CULTURE / Par Raphaël Brun
Skyfall
de Sam Mendes
Martini. Après le très bon Casino Royale (2006) et le très moyen Quantum of Solace (2008), James Bond revient pour clore cette trilogie. Aston Martin et vodka martini sont toujours au programme, la noirceur en plus. Pour ses 50 ans, James Bond s’offre les services de Sam Mendes, réalisateur de l’exceptionnel American Beauty (1999). Avec un excellent Javier Bardem dans le rôle du méchant, Skyfall repose sur une psychologie des personnages très travaillée. Mais aussi sur un rythme assez lent, à contre-courant de Quantum of Solace.
Skyfall de Sam Mendes, avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem (USA-GB, 2012, 2h23), 19,90 euros (DVD), 29,99 euros (blu-ray, édition collector steelbook). Sortie le 1er mars.
Frankenweenie
de Tim Burton
Zombie. Lorsqu’en 1984 Tim Burton réalise le court métrage Frankenweenie, il travaille pour Disney. Puis il est viré avant de revenir il y a quelques années. C’est donc un « remake » en 3D que Burton a réalisé. Une jolie 3D au service d’un long catalogue de références burtoniennes : Ed Wood, Boris Karloff, Vincent Price, Edgar Allan Poe, Godzilla… Sparky, le chien zombie ramené à la vie, comme le cinéma des années 80 de Burton, est une véritable réussite. Les petites figurines animées image par image sont superbes. Seul regret : le « happy end » sans doute souhaité par Disney.
Frankenweenie de Tim Burton, avec Charlie Tahan, Winona Ryder, Martin Landau (USA, 2012, 1h27), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 1er mars.
Looper
de Rian Johnson
Malin. En 2044, pour assassiner, la mafia a une solution très simple : envoyer les victimes dans le passé, où des tueurs, des « loopers », les exécutent. Jusqu’au jour où un « looper » se rend compte que la personne qu’il doit assassiner c’est lui, avec quelques années de plus. Qui copie qui ? Le passé sur le présent ? L’inverse ? Looper est bourré de références : La Jetée (1962) de Chris Marker, L’Armée des douze singes (1995) de Terry Gilliam, Terminator 2 (1991) de James Cameron, La Mort aux trousses (1959) d’Hitchcock… Avec en plus une jolie réflexion sur le déterminisme.
Looper de Rian Johnson, avec Bruce Willis, Joseph Gordon-Levitt, Emily Blunt (CHI-USA, 2012, 1h50), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 6 mars.
Argo
de Ben Affleck
Iran. En novembre 1979, en pleine révolution iranienne, des militants prennent 52 otages à l’ambassade américaine de Téhéran. Six Américains réussissent à s’échapper. Ils vont être exfiltrés par un expert de la CIA. Le troisième film de Ben Affleck est une réussite. Après Gone Baby Gone (2007) et The Town (2010), il livre un film « based on a true declassified story » (« basé sur une vraie histoire déclassifiée ») convaincant et habile, où la dimension politique prend moins de place que prévu. Avec Argo Ben Affleck gagne en crédibilité, après avoir été vu dans beaucoup de mauvais films.
Argo de Ben Affleck, avec Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman (USA, 2012, 1h59), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 13 mars.
Le Secret d’Edwin Strafford
de Robert Goddard
Madère. Le romancier anglais Robert Goddard a publié 21 romans depuis 1986. Après Heather Mallender a disparu (2012), voici Le Secret d’Edwin Strafford. Déjà publié chez Belfond en 1992 sous le titre Les Voies du Bonheur, ce polar est à redécouvrir. Sur l’île de Madère, Martin Radford, prend du recul. Ce jeune historien londonien a vu sa carrière stoppée par un scandale. Sur place, il rencontre Leo Sellick. Ce millionnaire sud-américain habite une magnifique villa, ayant appartenu au très secret Edwin Strafford, mort en 1951. Radford et Sellick vont enquêter sur la mystérieuse histoire de Strafford, un homme de pouvoir surprenant.
Le Secret d’Edwin Strafford de Robert Goddard (Sonatine), 550 pages, 22 euros. Sortie le 7 mars.
Les Théories Sauvages
de Pola Oloixarac
Argentine. C’est la sensation du mois. La très jolie Pola Oloixarac arrive enfin à Monaco et en France. Son premier roman, Les Théories Sauvages (2008), a rencontré un énorme succès en Argentine. Enfin traduit en français, ce livre reste difficile d’accès. Car Pola Oloixarac raconte plusieurs histoires sur un ton surréaliste et sans logique apparente. Beaucoup d’effets d’écriture, de l’humour aussi, pour un roman complexe dans lequel on éprouve du plaisir à se perdre. En empilant les théories plus ou moins loufoques, tout en cherchant à les appliquer au réel, Oloixarac ne se prend pas au sérieux.
Les Théories Sauvages de Pola Oloixarac (Seuil), traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, 256 pages, 21 euros.
