Soutenu par les partis de Matteo Salvini et Giorgia Meloni, Flavio Di Muro est maire de Vintimille depuis mai 2023. Deux ans après son élection, le maire dresse un bilan de son action contre l’insécurité et le phénomène migratoire. Vidéoprotection, réorganisation de la police, démantèlements ciblés : il assume une politique de « tolérance zéro ».
Vous avez été élu maire de Vintimille il y a deux ans, en mai 2023. Dans votre programme électoral, vous avez surtout mis en avant comme priorités « la sécurité de Vintimille » et la lutte contre « le phénomène migratoire ». Quelle était la situation lors de votre prise de fonction ?
Lorsque j’ai pris mes fonctions, Vintimille comptait environ 300 migrants présents quotidiennement dans la ville. Aujourd’hui, ils sont, en moyenne, une trentaine seulement. Cette évolution est, certes, aussi liée à des facteurs internationaux, mais nous avons de notre côté déployé tous les moyens possibles, et même imaginé des solutions inédites, pour apaiser une situation de cohabitation devenue insoutenable entre migrants et habitants.
Quelles actions concrètes avez-vous mis en place ?
Nous avons entièrement réorganisé la police municipale en instaurant un service de nuit. Nous avons équipé nos agents de pistolets à impulsions électriques (tasers) pour intervenir plus efficacement en cas de conflits ou de rixes. En collaboration avec le préfet, nous avons mené des opérations régulières de démantèlement des campements et bivouacs illégaux. Nous avons également mis des gardes armés devant le cimetière, qui était devenu un lieu où l’on urinait et déféquait sur nos tombes. Nous avons aussi fermé et muré toutes les ruines où se déroulaient certains actes particuliers que je ne préfère pas détailler.
Avez-vous reçu un soutien du gouvernement italien ?
Oui. Grâce au ministère de l’Intérieur, nous avons obtenu un renforcement de la présence de l’armée et des forces de police, pour mettre en place des postes fixes dans les zones les plus sensibles de la ville. Nous allons également installer prochainement environ 150 caméras pour que la ville soit entièrement placée sous vidéoprotection.
Ce phénomène migratoire, était-ce réellement un problème pour les habitants ?
Oui, je vous l’assure. Lorsqu’on voyait des groupes de migrants affalés devant le théâtre municipal, en plein centre-ville, en train de boire de la bière, au point qu’il était difficile d’entrer pour assister aux spectacles ; quand, dans les jardins publics, les mères avaient peur d’emmener leurs enfants jouer parce qu’elles y trouvaient des campements de migrants ; ou encore lorsqu’une personne âgée n’osait plus se rendre au cimetière par crainte d’être agressée ou volée en allant visiter la tombe de son mari — tout cela n’était pas compatible avec une ville européenne normale où il fait bon vivre. Il a donc fallu agir fermement pour garantir ce que je considère comme un droit fondamental : celui à la sécurité personnelle.
Êtes-vous certain que ces faits étaient liés à des migrants ?
Absolument. Malheureusement, même si des dispositifs d’accueil existent en Italie, de nombreux migrants refusent d’y entrer. Car leur but est de traverser la frontière pour rejoindre la France. Résultat, ils évitent les structures officielles, s’installent dans des abris de fortune, organisent parfois des activités clandestines et, souvent, se retrouvent en état d’ébriété publique.
Comment avez-vous réagi ?
J’ai pris un arrêté municipal pour interdire ces comportements. Je comprends la détresse de ceux qui fuient la guerre ou la misère, mais il est inacceptable qu’une personne censée fuir un conflit passe ses soirées ivre et jette des bouteilles dans les rues. Perturber la vie des citoyens est inadmissible, et je mets tout en œuvre pour empêcher de tels débordements.
Vous avez donc adopté une politique de tolérance zéro ?
Tolérance zéro, zéro absolu. Je suis satisfait de voir qu’en deux ans, la situation s’est radicalement améliorée.
Combien y a-t-il de policiers à Vintimille aujourd’hui ?
Il doit y avoir au moins 200 agents, en comptant les carabiniers, la police nationale, la police municipale, la police aux frontières et les gardes des finances.
Le maire souhaite transformer Vintimille en « une ville internationale et touristique »
Le rachat du port de Vintimille par la Principauté de Monaco et l’arrivée d’une clientèle un peu plus huppée sur le littoral italien a visiblement donné des ailes à Flavio Di Muro. L’ancien député, âgé aujourd’hui de 38 ans, affiche des ambitions très claires depuis qu’il est en poste : il souhaite transformer Ventimiglia en « une ville internationale et touristique ». Pourquoi cette orientation ? « Parce que sa position géographique est exceptionnelle. Vintimille se situe au cœur d’un axe qui relie la “Riviera dei Fiori“ italienne à la Côte d’Azur française. Nous sommes proches de l’aéroport de Nice, qui est notre principal hub, mais aussi de la Principauté de Monaco et de l’axe qui mène de Vintimille à Limone Piemonte, jusqu’au Piémont et Turin. Si l’on dépasse les frontières nationales, on réalise que Vintimille occupe une place centrale dans ce triangle stratégique. D’ailleurs, elle sera au centre du GECT (Groupements Européens de Coopération Territoriale) que nous sommes en train de constituer avec Sanremo, Menton et Limone Piemonte », nous indique le maire qui ne veut plus que Vintimille « soit uniquement associée aux problématiques migratoires ou à son image de ville frontière. » Si aujourd’hui la clientèle est très majoritairement française et monégasque, le maire assure que la ville accueille aussi de nombreux visiteurs britanniques, allemands, ou encore néerlandais. « Selon les données de l’Observatoire régional — alors même que nous travaillons à développer l’offre d’hébergement — Vintimille est aujourd’hui la ville de Ligurie qui enregistre la plus forte croissance touristique. Par rapport à l’année dernière, nous avons constaté une augmentation de plus de 18 % des nuitées », assure le maire.
