vendredi 10 avril 2026
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    « Plusieurs projets économiques pourraient intéresser la Principauté »

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    Le maire de la Turbie, Jean-Jacques Raffaele, a sur le feu de nombreux projets économiques sur sa commune de 3 000 habitants : construction d’un hôpital vétérinaire et d’un centre de co-working, nouveau parking de 200 places, ou encore création d’un centre dédié au cyclisme à la Tête de Chien. Ce dernier projet privé est d’ailleurs contesté par quatre associations environnementales. Au-delà de cette fronde locale, l’édile, qui a même songé à démissionner, évoque également les difficultés que rencontrent de plus en plus de maires pour exercer leur mandat. Des difficultés qui le font hésiter à se représenter aux élections municipales de 2026.

    De nombreux projets économiques sont en cours de développement sur votre commune. Des projets qui, pour certains, peuvent d’ailleurs intéresser de près la Principauté de Monaco. Que pouvez-vous nous dire des projets qui seront développés au Hameau du sillet ?

    La Turbie travaille sur plusieurs projets économiques et, effectivement, ils pourraient intéresser de près la Principauté. Ils sont en cours de développement. Une nouvelle zone économique située au pied de la bretelle d’autoroute va notamment être créée. Deux projets majeurs verront le jour dans cette zone. Tout d’abord, un hôpital vétérinaire porté par Valérie Freiche qui va créer 70 emplois. Cet hôpital sera sans doute tout à fait utile à la Spa de Monaco et au refuge animalier de Peille qui ouvrira ses portes prochainement. Dans cette même zone, un centre de co-working sera également créé. Nous sommes déjà en contact avec des entreprises ayant des bureaux à Sophia Antipolis et à Nice, qui souhaitent se rapprocher de la Principauté.

    Que contiendra ce projet de co-working ?

    Il comprendra un accueil de jour, des bureaux, des salles de conférences, un espace de restauration, une salle de sport, ainsi qu’une zone de co-living. Cette zone offrira la possibilité à ceux qui souhaitent travailler durant quelques jours, notamment pendant des événements comme le Grand Prix de Monaco, de disposer d’un espace où ils pourront à la fois travailler et séjourner. Le projet est d’ores et déjà acté. Un compromis de vente a été signé. La prochaine étape est l’approbation du Plan Local d’Urbanisme (PLU), qui sera modifié courant 2025 pour intégrer ce projet.

    Quand peut-on espérer un début des travaux et une ouverture pour ce centre de co-working ?

    Les travaux pourraient commencer fin 2025 pour une livraison 2026-2027.

    Concernant le projet d’hôpital vétérinaire, avance-t-il comme prévu ?

    Un recours, à mon sens, complètement infondé et injustifié, a été déposé contre le permis de construire. Je pense d’ailleurs qu’il s’agit davantage d’un recours contre la mairie plutôt que d’un recours contre le projet en lui-même. Le juge administratif devra trancher. On ne connaît pas précisément les délais mais je pense que l’affaire sera réglée dans quelques mois.

    Là encore, quand peut-on espérer un début des travaux et une livraison pour cet hôpital vétérinaire ?

    J’espère un début de travaux cet été, pour une livraison fin 2025.

    Vous avez également mentionné la construction d’un parking sous le stade de foot. Où en est-on ?

    Des études de faisabilité ont confirmé que ce projet est tout à fait réalisable. Le parking serait situé sur le stade actuel, qui serait lui-même surélevé de trois à quatre mètres au-dessus de la dalle supérieure. Ce parking pourrait accueillir 350 places, bien que nos études de capacité indiquent que nous n’avons réellement besoin que de 200 places. Par conséquent, une partie de la surface restante pourrait être utilisée pour de la location ou de la vente. Actuellement, nous réfléchissons à la manière de financer et de gérer ce projet. C’est cette réflexion qui déterminera si nous allons le réaliser ou non.

    Vous avez également évoqué un vaste projet économique sur la partie Ouest de la Turbie. Que dire de ce projet ?

    Effectivement, il s’agit d’une zone économique de 30 hectares située à l’Ouest de la Turbie, au Esperaye. Le cahier des charges est encore à définir mais, là encore, je n’imagine pas un seul instant que la Principauté ne soit pas intéressée par ce projet. Par exemple pour des zones de stockage ou encore des bureaux.

