Commerçants et clients vont devoir encore s’armer de patience… Si plusieurs projets ont été présentés au gouvernement pour rénover (ou restructurer) le centre commercial de Fontvieille, aucun, à ce stade, n’a été retenu par le gouvernement. L’Exécutif a promis un projet définitif avant l’été 2025. En attendant, les commerçants, qui voient leur chiffres d’affaires décliner, tentent, tant bien que mal, de faire vivre cette galerie marchande vieillissante.
Certains lieux semblent figés dans le temps… En l’espèce, plus de 30 ans en arrière. Inauguré en 1992, le Centre commercial de Fontvieille (qui a tout de même fait l’objet de menues rénovations esthétiques au fil des décennies) a très sérieusement vieilli. « La galerie est dans un état pitoyable ! », lâche même une des commerçantes. Il faut dire que le contraste avec les autres centres commerciaux ultra-modernes des alentours (Polygone Riviera à Cagnes-sur-Mer et Cap 3 000 à Saint-Laurent-du-Var notamment) est particulièrement saisissant.
« Une chaleur étouffante »
« Il est évident qu’il manque de nombreuses choses, estime Marianne Tartaglino, gérante de la boutique Bébé Tendresse. A commencer par une climatisation. » Alors que le mercure continue de grimper d’année en année, le besoin d’air frais est partagé par tous les autres commerçants de la galerie. « Durant l’été, nous organisons des braderies devant les boutiques. La chaleur y est insupportable. Et l’hiver, nous avons très froid. Dans les parkings, il fait également une chaleur étouffante. Il faudrait mettre des sas sur les côtés de la galerie ainsi qu’à l’étage supérieure et installer une climatisation. Mais ce n’est manifestement pas à l’ordre du jour », rajoute de son côté la gérante de la boutique Eclipse. Le manque de climatisation n’est pas la seule doléance formulée par ces commerçants. « Il manque aussi des bancs, des espaces dédiés aux enfants, ainsi qu’un peu de couleur et de vie dans les allées », poursuit Florence Pronzati gérante de la parfumerie Edith Harley, installée depuis presque trente ans dans la galerie marchande. Pour Marianne Tartaglino, « une cafétéria et un glacier permettraient également de rendre la galerie un peu plus attrayante ».
Un chiffre d’affaires en berne
Le manque d’attractivité de cette galerie commerçante a une conséquence directe. Les clients se font plus rares, et cette baisse de fréquentation érode chaque jour un peu plus leur patience et leur chiffre d’affaires. Plusieurs commerçants nous ont fait part de leur souhait de quitter les lieux, mais les repreneurs, de fait, ne se bousculent pas au portillon. C’est le cas notamment du magasin d’ameublement Atlas à l’étage supérieur qui réfléchit à un départ potentiel. Le constat est le même pour cette commerçante en prêt-à-porter : « Notre chiffre d’affaires est désastreux. J’ai perdu ma belle clientèle qui va désormais à Cap 3 000. On est plusieurs à vouloir vendre, mais on n’y arrive pas. » Au-delà de ce manque d’attractivité propre à la galerie, la crise qui touche de plein fouet le prêt-à-porter y est aussi pour beaucoup. Plusieurs marques, souvent emblématiques du milieu de gamme des années 1980 et 1990, ont effet mis la clé sous la porte. C’est le cas de Camaïeu en France et à Monaco, qui a baissé le rideau début octobre 2022 (1).
Un grand flou sur l’avenir
Au-delà d’un déficit d’attractivité, c’est aussi le manque de visibilité sur l’avenir de cette galerie qui interroge. Que va devenir le centre commercial ? Y aura-t-il un simple relooking ou une restructuration d’envergure ? A ce stade, rien n’est acté au sommet de l’Etat. Et les rebondissements dans ce dossier ont été multiples. En octobre 2023, coup de théâtre. Les élus du Conseil national apprennent en effet que la restructuration telle qu’elle avait été imaginée et présentée dès 2019 par la société montpelliéraine Socri Reim n’est plus d’actualité (2). En cause notamment, le coût exorbitant de ce projet, effectivement titanesque. Estimé au départ à 300 millions d’euros, il a été réévalué en 2023 à 577 millions (coûts, de surcroît, non définitifs). Au-delà du budget colossal, le gouvernement avait aussi évoqué des impacts majeurs, tant sur la voirie que sur le parking, mais aussi sur l’activité commerciale du centre lui-même.
