La Croix-Rouge monégasque apporte, depuis 2015, son aide aux migrants de Vintimille. Claude Fabbretti, directeur de la section humanitaire internationale, avec l’aide de ses équipes, fait le point sur la situation à la frontière franco-italienne.
Les volontaires de la Croix-Rouge monégasque sont impliqués dans l’aide apportée aux migrants à Vintimille. En quoi consiste celle-ci ?
Depuis juin 2015, nos volontaires viennent en effet renforcer les équipes de l’association Caritas et de la Croix-Rouge italienne, afin de venir en aide aux migrants. À l’heure actuelle, nous intervenons essentiellement dans le cadre de distributions de repas et de vêtements, lesquelles ont lieu six jours par semaine (du lundi au samedi), dans les locaux de Caritas. Ainsi, la Croix-Rouge monégasque apporte régulièrement des sacs de vêtements, des produits d’hygiène, des médicaments et des denrées alimentaires. Elle contribue également par une aide financière – en 2022, son montant était de 20 000 euros – et logistique (fourniture de mobilier, accessoires de puériculture, couvertures…), pour le fonctionnement de trois petits centres d’accueil gérés par Caritas. Ces derniers totalisent 38 lits réservés aux femmes et aux enfants mis à l’abri pour quelques nuits, le temps qu’une solution plus pérenne soit trouvée, ou dans l’attente de quitter le territoire italien.
Combien de migrants sont actuellement aidés à Vintimille ?
L’affluence varie suivant les jours, puisque ce sont entre 100 et 380 repas qui sont servis tous les jours à Caritas. Parfois, ce chiffre explose, notamment lorsqu’un nombre exceptionnel d’embarcations arrivent simultanément dans le sud de l’Italie. Depuis janvier 2023, plus de 18 000 personnes ont été soutenues par Caritas, mais selon l’OIM – l’agence onusienne chargée des flux migratoire –, le nombre de traversées en Méditerranée est actuellement très élevé. Il ne faut pas oublier que cela reste la route migratoire la plus dangereuse au monde, avec au moins 2 500 morts entre le 1er janvier et le 30 août 2023. Cela représente plus de 10 morts par jour.
Si l’origine des migrants évolue forcément au fil des événements géopolitiques à l’échelle internationale, quel est le profil des personnes qui se trouvent actuellement à Vintimille ?
En effet, l’origine des migrants entre Vintimille et Menton n’a cessé d’évoluer par vagues successives, au cours de ces huit dernières années. Actuellement, les migrants viennent principalement de la zone subsaharienne, avec une majorité originaire du Soudan (32%), d’Érythrée (23%), de Guinée (16%), et de Côte d’Ivoire (10%) mais aussi de Tunisie pour la zone Maghreb ou du Bangladesh pour le continent asiatique. Une grande majorité sont des hommes seuls, entre 18 et 35 ans. Cependant, depuis trois ans, on observe aussi de plus en plus de migrants mineurs non accompagnés (MNA), qui arrivent à Vintimille en ayant entre 13 et 17 ans. Il y a, également, quelques femmes seules et des familles avec des enfants en bas âges qui arrivent chaque jour à Caritas. Si les femmes peuvent être amenées à quitter leur pays d’origine pour les mêmes raisons que les hommes (guerre, conflits, persécutions, pauvreté, famine, recherche de meilleures conditions de vie…), elles sont nombreuses à fuir des formes de violences domestiques et sexuelles, notamment les mariages forcés. Les mères peuvent être aussi amenées à quitter leurs pays pour protéger leurs enfants et leur donner un meilleur avenir. S’agissant de leurs destinations, les francophones privilégient la France. Pour les autres, l’Allemagne et l’Angleterre restent les pays les plus souhaités.
En dehors des temps d’aide et des hébergements provisoires, où vivent ces hommes et ces femmes aujourd’hui ?
Les hommes vivent, ou plutôt survivent, dispersés dans la ville de Vintimille, sur les berges de la Roya et sous les ponts, dans quelques bâtiments désaffectés de la ville ou des vallées. Les accueils assurés par Caritas et la Croix-Rouge Italienne représentent un petit pourcentage des 300 migrants en moyenne présents au quotidien à Vintimille. Seules les femmes et les enfants peuvent parfois bénéficier d’un hébergement proposé par les associations.
Il existait, jusqu’en 2020, un centre d’accueil. Pourquoi celui-ci a-t-il fermé ses portes ?
Les élus de Vintimille ont utilisé le prétexte de la crise COVID, laquelle a stoppé pour un temps la circulation des personnes au niveau mondial, pour instaurer l’interdiction d’héberger de nouveaux hôtes sur le « Campo Roya » au nom du risque sanitaire. Or, un camp vide n’a plus lieu d’être : il a donc été fermé en août 2020 et démonté la même année. Ceci est vraiment regrettable car les conditions de prise en charge de ces populations vulnérables se sont fortement dégradées depuis.
Un centre d’accueil a ouvert à Sainte-Agnès fin août 2019, une commune proche de Monaco. Est-il toujours opérationnel ? La Croix-Rouge de Monaco s’implique-t-elle dans ce projet ?
Oui. Le centre Orméa est un centre de mise à l’abri pour mineurs non accompagnés, ouvert par décision préfectorale. La gestion en a été confiée à l’association P@je, qui œuvre dans les Alpes-Maritimes. En janvier 2021, celle-ci a contacté la Croix-Rouge monégasque, afin d’établir un partenariat social et éducatif. Cette collaboration nous amène à intervenir deux après-midis par semaine auprès des jeunes. D’autres actions se sont développées depuis en fonction des besoins identifiés.
Quelles actions par exemple ?
Des permanences sanitaires sont assurées deux fois par mois par des infirmiers Croix-Rouge. Nous proposons aussi des permanences de soins dentaires, chaque semaine, en collaboration avec le CHPG et le Centre Rainier III. La jeunesse s’investit également sur le terrain : depuis 2017, les équipes de la SHI (Section Humanitaire Internationale) intègrent et encadrent tout au long de l’année lors de leurs missions, des étudiants de Sciences Po Menton, dans le cadre de leur « parcours civique » – qui impose d’effectuer 60 heures dans un organisme de solidarité.
Comment les Monégasques peuvent-ils vous aider ? Recherchez-vous des bénévoles, des dons ?
Nous sommes toujours en demande de dons de vêtements chauds pour adolescents (blousons, pulls, sweet-shirts, pantalons types jeans ou jogging, des baskets du 40 au 44, mais aussi des sous-vêtements, des t-shirts et de tongs ou claquettes de mêmes tailles, gants et bonnets). De plus, toute personne disponible en semaine, ayant une aptitude pour l’animation d’ateliers ludo-éducatifs auprès de groupes de jeunes sur des bases culturelles, graphiques, musicales, sportives ou autres, dans une ambiance d’interculturalité, est la bienvenue !
Propos recueillis par Grégory Moris