    Un autre projet fait couler beaucoup d’encre sur votre commune. Il s’agit de la création, à la Tête de chien, en lieu et place des anciennes villas de France Télécom, d’un projet dédié au vélo baptisé “Côte d’Azur Cycling Center”. Durant l’été 2023, le conseil municipal a voté en faveur de ce projet porté par l’ancien champion de VTT Fabien Barel. Toutefois, quatre associations environnementales (1) s’y opposent. Pouvez-vous d’abord nous expliquer en quoi ce centre de cyclisme serait intéressant, selon vous, pour la commune ?

    C’est tout d’abord un projet économique générateur de richesse et d’emplois. Il est également dans l’ère du temps, axé sur le vélo, et respectueux de l’environnement. Ensuite, si ce projet privé ne se réalise pas, la Turbie devra rembourser 3,5 millions d’euros à l’Établissement public foncier (EPF). Cette somme représente trois-quarts du budget de la commune. Ces maisons France Telecom (qui appartiennent à l’EPF) sont donc une épée de Damoclès financière sur le budget communal.

    Pourquoi la commune aurait à rembourser une telle somme à l’EPF ?

    Car tous les projets portés par l’EPF sur ce terrain sont tombés à l’eau les uns après les autres. Il devait y avoir un hôtel, une maison de retraite, une résidence pour séniors… mais aucun projet n’a abouti. Ensuite, des règles ont été ajoutées par l’État. Les terrains sont passés en protection biotope. Les droits à bâtir sont donc tombés, et quand il n’y a plus de projet, la mairie est dans l’obligation de racheter le terrain d’une valeur, en l’espèce, de 3,5 millions d’euros. Nous devions d’ailleurs le racheter en 2021, et ce projet de centre dédié au cyclisme est arrivé au même moment. Il est tombé du ciel ! Ce projet réhabilite uniquement les maisons de France Telecom sans les démolir. C’est pour cela qu’il a eu l’aval des Architectes des Bâtiments de France, de l’EPF et de la DTTM (1). Tant que ce projet de cyclisme court, la Turbie n’a pas à rembourser cette somme. C’est un projet d’intérêt communal. Lorsque l’on est à ma place, ce qui prime avant tout c’est de protéger les finances de la commune et des Turbiasques.

    Vous n’êtes pas du tout à l’origine de ce projet ?

    Absolument pas. Je ne suis jamais allé le chercher. Étant donné que j’aime le vélo, on me dit souvent que c’est moi qui aie initié le projet, mais c’est absolument faux. L’initiateur et investisseur du projet, monsieur Barel, je ne le connaissais pas non plus. La Turbie n’a d’ailleurs commis aucune faute sur ce dossier. Je le rappelle, c’est l’État qui a mis une protection biotope. Ce choix a fait que les terrains ont changé de statut. Ce n’est pas une volonté de la commune.

    Depuis plusieurs mois, quatre associations environnementales, dont l’Appelt, s’élèvent contre ce projet privé. Elles souhaitent préserver les espaces naturels et la nature sauvage qui a repris ses droits sur cette zone. Elles suggèrent de transformer les villas de France Telecom en une simple maison de surveillance pour les périodes critiques de risques incendie et créer une salle de conférences pour les associations. Vous comprenez les arguments des quatre associations qui s’opposent à ce projet ?

    Non, je ne les comprends pas du tout. D’abord, ces quatre associations ne nous ont pas déposé de projet officiel en mairie alors que celui de monsieur Barel est très avancé. Un contrat a déjà été signé avec l’EPF. De plus, le projet est tout à fait respectueux de l’environnement. Et enfin, je le rappelle, une fois encore, la Turbie aurait à débourser 3,5 millions d’euros pour l’achat du terrain, sans parler de la démolition et de la reconstruction en zone verte, ce qui représenterait un budget total de 5 à 6 millions d’euros. Budget que l’on n’a pas.

    Si le projet porté par Fabien Barel n’aboutissait pas, quelle serait l’autre solution pour rembourser les 3,5 millions d’euros ? Augmenter les impôts locaux ?

    Oui, clairement. Il n’y aurait pas 36 solutions. Aujourd’hui, l’impôt des Turbiasques représente 1,3 million d’euros. Faites le calcul… il faudrait multiplier les impôts par trois pour racheter uniquement le terrain. Sans compter la partie démolition /reconstruction.

    Le dépôt du permis de construire, ce sera donc pour quand ?

    Le dépôt est normalement prévu courant juillet. Mais il sera sans aucun doute attaqué par ces quatre associations.

