Depuis la démolition du Sporting d’Hiver, le cinéma de Monaco est abrité au sein du Théâtre Princesse Grace. Une relocalisation qui devait être temporaire mais qui dure depuis plus de 10 ans. Lors des récents débats budgétaires au Conseil national, plusieurs élus ont demandé au gouvernement de venir en aide financièrement à cette infrastructure en grosse perte d’attractivité.
Hébergé depuis plus de dix ans au Théâtre Princesse Grace (propriété de la Société des Bains de Mer), le cinéma monégasque est-il aujourd’hui à bout de souffle ? Plusieurs élus du Conseil national en sont convaincus, et ont demandé au gouvernement de porter secours à cette infrastructure culturelle en perte de vitesse. « Aujourd’hui, rien n’est fait pour que le cinéma soit attractif. Il n’y a pas de publicité autorisée, pas d’affichage des films, des salles vétustes… On est obligé de descendre cinq étages à pied pour pouvoir y accéder. Cet été, il n’y avait pas de climatisation. De plus, les conditions d’occupation des locaux ont été revues avec des frais importants », a énuméré le président du Conseil national, Thomas Brezzo, lors des récents débats budgétaires. Et pour le président de la Haute assemblée, hors de question d’attendre la relocalisation du cinéma au sein du nouveau centre commercial de Fontvieille pour agir, étant donné les délais très tardifs de construction et de livraison : « On ne peut pas attendre que le nouveau centre commercial soit fini pour avoir un cinéma digne de ce nom à Monaco, car on parle d’un horizon à 2029. Il est hors de question qu’on laisse le cinéma dans cet état. On ne peut pas se priver d’un tel service culturel. »
Des subventions insuffisantes selon les élus
Pour donner un nouvel élan au cinéma des Beaux-arts et faire en sorte que les spectateurs soient plus nombreux à s’y rendre, le Conseil national demande ainsi que des subventions bien plus généreuses soient accordées à cette infrastructure. A combien d’ailleurs se chiffrent-elles ? « Le cinéma est certes privé, mais il bénéficie d’une subvention directe de l’État, mais pas que. Les services de l’État achètent également des places de cinéma et les offrent aux fonctionnaires », a d’abord indiqué Lionel Beffre, conseiller-ministre pour l’Intérieur. Selon le gouvernement, ces subventions s’élèvent à 58 600 euros en 2022, 63 400 euros en 2023, et atteignent environ 50 000 euros pour 2024. Des sommes largement insuffisantes selon Thomas Brezzo. Si on les compare aux subventions accordées au Théâtre Princesse Grace, au Théâtre des Variétés ou encore à l’Opéra, elles sont même dérisoires selon lui.
Même diagnostic pour Guillaume Rose, président de la commission Culture et Patrimoine : « Le cinéma est dans un tel état que nous sommes dans l’urgence. On parle ici de subventions de survie. Je demande donc au gouvernement d’étudier attentivement cette solution. » En réponse le ministre d’État, Didier Guillaume, a assuré que le gouvernement allait se pencher sur la question. Toutefois, les comparaisons financières avec les autres institutions culturelles de la Principauté sont, selon lui, malvenues. « Oui, il est indispensable qu’il y ait un cinéma en Principauté, et Lionel Beffre va regarder cela. Pour autant, comparer le cinéma au Théâtre Princesse Grace, à l’orchestre philharmonique ou à l’Opéra n’est pas approprié. Ce n’est pas de l’égalitarisme que nous voulons c’est du développement culturel. »
« Je ne fais pas de comparaison, a répondu à son tour Thomas Brezzo. Mais les montants sont disproportionnés par rapport à ceux que l’État accorde au cinéma. Je ne pense pas que 50 000 euros suffisent pour le maintenir. On peut sans doute mettre un peu plus.» Au-delà des locaux inadaptés, l’élu Christophe Brico a de son côté insisté sur une nécessaire modernisation technique et technologique des infrastructures : « La production cinématographique aujourd’hui est d’une très haute technicité. Il faut des salles bien équipées, notamment avec la technologie IMAX. Par rapport à la clientèle et au public monégasque, le cinéma est clairement un point faible. C’est probablement la forme d’expression la plus populaire. Il y a donc un vrai travail à faire là-dessus.» Thomas Brezzo a enfin rappelé un autre enjeu, plus social, cette fois : « Il faut aussi éviter que nos jeunes aillent jusqu’à Nice pour voir des films. C’est aussi une question de sécurité… ».

