CULTURE /
Par Raphaël Brun
Ambre
de Otto Preminger
Ambition. C’est la réédition du mois. Ambre de Otto Preminger débarque en blu-ray, dans une édition restaurée. Bien sûr, pas question d’espérer une image HD digne des dernières sorties blu-ray. Mais le bond technologique permet de profiter d’une image supérieure à celle d’un DVD. C’est donc une jolie occasion de redécouvrir le parcours ambitieux d’Ambre Saint-Clair, une jeune paysanne anglaise du XVIIème, qui rêve d’amour et de luxe. Linda Darnell dans le rôle d’Ambre est parfaite. Cornel Wilde, son amour de jeunesse, l’est tout autant. Un blu-ray à ne pas rater.
Ambre de Otto Preminger, avec Linda Darnell, Cornel Wilde, Richard Greene (USA, 1948, 2h18), 24,99 euros (blu-ray).
Bullhead
de Michael R. Roskam
Testostérone. Jacky, agriculteur du sud du Limbourg (Belgique) s’est imposé dans l’élevage grâce à l’aide d’un vétérinaire qui lui fournit des hormones issues d’un trafic mafieux. C’est à travers une sombre histoire de trafic d’hormones chez des éleveurs flamands que cet excellent polar s’est imposé comme l’une des meilleures surprises de 2012. Bullhead, premier long métrage de Michaël R. Roskam, se situe quelque part entre le film noir et le western. La tension et la violence impressionnent et font penser à Little Odessa (1994), premier film de James Gray. Une réussite.
Bullhead de Michael R. Roskam, avec Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval, Jeanne Dandoy, (BEL, 2012, 2h09), 19,99 euros (DVD) et 24,99 euros (blu-ray).
Barbara
de Christian Petzold
1980. Chirurgien dans un hôpital de Berlin-Est, Barbara est soupçonnée de vouloir passer à l’ouest. Du coup, elle est mutée dans une clinique de province. Son amant vit à l’ouest mais le médecin chef de l’hôpital va s’intéresser à elle de près. Est-il sincère ? Est-il un agent de la Stasi ? Ours d’argent de la mise en scène, Barbara est un thriller glacial qui confirme que, depuis Contrôle d’identité (2001), le réalisateur allemand Christian Petzold est un auteur qui compte. Amour, politique, confiance : Petzold traite subtilement son sujet.
Barbara de Christian Petzold (sortie le 16 octobre), avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Rainer Bock (ALL, 2012, 1h45), 19,99 euros (DVD) et 24,99 euros (blu-ray).
Margin Call
de J. C. Chandor
Traders. Qui ruine qui ? C’est le petit jeu auquel se prête une équipe de traders à Wall Street à la veille du krach d’octobre 2008. Une banque d’affaire, qui est une sorte de mix entre Goldman Sachs et Lehman Brothers, sert de décor à ce film malin et sans concession. L’action se déroulant la nuit qui a précédé le krach, la pression est à son comble. Chandor montre alors comment la panique se répand peu à peu à tous les étages hiérarchiques. Rythmé, intelligent et surtout très nuancé, ce premier film ne dénonce rien. Il ne fait que décrire l’absurdité d’un système.
Margin Call de J. C. Chandor (sortie le 2 octobre), avec Kevin Spacey, Paul Bettany, Jeremy Irons (USA, 2012, 1h47), 19,99 euros (DVD) et 24,99 euros (blu-ray).
Snuff
de Chuck Palahniuk
Trash. Bien sûr, en lisant le titre du dernier livre de Chuck Palahniuk on pense tout de suite aux snuff movies, ces films amateurs qui mettent en scène des morts bien réelles. Cassie Wright, une star du porno en fin de carrière, décide de quitter la scène avec une performance : coucher avec 600 hommes en une seule nuit. Et bien sûr rien ne va se dérouler comme prévu. Un livre assez trash qui se déroule en une seule nuit, le temps d’un gang bang. L’occasion pour Palahniuk de dresser un portrait sans concession de notre société et de l’industrie du porno.
Snuff, de Chuck Palahniuk, (Sonatine), 213 pages, 16,50 euros (sortie le 20 septembre).
Mother
de Luc Lang
Andrée. A aucun moment on est sûr qu’il s’agit d’un récit autobiographique. Mais le roman signé Luc Lang à la troisième personne relève pourtant du témoignage. Un témoignage fort, parfois difficile, qui raconte le quotidien d’une mère décrite comme dure, possessive, culpabilisante. A tel point qu’on se demande si cette mère, Andrée, n’est pas une métaphore du malheur. Après une dizaine d’ouvrages, dont Mille six cents ventres (1998) qui avait décroché le prix Goncourt des lycéens, Luc Lang revient avec un texte qui est l’un des moments importants de cette rentrée littéraire.
Mother de Luc Lang (Stock), 304 pages, 20 euros.