Entre soulagement et déception
Ce revirement pour le moins inattendu a bien sûr surpris, et parfois déçu les commerçants. « Comme tout le monde, nous avons appris dans le journal et au Conseil national que ce projet était tombé à l’eau », se remémore Marianne Tartaglino. « On est déçus. Le projet avait été acté, et puis plus rien », déplore de son côté Florence Pronzati. Pour d’autres en revanche, comme le commerçant Philippe Clérissi, la décision de redimensionner à la baisse le projet a été au contraire accueillie comme un vrai soulagement. « Le projet, tel qu’il avait été imaginé, était bien trop compliqué à mettre en place, estime le président du Groupement d’intérêt économique (GIE) de Fontvieille. Lorsqu’il y a une démolition/reconstruction in situ, les problèmes techniques sont innombrables, et les indemnisations à prévoir pour les commerçants par rapport à la perte d’exploitation durant les travaux, très difficiles à estimer. »
Un projet présenté avant l’été 2025 ?
Au mois de juin dernier, nouveau rebondissement. Lors d’une commission plénière d’étude au ministère d’État, trois variantes du nouveau projet avaient été proposées aux élus du Conseil national. Si les conseillers se sont laissés séduire par deux des variantes proposées, l’État monégasque n’a manifestement pas été convaincu. Pressé de toutes parts, et notamment par les élus, l’Exécutif prend enfin un engagement. En conférence de presse, mi-septembre, le nouveau ministre d’Etat, Didier Guillaume assure qu’une décision sur ce dossier serait prise avant l’été 2025. « Nous présenterons un projet ferme et définitif. Ça n’a que trop duré. Ça a coûté beaucoup d’argent et il faut maintenant tranche »,a-t-il indiqué.
Heureusement, si de nombreux commerçants ont un chiffre d’affaires en berne et souhaitent partir, d’autres magasins parviennent malgré tout, à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas des commerces de bouche, à l’instar de Giudi’s, ou de la boulangerie Maison Mullot qui attirent, (en semaine essentiellement), une clientèle nombreuse de salariés pendulaires. Même succès pour la pharmacie d’Antonio Sillari ou encore le magasin de sport Courir qui, visiblement, cartonnent.
Chloé Rouil et Sabrina Bonarrigo


Kiwi Saint-Tropez, Caroll et Barber club débarquent au sein de la galerie
Bien que la galerie marchande ne soit pas franchement attractive, de nouvelles boutiques ont tout de même décidé de tenter le pari de s’implanter dès cet été, et à la rentrée, dans le centre commercial monégasque. Mi-juin, c’est le magasin de maillots de bain Kiwi Saint-Tropez (situé auparavant au 1 rue de la Turbie) qui a ouvert ses portes en lieu et place de Camaïeu. A la rentrée de septembre, la boutique Caroll qui était, elle aussi, installée à la rue de la Turbie, déménage, et remplace la boutique Naf Naf (dont la fermeture a été actée le 24 août dernier). Si ces boutiques ont déménagé à Fontvieille c’est en raison d’un projet immobilier privé en cours de construction à l’avenue prince Pierre, près de la place d’Armes. Dans la galerie marchande Fontvieille, un barbier s’est également installé dans le local qui accueillait, jadis, Kodak, au rez-de-chaussée, près de l’entrée du supermarché Carrefour. A noter également l’arrivée d’une nouvelle boutique baptisée Lau.
La marque Naf Naf, placée en redressement judiciaire en septembre 2023, a été reprise en juin dernier par une entreprise turque de fabrication de tissus. Il s’agit de la société Migiboy Tekstil qui s’est engagée à sauvegarder les emplois de 521 personnes, soit 90 % des effectifs, ainsi que 100 boutiques en propre. Si Naf Naf au sein de Carrefour Monaco a fermé ses portes fin août, c’est en raison de la venue de la marque Caroll.
(1) Camaïeu, placée en liquidation judiciaire il y a presque deux ans, a été rachetée par la société de prêt-à-porter masculin Celio en décembre 2022. La marque de mode française, doit rouvrir une dizaine de boutiques en France et en Belgique dès la fin du mois d’août 2024.
(2) Le projet présenté en 2019 par Socri Reim et le cabinet Fuksas contenait entre autres, 30 000 m2 de surfaces commerciales, un cinéma multiplex de quatre salles, ainsi qu’un parc de deux hectares.


