Face à la crise immobilière et à la saturation des transports, certaines entreprises monégasques n’hésitent plus à acheter (voire à faire construire) des logements dans les communes limitrophes pour loger leurs salariés et rester attractives.
Si la Principauté est un pôle économique majeur, son attractivité se trouve aujourd’hui fragilisée par les difficultés d’accès et de logement de ses travailleurs pendulaires. La pénurie de logements abordables à proximité de Monaco est de plus en plus intense et les trajets de plus en plus pénibles et dissuasifs pour les actifs venant des Alpes-Maritimes ou de Ligurie. Pour y remédier, les entreprises doivent-elle investir elles-mêmes dans la pierre afin de loger leurs salariés ? C’est en tout cas ce qu’ont décidé de faire la Société des Bains de Mer (SBM), le groupe Giraudi et l’entreprise de transport et de logistique Transcan.
« Les arguments relatifs aux salaires et retraites ne suffisent plus »
Premier employeur de Monaco avec 4 723 salariés, et entre 900 et 1 200 saisonniers supplémentaires chaque année, la Société des Bains de Mer constate chaque jour l’ampleur du problème. « Il a pu arriver que des salariés nous quittent car ils avaient trouvé un emploi équivalent plus près de leur domicile, ou que des candidats ne concrétisent pas leur embauche pour des problématiques de logements (…) Les arguments des recruteurs relatifs au niveau de salaires et de retraites, ou à la prise en charge sociale de la Principauté, ne suffisent plus pour convaincre les talents », a expliqué Sophie Vincent, directrice des Ressources Humaines, dans une interview donnée à Monaco Business News cet été. Alors que la SBM dispose d’ores et déjà d’un parc de logements de 210 lits pour ses salariés, le fleuron de l’économie monégasque a été forcé de lancer la construction de deux nouveaux immeubles qui y seront entièrement consacrés.
La SBM a investi dans la construction de deux immeubles
À Roquebrune-Cap-Martin, un terrain situé Sentier des Tennis, à proximité du Monte-Carlo Country Club, accueillera dès décembre 2026 un ensemble comprenant six logements partagés (37 chambres au total). Montant global du projet : 6 millions d’euros TTC, incluant honoraires, travaux et ameublement. En parallèle, à Beausoleil, la SBM a prévu l’achat d’un immeuble neuf au 70 avenue du Maréchal Foch. La livraison par le promoteur est également fixée à décembre 2026 et la SBM a investi 14,8 millions d’euros TTC. Un coût auquel il faudra ajouter celui de son aménagement. Ce bâtiment offrira 12 logements partagés, 54 chambres, un appartement et sept studios, destinés à l’hébergement du personnel saisonnier. « Ces deux constructions nous permettront de bénéficier de plus d’une centaine de lits supplémentaires qui seront prêts pour la saison 2027 », s’est réjoui Sophie Vincent. En attendant, l’entreprise loue temporairement des appartements dans une résidence hôtelière à Menton, « ce qui, comme on peut l’imaginer en haute saison, représente un coût très significatif », a insisté la directrice des ressources humaines.
Le Groupe Giraudi a acheté des biens pour loger certains saisonniers
Autre figure majeure de l’économie monégasque, Riccardo Giraudi, PDG du Giraudi Group — acteur de référence dans le commerce international de viande et la restauration —, a lui aussi pris le problème à bras-le-corps. « Je suis quotidiennement confronté à la complexité d’attirer et de fidéliser des talents, notamment en raison des difficultés d’accès au territoire et du coût prohibitif du logement », a déclaré l’entrepreneur dans le magazine de la FEDEM. Même problème, même solution, le groupe a investi dans des biens immobiliers situés dans les communes françaises limitrophes afin de loger certains collaborateurs saisonniers. « Sans solutions de logement abordable à proximité, nous perdrions une grande partie de notre main-d’œuvre qualifiée », a-t-il regretté.
Transcan a acheté 6 logements à Nice
À la tête du groupe Transcan, implanté à Carros et à Monaco, Franck Cannata fait face, lui aussi, à une équation devenue insoutenable. Dans Monaco Business News, il témoigne : « Il est plus difficile de trouver et fidéliser des collaborateurs sur le territoire. Certains partent, dans le Var ou plus loin, résignés face au coût du foncier et les conditions de vie que leur imposent leurs déplacements quotidiens. Pour les entreprises, cela représente une sanction indirecte et parfois même un coût direct : un collaborateur recruté en provenance d’une autre région pourra abandonner au bout de quelques mois, c’est-à-dire au moment où il aura été formé et deviendra efficace dans ses missions ». Pour y remédier, Transcan a acheté six logements à Nice, boulevard Gambetta, exclusivement réservés à ses salariés. Il regrette néanmoins que la loi ne prévoit pas actuellement la possibilité de lier un contrat de location à un contrat de travail. « Cela signifie que l’entreprise peut voir son investissement immobilier échapper à sa logique première », a-t-il déploré.
L’UPE 06 veut faire évoluer le cadre légal pour que cette pratique se multiplie
Également président de l’UPE 06 depuis juin 2025, Franck Cannata aimerait, durant son mandat, c’est-à-dire d’ici 2028, pouvoir faire évoluer le cadre légal pour étendre cette possibilité de logement des salariés par les entreprises. « L’idée serait de transformer l’“usufruit locatif social”, qui permet déjà de démembrer la propriété, l’usufruit appartenant pour 15 ans à un bailleur social, afin qu’il permette de flécher les logements disponibles vers les salariés de l’entreprise ayant la nue-propriété, et de lier le contrat de location au contrat de travail. Cette solution pourrait aussi être mutualisée, entre plusieurs entreprises, voire au niveau d’un territoire comme d’une zone industrielle », a-t-il détaillé.