Ville des Anges
de Christa Wolf
Mur. Décédée en 2011 à l’âge de 82 ans, la romancière allemande Christa Wolf est dans les bacs avec Ville des Anges, traduit en français au Seuil. Un roman dans lequel elle décrit les espoirs déçus après la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989. Un contexte que Wolf a bien connu pour être parti d’Allemagne en 1992 car elle ne supportait pas que ceux de l’Est soient montré du doigt. Et que la presse révèle ses contacts avec la Stasi dans les années 1960. Direction Los Angeles pour Wolf. Comme la narratrice de Ville des Anges qui y passe 9 mois au début des années 1990. Tout sauf un hasard.
Ville des Anges de Christa Wolf (Seuil), traduit de l’allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, 400 pages, 22 euros.
Vanille ou chocolat ?
de Jason Shiga
3 856. C’est le nombre d’histoires possibles avec cette BD originale qui rappelle aux plus anciens les fameux « livres dont vous êtes le héros », célèbres dans les années 80. L’Américain Jason Shiga recycle ce concept avec bonheur puisque c’est le lecteur qui décide du sort d’un jeune garçon. Premier choix : décider d’un parfum de glace, vanille ou chocolat ? Après, tout s’enchaîne. Impossible de s’ennuyer un instant dans ce récit qui n’est bien sûr pas linéaire mais suffisamment bien pensé pour rester facile d’accès. Avec en prime une jolie réflexion sur le temps et le hasard.
Vanille ou chocolat ? de Jason Shiga (Cambourakis), traduit de l’anglais par Madeleine Nasalik, 80 pages, 18 euros.
Enemigo
de Jirô Taniguchi
Musclée. Connu pour ses mangas, Jirô Taniguchi, 65 ans, a débuté au début des années 1980. Casterman propose avec Enemigo (1985) une jolie réédition qui permet de se replonger avec plaisir dans les aventures de Kenichi, un vétéran du Vietnam reconverti en détective privé à New York. Alors que son père, qui est patron d’un groupe agro-alimentaire a été enlevé, il part à sa recherche quelque part en Amérique latine. Autant dire que cette BD musclée ne laisse pas un moment de répit. Ça flingue à tout va, ça va à 200 à l’heure et il faut avouer qu’on aime ça.
Enemigo de Jirô Taniguchi (Casterman), traduit du japonais par Patrick Honnoré, 311 pages, 13,95 euros.
Coexist
The XX
Noir. Trois ans qu’on attendait. Depuis la sortie en août 2009 de leur fabuleux premier album XX, le quatuor anglais devenu trio après le départ de Baria Qureshi, faisait patienter ses fans. Romy Madley Croft, Oliver Sim, Jamie Smith, 23 ans environ, sont de retour avec Coexist. Un second album tout aussi beau que le premier. Le talent et l’influence house de Jamie sont intact, avec des arrangements parfaits. Les voix d’Oliver et de Romy font le reste. On pense à The Cure période 1979-1982 pour le romantisme noir et le minimalisme. Romy, Oliver et Jamie coexistent sur cet album en trouvant l’équilibre parfait, chacun à sa place. C’est le coup de coeur de L’Obs’ pour cette rentrée.
Coexist, The xx (Young Turks), 9,99 euros.
With Us Until You’re Dead
Archive
Halluciné. Depuis leur premier album Londinium (1996), le collectif Archive a toujours fait évoluer sa formation autour des piliers Danny Griffiths et Darius Keeler. Sa musique aussi. Electro, trip hop, rock… Archive n’est jamais là où on l’attend, avec des titres construits et/ou carrément déconstruits. 12 chansons, 54 minutes pour un album captivant sur lequel on pourrait coller l’étiquette « rock progressif » si la musique d’Archive n’allait pas plus loin encore. Ce 9ème album studio est sinueux, pas toujours facile à appréhender, mais intense et rythmé. With Us Until You’re Dead propose un voyage chaotique et halluciné qui ne se refuse pas.
With Us Until You’re Dead, Archive (Cooperative Music/Pias), 14,99 euros.
Idea Of Happiness
Van She
Lumineux. Formés en 2002, les Australiens de Van She viennent de sortir leur deuxième album, après V (2008). Idea of Happiness s’impose facilement dès la première écoute, avec un son électro très efficace et lumineux (Jamaica, You’re My Rescue). Bref, pas grand chose à voir avec V qui était un album plus sombre. Résultat, difficile de ne pas se laisser entraîner sur des titres comme Beat Of The Drum et son énergie positive. D’ailleurs, Idea of Happiness est avant tout un disque qui met de bonne humeur. Nicholas Routledge, Matt Van Schie, Michael Di Francesco et Tomek Archer et leurs sonorités 80’s livrent un second album qui confirme l’étendue de leur talent.
Idea of Happiness, Van She (Modular/La Baleine), 15 euros.


