteurs de la santé à Monaco. Quant aux personnes en souffrance psychique, elles ne doivent plus hésiter à consulter. « Il n’y a pas de gêne pour aller voir un médecin lorsque l’on a un problème de santé mais on peut ressentir de la gêne pour aller voir un professionnel de la psychiatrie ou de la psychologie, alors même que ça peut nous être utile. Il faut donc arriver à dépasser ce stade, insiste à son tour Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé. Nous devons savoir en parler à Monaco, car nous sommes concernés par la question, comme ailleurs, et peut-être même plus qu’ailleurs. Car nous avons parfois plus de revenus à Monaco, et donc plus de risques d’être exposé à certaines substances. » Les acteurs de la santé à Monaco sont donc formels : la Principauté doit sortir de ce tabou et pour cela, pourquoi pas, mettre en place une campagne de communication et de sensibilisation auprès du grand public sur ces sujets.
« Il est essentiel de déstigmatiser la maladie mentale et ceux qui en sont atteints. Les représentations négatives attachées à ces maladies, aux professionnels et aux structures d’accueil constituent un frein à la démarche de recours aux soins »
Les chiffres à Monaco
Une sensibilisation d’autant plus essentielle que le nombre d’adultes, d’adolescents et d’enfants confrontés à des problèmes psychiques en Principauté est loin d’être marginal. Un chiffre en témoigne : le système hospitalier et extra-hospitalier de la Principauté prend en charge, par an, plus de 500 patients confrontés — de façon plus ou moins marquée — à ce type de troubles. Le service psychiatrique du CHPG — qui possède au total 56 lits d’hospitalisation — affiche de manière générale un taux d’occupation de 90 à 95 % (1). Si l’on prend en compte uniquement les jeunes âgés de 13 à 21 ans en souffrance psychique aiguë, là encore, les chiffres sont éloquents. L’équipe du CHPG dédiée aux adolescents indique avoir pris en charge en 2019, 77 jeunes, scolarisés ou habitant à Monaco. Tous ont été vus en consultation d’urgence, et 34 d’entre eux ont nécessité ne hospitalisation. La majorité de ces adolescents reçus à l’hôpital présentait des idées suicidaires et certains, ont même fait de réelles tentatives. Concernant la Roseraie, une unité extra-hospitalière située à Fontvieille (uniquement destinée aux résidents de la Principauté), en 2019, une file active de 150 patients chroniques de moins de 60 ans, et une soixantaine de plus de 60 ans, ont été pris en charge. Quant au Centre Plati « Pôle médico-psychologique pour enfants et adolescents » qui prend en charge les troubles psychologiques mais aussi les troubles du langage et du développement, plusieurs centaines d’enfants en file active sont soignés chaque année.

Explosion des cas avec la crise sanitaire
« La problématique psychiatrique et psychologique existe donc aussi à Monaco et est extrêmement présente », affirme sans détour Valérie Aubin. Cette professionnelle de santé a constaté, de surcroît, une hausse très marquante des cas suite au confinement et à la crise sanitaire en général. « Nous avons effectivement observé une explosion des troubles anxieux, des troubles dépressifs, et des problèmes d’addiction ou d’excès d’usage, notamment aux réseaux sociaux, rajoute-t-elle. Nous avons constaté également une grande difficulté des parents qui étaient en télétravail et qui devaient s’occuper de leurs plus jeunes enfants. » Pendant le confinement, tout s’est donc délité. Toutes les mesures de restriction que les parents avaient pu prendre pour, par exemple, limiter l’accès aux écrans, ont explosé. Toujours selon cette professionnelle, durant la crise sanitaire, l’équipe du CHPG qui s’occupe plus spécifiquement des adolescents, a constaté un doublement de l’activité entre 2020 et 2021.
« Avec la crise sanitaire, nous avons effectivement observé une explosion des troubles anxieux, des troubles dépressifs, et des problèmes d’addiction ou d’excès d’usage, notamment aux réseaux sociaux »
Les forces et faiblesses en principauté
Face à cette demande sans cesse croissante, les autorités sanitaires monégasques ont décidé de mettre en place un plan d’action sur 5 ans. Ce plan a tout d’abord permis de faire un état des lieux des forces et des faiblesses de la Principauté dans le domaine de la santé mentale. Selon les professionnels du secteur, le système sanitaire monégasque est performant pour tout ce qui relève de l’hospitalisation et de la prise en charge en urgence. « Les délais d’hospitalisation sont en général de moins de 24 heures, au maximum 48 heures. Ces délais n’existent dans aucun autre pays. Nous sommes en mesure de garder les patients le temps nécessaire, précise encore Valérie Aubin. Nous ne devons pas les faire sortir au bout de 10 jours car nous avons besoin de place. Nous sommes également performants au niveau des soins et au niveau des délais de consultation externe et de prise en charge ambulatoire. » En revanche, ce domaine de santé à Monaco affiche plusieurs faiblesses. De l’aveu même des personnels de santé : la prise en charge au long cours de ces malades, leur réinsertion sociale et professionnelle, et tout ce qui relève de la prévention doivent faire l’objet d’une nette amélioration. (voir article par ailleurs).
Santé mentale à Monaco : 53 actions sur 5 ans pour mieux prendre en charge les malades
La santé mentale, souvent considérée comme le parent-pauvre de la médecine, a besoin de moyens supplémentaires pour répondre à des problématiques sans cesse grandissantes. Ce manque de moyens et de personnels est sans doute moins criant à Monaco qu’en France, mais tout de même réel. Voilà pourquoi, le plan déployé par les autorités sanitaires monégasques prévoit la mise en place de 53 actions, échelonnées entre 2022 et 2027. Un plan quinquennal qui nécessitera le recrutement de 20 à 25 soignants supplémentaires. Des nouveaux locaux et du matériel seront également nécessaires. « J’espère que nous serons accompagnés et soutenus par l’ensemble du gouvernement pour que cela ne soit pas une liste de vœux pieux, insiste Valérie Aubin. Beaucoup de ces propositions avaient déjà fait l’objet de demandes budgétaires, sans aboutir. Nous n’avions pas pu les réaliser. Nous espérons, par la mise en lumière de ces besoins, que cela puisse aller jusqu’au bout. » Si, sur le papier, la feuille de route est ambitieuse, les professionnels du secteur espèrent donc que la concrétisation, et surtout les moyens budgétaires, suivront réellement. « D’un point de vue budgétaire, nous allons revenir chaque année devant les collègues du gouvernement pour anticiper les différentes mesures, notamment le recrutement du personnel et les aménagements à réaliser, assure Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé. Nous allons demander les budgets nécessaires pour mettre en œuvre des actions concrètes. En fonction du contexte, le gouvernement approuvera, ou pas. Mais c’est normal. C’est la façon de donner corps à cette ambition. »
(1) Ce taux ne prend pas en compte les deux années durant lesquelles il y a eu la crise sanitaire.