    Une pétition en ligne a également été lancée contre ce projet de centre de cyclisme. Vous avez d’ailleurs porté plainte contre l’auteur d’un commentaire qui vous menaçait de mort. Avez-vous identifié de qui il s’agissait ?

    C’est une personne originaire de Charente-Maritime… La menace a été écrite sur les réseaux sociaux ce qui, vis-à-vis de la loi, revient au même qu’une menace verbale puisque c’est un site public. Nous sommes passés devant le vice-procureur et l’affaire passera devant le tribunal correctionnel. On ne peut pas laisser passer ce genre de propos qui fait non seulement du mal à l’autorité mais également à ma famille.

    Tout ceci a entaché votre motivation à vous présenter en 2026 aux prochaines municipales ?

    C’est même pire que ça. Au lendemain de la publication de la pétition, j’ai songé à démissionner. J’avais préparé ma lettre. Ce n’est pas possible que sur des projets comme ceux-là, on se fasse menacer de mort. Il y a également eu d’autres commentaires, certes moins agressifs et moins injurieux, mais tout de même offensants. Quand mes enfants lisent ces commentaires, pensez-vous que ça leur fasse plaisir ? Mon épouse aussi en a souffert.

    Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

    J’ai un esprit plutôt combattif et j’ai confiance en la justice. Je me suis dit, on va aller au bout de cette affaire, et on verra. Tout ce que je souhaite, c’est que cette personne soit punie pour ce qu’elle a publié.

    Avez-vous pris votre décision pour les municipales de 2026 ?

    Pas encore. Aujourd’hui, j’ai la tête dans le guidon. Nous avons beaucoup de projets qui démarrent. Il faut rappeler que nous sommes une commune de 3 000 habitants avec très peu de services. Tous les projets que nous avons évoqués ensemble prennent du temps et beaucoup d’énergie. Ma préoccupation actuelle ne sont donc pas les municipales de 2026. J’ai dit toutefois à mes colistiers que je prendrai ma décision en fin d’année.

    Société Monégasque d'Assainissement SMA

    Vous ne soupçonniez pas que le travail de maire soit si difficile ?

    Si bien sûr. Je le savais. Je suis à la mairie de la Turbie depuis 30 ans et élu maire depuis 2014. Je connais très bien toutes les difficultés. En revanche, nous sommes de plus en plus confrontés à des changements de normes. Le gouvernement nous a également mis dans un entonnoir. Nous avons de moins en moins de compétences avec toujours plus de responsabilités. Ce n’est juste plus possible. Cela devient intenable et beaucoup de maires ne prennent plus aucun plaisir à exercer leur mandat. Tout ceci fait que l’on arrive à ce que l’on appelle le “blues des maires”. L’année dernière, de mémoire, plus de 900 ont démissionné. Je crois que l’on est à plus de 4000 sur ce mandat. Il n’y a rien d’étonnant. Cela pèse beaucoup aussi sur nos vies de famille.

    Qu’est-ce qui vous fait tenir ?

    L’attachement à mon village et les beaux projets que l’on souhaite mener à bien jusqu’au bout. La feuille de route que j’avais établie en 2014, qui est celle d’améliorer la vie des Turbiasques, est sur le bon chemin. Actuellement, je mène des réunions de quartier. Je vois bien que les habitants sont satisfaits de la qualité de vie, des commerces, des services proposés et du niveau d’imposition, bien qu’il soit sans doute encore trop élevé. La sécurité est également optimale à la Turbie. C’est en tout cas ce qui ressort de ces rencontres. Mais mes opposants vous diront sans doute le contraire.

    Quel est le dispositif sécuritaire mis en place à la Turbie ?

    Nous avons 98 caméras, 5 policiers municipaux et un ASVP, ce qui est tout de même très conséquent dans une commune de 3 000 habitants. Les policiers ont tout le matériel nécessaire pour travailler. Ils disposent de vélos électriques, de scooters, une voiture, ils sont armés et équipés d’un radar pour la vitesse. A priori, cette politique que j’ai souhaité mettre en place paie, car il y a très peu de faits de délinquance sur la commune.

    (1) Les quatre associations sont l’Appelt (Association de protection du patrimoine et de l’environnement à la Turbie), l’Association de défense de la baie et de la mer d’Èze, l’Aspona (Association pour la sauvegarde de la nature et des sites de Roquebrune-Cap-Martin, Menton et environs) et le trésor vert de Grima.

    (2) Direction départementale des territoires et de la mer.

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