Le projet de passerelle piétonne entre le Yacht Club et Mareterra, porté depuis 2016 par l’association Ecopolis, a été de nouveau débattu au Conseil national, soutenu par plusieurs élus. Le gouvernement estime que les conditions techniques ne sont pas réunies ce qui laisse Ecopolis dans l’incompréhension. Détails.
En 2016, l’association Ecopolis, connue pour ses propositions en matière d’urbanisme durable, avait sollicité l’un de ses membres, l’architecte italien Corrado Bevacqua, pour concevoir bénévolement un projet de passerelle reliant le Yacht Club au nouveau quartier de Mareterra. Il répondait à un constat : pour relier ces deux lieux stratégiques de Monaco, les piétons doivent emprunter le tunnel du Fairmont, jugé désagréable — bruyant, sombre et odorant — aussi bien pour les touristes que pour les locaux. L’idée : une passerelle piétonne de 275 mètres de long et 2 mètres de large, accrochée aux poteaux du Fairmont et suspendue à un peu plus de 7 mètres au-dessus de la mer. L’objectif était que l’actuel trottoir sous le tunnel soit remplacé par une piste cyclable. Si le projet avait séduit par son esthétique et sa philosophie écologique, il n’a jamais été réalisé. Presque dix ans plus tard, le conseiller national Jean-Louis Grinda a remis le dossier sur la table, lors de la séance publique du 9 octobre 2025. Il a interpellé le gouvernement sur l’état de la réflexion avec un brin d’ironie : « Il semblerait que le gouvernement ait une certaine appétence pour les passerelles. J’aimerais revenir sur la proposition que j’avais faite — qui avait reçu un écho très défavorable — d’en construire une à l’extérieur du tunnel du Fairmont. Circuler à pied sous le tunnel du Fairmont relève quand même d’un déplaisir certain ».
« Les conditions techniques ne sont pas réunies »
Sa déclaration a suscité une réponse plutôt ouverte de la part du gouvernement, qui semble néanmoins balayer le projet de l’association. « Le projet Ecopolis n’a pas pu se poursuivre car les conditions techniques n’étaient pas réunies, notamment à cause des coups de mer. Mais je partage totalement votre opinion : il faut une continuité piétonne entre le Yacht Club et Mareterra », a déclaré Céline Caron-Dagioni, conseiller du gouvernement – ministre de l’Équipement, de l’Environnement et de l’Urbanisme. « Non pas que j’aime particulièrement les passerelles mais j’aime que les piétons aient la possibilité de se balader à l’extérieur et non pas dans des tunnels et des ascenseurs. C’est pour ça que les passerelles parfois s’imposent », a-t-elle renchéri. Du côté d’Ecopolis, c’est la surprise : « J’aimerais bien savoir en quoi les conditions techniques n’étaient pas réunies », indique Corrado Bevacqua à L’Obs’, assurant que toutes les études d’ingénierie avaient été réalisées et qu’un bureau technique externe avait validé la faisabilité du projet. « La passerelle, perchée à près de 8 mètres au-dessus du niveau de la mer, ne risquait rien : pour qu’un coup de mer l’atteigne, il faudrait une vague de 16 mètres, ce qui relèverait d’un tremblement de terre en Méditerranée… », poursuit-il. « Et par précaution, elle pourrait être fermée au moindre risque, comme le sentier du littoral », abonde Evelyne Tonelli, présidente d’Ecopolis. Quant à Claudia Batthyany, membre historique de l’association, elle se dit frustrée. « Le projet fait consensus, il a reçu un accueil très favorable dès sa présentation en 2017 avec le soutien de Bernard Fautrier. Même accueil favorable de la part de Stéphane Valeri lorsqu’il était président du Conseil national, de Marie-Pierre Gramaglia en 2020, de Laurent Anselmi au cabinet princier en 2022… Tous ont été emballés par le projet mais aucune suite n’a été donnée », déplore-t-elle.
Le financement pourrait être privé
Le coût du projet, estimé à environ 6 millions d’euros par Ecopolis en 2017, ne semble pas être l’élément bloquant. Ce point n’a pas, en tout cas, été évoqué par Céline Caron-Dagioni. D’autant que l’association avait proposé une solution de financement totalement privée. « Sur le modèle des bancs de Central Park, chaque portion de dix mètres de passerelle aurait pu être financée par des entreprises ou des familles monégasques, qui seraient remerciée grâce à des plaques à leur nom accrochées sur la passerelle », explique Claudia Batthyany. Autre hypothèse avancée par Ecopolis : « On comprendrait tout à fait que le gouvernement préfère que le projet soit conçu par un architecte de renom comme c’est le cas à Mareterra. Et cela ne nous poserait aucun problème. Tout ce que l’on souhaite c’est que cette passerelle se fasse, qu’elle existe, peu importe sous quelle forme », assure Evelyne Tonelli. Affaire à suivre…

