Quels sont les apports potentiels de l’IA dans le milieu bancaire et notamment dans la lutte anti-blanchiment et la prévision de tendances boursières ? Quels nouveaux métiers peuvent naître avec cette technologie ? Alexandre Hezez, Group Richelieu’s strategist, nous livre son analyse.
Banque Richelieu utilise-t-elle d’ores et déjà des outils d’Intelligence artificielle, et si oui, quels types d’outils concrètement ?
Comme toute nouvelle technologie, il convient d’être prudent tout en ayant l’esprit ouvert. Nous accordons une importance significative à la sécurité des investissements de nos clients et de leurs données. Certains de nos collaborateurs, avertis et formés, utilisent ces outils quotidiennement, que ce soit ChatGPT ou d’autres IA génératives. L’humain a toujours été la marque de fabrique de Banque Richelieu et nous souhaitons conserver cet esprit.
L’Intelligence artificielle peut-elle selon vous améliorer les services fournis à la clientèle ? Quels types de services aux clients peut-on optimiser grâce à cette technologie ?
L’IA a un potentiel considérable pour améliorer de nombreux services. Mais nous pensons que la profession dans son ensemble n’a pas encore assimilé les opportunités et les risques. Nous n’en sommes qu’aux prémisses. Il est possible d’utiliser des chatbots pour le support client dans les banques généralistes. La particularité de Banque Richelieu à Monaco reste la proximité très étroite avec nos clients et nous préférons les relations humaines. Nous voulons demeurer une boutique haut de gamme. Paradoxalement, bien que l’IA soit un tournant technologique majeur, notre conviction est que son intégration permettra de renforcer les relations humaines avec nos clients. En déléguant les tâches administratives et répétitives à l’IA, nos banquiers privés pourront consacrer plus de temps à l’interaction directe avec leurs clients, à comprendre leurs besoins uniques et à construire des relations de confiance durables.
Peut-on imaginer que l’IA aide les banques d’investissement dans la négociation et la prédiction des cours boursiers ?
L’IA est utilisée pour analyser de grandes quantités de données de marché et pour générer des prévisions de tendances boursières. Cela n’est pas une révolution dans nos métiers ! Sur les marchés financiers, nous avons toujours utilisé des outils d’aide à la décision s’appuyant sur des analyses de données approfondies et des modèles prédictifs plus ou moins sophistiqués. L’IA n’est pas disruptive mais ajoute une autre méthodologie, une autre flèche à un arc qui n’est pas infaillible. Cela augmente notre capacité à identifier des opportunités de valeur pour nos clients, en utilisant des algorithmes qui peuvent analyser de vastes ensembles de données bien au-delà des capacités humaines.
L’IA peut-elle également avoir une utilité en matière de lutte anti-blanchiment en Principauté ? Si oui, de quelle manière ?
L’IA pourrait être particulièrement efficace pour identifier les schémas complexes et les anomalies dans les transactions financières, ce qui est crucial pour la lutte contre le blanchiment d’argent. Elle devra être promue pour améliorer les systèmes de surveillance et les détections de fraudes, aidant ainsi à maintenir l’intégrité de l’environnement financier. L’ensemble des acteurs devra se doter de cette technologie en étant accompagné de spécialistes car elle reste naissante et complexe.
Pensez-vous que de nouveaux métiers vont naître dans le secteur bancaire en raison de l’intelligence artificielle ? Si oui, lesquels ? Et à contrario, des métiers vont-ils peu à peu disparaître ?
L’introduction de l’IA en finance crée des opportunités pour de nouveaux métiers, tels que des spécialistes en science des données, des experts en IA éthique, et des analystes en cyber sécurité. Les « prompt engineers » seront nécessaires pour une compréhension approfondie de la façon dont les modèles d’IA interprètent et génèrent des réponses à partir des données d’entrée, afin de maximiser l’efficacité. Les conseillers financiers pourront alors dédier entièrement leur énergie à leurs clients, en renforçant les interactions personnelles. Certains métiers centrés sur des tâches routinières pourraient voir leur importance diminuer, car l’automatisation permet de déléguer ces tâches à des systèmes d’IA et de se focaliser sur la création de valeur, que ce soit en termes de performance ou de relations humaines.