Underground
d’Haruki Murakami
Sarin. Le 20 mars 1995, les disciples de la secte Aum commettent un attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo. Un gaz toxique qui cause la mort de 13 personnes et blesse gravement une cinquantaine d’autres usagers du métro. Après les trois tomes du best seller 1Q84 (2009-2010), Haruki Murakami a décidé de traiter ce sujet à travers une enquête. L’occasion d’interroger des victimes et des membres de la secte Aum. Mais aussi de mettre en évidence une série de dysfonctionnements : lenteur des secours, direction des transports qui ne lance pas l’évacuation immédiate du métro… Un livre très éclairant.
Underground d’Haruki Murakami (Belfond), traduit de l’anglais par Dominique Letellier, 592 pages, 22 euros.
Le guide du mauvais père, volume I
de Guy Delisle
Dépouillé. Les éditions Delcourt viennent de sortir dans le cadre de leur collection Shampooing le premier volume du Guide du mauvais père. Signé Guy Delisle, cette BD colle à l’air du temps et s’inspire de situations du quotidien. Remarqué dans le passé pour ses Chroniques de Jérusalem et ses Chroniques birmanes, Delisle mise sur un dessin dépouillé et simple. Comment tout savoir grâce à Google ou comment bricoler avec son fils, on sent bien que Delisle parle aussi un peu de lui et de moments qu’il a traversés. On rit beaucoup et ceux qui sont papa se retrouveront forcément dans l’un des multiples gags de cet album. Très recommandable.
Le guide du mauvais père, volume I de Guy Delisle (Delcourt, coll. Shampooing), 190 pages, 9,95 euros.
L’Odysée d’une valise en carton
de Ben Katchor
Rêve. On connait Ben Katchor pour ses BD cultes, comme Le Juif de New York ou Les histoires urbaines de Julius Knipl, photographe. Emile Delilah, xénophile part dans les îles Tensit connues pour leurs… ruines de wc publics. Katchor s’amuse avec son personnage, fan des coutumes étrangères. Incapable de vivre sans sa valise, Emile Delilah se lance dans un voyage sans fin que l’on suit avec plaisir. L’occasion de critiquer notre société globalisée avec humour. Plein de rêve aussi, L’Odysée d’une valise en carton est un album à ne pas rater.
L’Odysée d’une valise en carton de Ben Katchor (Editions Rackham), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Corinne Julve, adapté par le professeur A., 136 pages, 25 euros.
Push The Sky Away
Nick Cave & The Bad Seeds
Magnifique. A 56 ans, le rockeur australien Nick Cave et son groupe, les Bad Seeds, sortent leur 15ème album après From Her to Eternity (1984). Depuis Dig, Lazarus, Dig !!! en 2008, les fans attendaient avec impatience. Ils sont enfin récompensés. Car Push the Sky Away est un album magnifique. Il suffit d’écouter We No Who We R pour s’en persuader. La voix de Nick Cave, grave et sombre, est toujours aussi impressionnante. C’est incontestablement l’un des meilleurs albums de 2013. Cave et ses Bad Seeds seront en concert à Barcelone le 25 mai pour la Primavera Sound, puis au festival Beauregard le 7 juillet à Hérouville Saint-Clair et à Saint Malo le 15 août.
Push the Sky Away, Nick Cave & The Bad Seeds (Kobalt/Pias), 14,99 euros.
Home
Nosaj Thing
Planant. Le producteur californien Jason Chung revient avec un nouvel album. Après Drift (2009) et Drift Remixed (2010), et après avoir notamment remixé The XX ou Portishead en 2010, celui qui joue sous le nom de Nosaj Thing a travaillé cette fois avec Toro Y Moi et Kazu Makino de Blonde Redhead. Et le résultat est à la hauteur. Home est un album totalement planant, un véritable voyage pour lequel on embarque dans une ambiance éthérée, rythmée par des basses d’une profondeur abyssale. Bref, le second album de Nosaj Thing confirme très largement le potentiel entrevu sur Drift. Ça valait la peine d’attendre 3 ans.
Home, Nosaj Thing (Innovative Leisure/Timetable), 12,90 euros.
Projet A.R.P.
Prince 85
Choc. Prince 85 réussit un joli pari : parvenir à marier intelligemment hip-hop et électro. Pour préparer le lancement de son premier album, Projet A.R.P., Prince 85 a déjà sorti deux singles, soutenus par deux clips choc : Heaven et Be a Boy. Des clips radicaux à voir sur YouTube qui restent pourtant assez loin du reste de l’album. Car si ces deux titres sont très rythmés, assez oppressants et d’une efficacité immédiate, les 9 autres titres de ce disque sont plus calmes, très aériens et souvent mélancoliques. Notamment Higher Mind et Black Summer. Cet album presque entièrement instrumental pourrait être
la bande son d’un film. D’horreur bien sûr. A découvrir absolument.
Projet A.R.P, Prince 85 (Ascetic/Modulor), 10,85 euros.
